Une mission syndicale éducation en Palestine

Publié le par la Rédaction

Syndicat : Le concret d’une solidarité sans frontière

La terre de Palestine, «terre sainte» pour certains, aurait converti les militants de la CNT éducation ? Alors, des missionnaires à la CNT ? Je vous rassure notre mission en Palestine est un retour sur les causes d’un conflit de peuples et de classes.

En avril 2008, des militants de la CNT se rendent donc en Palestine. L’envie de constater la réalité palestinienne sur place était née de façon individuelle chez quelques-uns, mais, rapidement, la dimension syndicale s’est imposée à eux. Devenir témoins d’un contexte d’injustice pour mieux le comprendre ne suffit pas à des cénétistes pour qui l’action est au cœur de l’engagement. Des contacts ont donc été pris avec le secrétariat international de la CNT [
Qui avait déjà organisé au début des années 2000 plusieurs missions syndicales en Palestine]. L’idée est relayée lors de la rencontre syndicale internationale «I07» organisée par la CNT à Paris. En outre, les personnes intéressées à l’origine étant syndiquées dans l’éducation, l’idée est née de faire de ce projet une mission CNT éducation. La composition n’a pas été calculée au préalable dans un souci d’ouverture à toutes les personnes intéressées. Après plusieurs mois de préparation, une délégation de sept militants décollait : six membres des syndicats éducation et un militant du secteur santé-social. La richesse de ce que l’on va nommer «mission» réside dans la diversité des personnes qui l’ont composée : mixité homme-femme, diversité des âges, des origines géographiques et des secteurs d’enseignement.

Des relations anciennes avec la Palestine

Si la dynamique a donc d’abord été personnelle, le contenu du séjour est donc profondément syndical. L’expérience de la CNT au sujet de la question palestinienne a été prise en compte. Une délégation intersyndicale et associative s’était déjà rendue en Palestine pour le 1er mai 2004. La CNT y avait participé et avait pu entamer un premier travail de prise de contact. En 2005, cette fois, c’était une délégation «rouge et noire» composée de militants de la CNT, de la CGT espagnole et de la SAC suédoise qui se rendait en Palestine. L’objectif de ces premières rencontres consistait à établir des contacts avec des organisations syndicales palestiniennes, des comités populaires dans les camps de réfugiés, ou encore des associations. Il était important que la solidarité avec la Palestine prenne un visage concret. Chaque pays possède sa propre histoire syndicale, la Palestine ne fait pas exception à la règle : poids d’organisations syndicales soumises aux politiques, contraintes d’une guerre d’occupation. Ces deux premières délégations ont donc permis de passer un cap. Des contacts ont pu être noués avec des organisations dont nous partageons les visées anticapitaliste et démocratique.

À partir de 2005 donc, la CNT a commencé à échanger avec différents acteurs. Le DWRC tout d’abord. Rencontré lors d’une échappée dans les rues de Ramallah, le Democratic Workers Rights Center est une ONG qui a pour but de favoriser le développement du syndicalisme indépendant en Palestine. Ils ont donc pu nous mettre en relation avec des travailleurs de différentes branches : éducation, santé, électricité… et ce dans différents endroits de la Palestine, d’Hébron à Tulkarheim en passant par Bethléem. En parallèle la CNT a développé un partenariat important avec le comité populaire de Deihsheih (Bethléem) et son centre culturel Al Feneiq. Les luttes sociales palestiniennes ont ainsi pu être relayées et des délégations accueillies. Enfin, des relations avaient aussi pu être établies avec des activistes pacifistes israéliens : l’Alternative Information Center à Jérusalem, ou le groupe Zochrot qui met en avant l’histoire arabe de la région pour lutter contre le slogan sioniste «une terre sans peuple, pour un peuple sans terre».

Une mission, pour quoi faire ?

La mission d’avril 2007, riche de ces expériences passées, se fixe donc pour objectif de maintenir les contacts établis, de poursuivre le travail entamé et d’élargir géographiquement les relations. Des rencontres avec l’ensemble de nos interlocuteurs privilégiés sont donc organisées afin d’approfondir les échanges et surtout trouver des projets à concrétiser ensemble. En outre, l’intérêt d’une mission spécifiquement éducation réside aussi dans la recherche de nouveaux partenaires en lien plus direct avec ce secteur. Le DWRC nous a permis de rencontrer par exemple la responsable du Syndicat indépendant des jardins d’enfant. Pratiques syndicales, sujets et conditions de lutte, quotidien professionnel, pratiques pédagogiques ont été au cœur de nos discussions. Cette recherche de nouveaux contacts nous a conduit aussi en direction du milieu associatif avec les Mother’s school (cf. article p. 15) ou le Teacher Creativity Center. Il s’agit d’une association créée par un groupe d’enseignants œuvrant pour le développement de nouvelles pratiques pédagogiques.

Et, toujours dans un souci de solidarité concrète, les membres de la mission ont participé à la réalisation de programmes établis avec nos homologues. Ainsi le camarade du secteur Santé-social a participé à des travaux avec le DWRC sur la question du droit du travail et est intervenu lors d’une conférence sur le sujet. À Deihsheih, c’est la salle de sport pour les femmes qui a fini d’être installée. De plus une camarade prof d’EPS a formé des profs de fitness. Enfin une réflexion conjointe a été menée avec une bibliothécaire de la CNT sur les moyens d’attirer les adultes. Ces projets ne visent pas à adoucir les peines endurées par les Palestiniens, mais bien à les épauler dans leur volonté de rester debout.

Un engagement dans la durée

De toutes ces rencontres, qui ne peuvent se résumer en quelques lignes, sont nés de futurs projets qui restent à concrétiser. C’est tout l’enjeu de la solidarité internationale : l’ancrer dans la durée. Les Palestiniens sont habitués à recevoir des internationaux. Ils le sont malheureusement moins lorsqu’il s’agit d’échanges et de travail qui perdurent. Mais la chaleur qu’ils offrent, leur volonté de vivre toujours entière, la qualité de leur engagement social et tant d’autres émotions ressenties font qu’on s’attache inexorablement aux Palestiniens. Les conditions de l’occupation israélienne, l’attitude collaborationniste de l’autorité palestinienne, l’asphyxie économique rendent notre présence à leur côté toujours plus utile. C’est ce à quoi s’engage la CNT avec la préparation de nouvelles initiatives.

Erwan, CNT STE 93

Publié dans Colère ouvrière

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