L'école en Palestine

Publié le par la Rédaction

Éducation et résistance…

«Depuis la dernière Intifada, c’est de pire en pire» et pourtant…
Vivre en Palestine, c’est com­me vivre dans une prison à ciel ouvert, la vie y est rythmée par les barrages, les cou­vre-feux ou les incursions israéliennes. Personne ne sait de quoi demain sera fait, et il faut se préparer chaque instant à passer plusieurs jours enfermé dans sa maison. Dans chaque village, une solidarité active permet à chaque famille de tenir et de continuer le combat au jour le jour, de garantir une unité et une démarche collective face à l’occupant. Certains l’ont bien compris : l’avenir du peuple palestinien se joue dans ses générations à venir, celles qui n’ont pas vécu la seconde Intifada, mais qui n’auront connu de leur pays que la colonisation et l’apartheid.

Former une jeunesse libre ?

L’éducation est donc devenue un enjeu majeur ; dans les camps comme ailleurs, former une jeunesse libre d’esprit est un moyen de permettre à chacun de sortir de l’enfermement créé par l’armée israélienne. Le champ éducatif ­est donc particulièrement investi en Palestine,­­ ­­de ­nombreuses associations se partagent la question et s’y engagent avec détermination : centres sociaux, associations diverses, bibliothèques, mouvements pédagogiques… Leur questionnement est d’ailleurs très similaire à celui des mouvements d’éducation populaire d’après guerre. Pour beaucoup, il s’agit d’offrir aux enfants une aide à la scolarité, des activités ludiques et créatrices diverses qui les sortent du quotidien, mais également de permettre aux jeunes adultes de renouer avec des valeurs sociales, solidaires et collectives, qui font le ferment du peuple palestinien. L’activité de ces associations dans le tissu social touche tout le monde : les enfants, les adolescents comme les adultes. Jusqu’ici le niveau des élèves et la qualité de l’enseignement étaient érigés en modèles au Proche-Orient, mais depuis la seconde Intifada, l’occupation israélienne, les invasions répétées, le quotidien de l’occupation, ont porté préjudice à la performance du système éducatif et au niveau scolaire des élèves : une scolarité en pointillé, des élèves préoccupés et angoissés, un avenir de plus en plus incertain et un espoir de paix qui décline, ont à la fois désengagé les enfants de leur scolarité, mais aussi découragé beaucoup d’adultes dans la perspective d’une paix et d’une solution juste et durable. Il devenait donc nécessaire de contourner les obstacles, de réinventer et de construire une forme d’éducation adaptée aux contraintes de l’occupation et de ses aléas.

Entre barrages et couvre-feu

La «Mother School» découverte par ha­sard au gré d’une rencontre, illustre bien ce qui quotidiennement construit et participe à la résistance (voir ci-dessous). Située dans le camp d’Askar à Naplouse, cette école d’un autre genre offre aux mères du camp un lieu d’échange et de rencontre improbable. Dans ce lieu, ce ne sont pas les enfants qui sont les acteurs mais leurs mères qui, conscientes de l’importance de l’école, ont décidé de participer à la continuité des apprentissages. Les enseignants de Naplouse régulièrement encerclés par l’armée constatent chaque jour les difficultés à offrir une scolarité continue aux élèves. Entre barrages, couvre-feu et incursions régulières, il est souvent compliqué pour les enfants comme pour les enseignants d’assurer une présence quotidienne à l’école. Il semblait donc important, voire primordial, de trouver un moyen d’assurer une scolarité continue à ces enfants. L’ouverture de la «Mother school» dans le camp permet donc aux mères d’acquérir les connaissances nécessaires (remise à niveau) leur permettant de suivre le travail de leurs enfants et de les aider après l’école, mais aussi d’assurer un lien avec l’école lorsque les enfants sont contraints de rester à la maison. Ce lieu de rencontre et d’échange entre mères, enseignants des écoles du camp, médecins, sont autant de moments qui permettent à chacun de maintenir et de resserrer le lien social et la solidarité.

Un bouillonnement éducatif

Ces instants de coopération sont chaque fois présents dans les actions et projets engagés par de nombreux Palestiniens. Au cours de notre voyage, nous avons rencontré et visité de nombreux centres sociaux, comme celui de Deisheh, un exemple en la matière, mais aussi bien d’autres, plus modestes qui fleurissent chaque jour au cœur des villes et dans les camps les plus enclavés. Portes ouvertes sur l’extérieur, ces lieux sont destinés à tous et proposent des activités périscolaires pour les enfants, des pôles multimédias, des bibliothèques, de l’artisanat local, des cours de langues, de danse traditionnelle, de sport, de musique… Autant d’activités qui participent à la transmission de la culture palestinienne.

À chaque obstacle une solution, c’est ainsi que je qualifierais le combat interne des Palestiniens. Les soldats israéliens enferment leurs enfants ? Les Palestiniens les font s’évader à travers les arts, le cirque ou le théâtre ! Ils détruisent leurs écoles ? Les Palestiniens les reconstruisent et en créent dans chaque maison ! Ils les enclavent ? Les Palestiniens construisent une société plus solidaire à travers des lieux de vie collectifs et autonomes ! Les Palestiniens l’ont compris, investir dans la jeunesse c’est garantir la survie du peuple, maintenir la révolte et l’espoir de la reconnaissance de leurs droits. Éduquer la jeunesse c’est construire la Palestine de demain sur des principes partagés par tous : vivre ensemble, en paix, et sur leur terre.

Alice, STE 75

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