Autoréduction à Rodez

Publié le par la Rédaction

Expérimentations contre la précarité :
Autoréduction à Rodez, la méthode Facebook


Ces dernières semaines, les «autoréductions» ont brusquement fasciné la sphère médiatique : depuis les actions qui ont eu lieu à Grenoble, à Rennes et Paris, nous ne comptons plus les journalistes qui «voudraient participer à la préparation d’une autoréduction» et cherchent des contacts d’«autoréducteurs».

Notre dernier article sur le sujet a été repris sur de nombreux sites. Pas les précédents dont ceux sur les pratiques de précaires espagnols sur le vol à l’étalage, ni celui sur cette précaire de Leclerc, virée pour avoir volé de la bouffe, histoire de compenser son salaire de merde.

Car les médias, comme d’habitude, pour la plupart d’entre eux n’aiment que les discours qui divisent.

Les «autoréductions symboliques» organisées par des «vrais pauvres», ça passe. Mais lorsque les salariéEs de la grande distribution pratiquent la démarque sauvage, c’est du «vol».

Et quand des lycéens organisent à leur tour une autoréduction, c’est aussi du «vol», et cela ne peut s’inscrire dans le cadre du mouvement contre la précarisation dans l’Éducation nationale.

C’est le sens de l’article de 20minutes consacré à une action qui a réuni plus de 150 personnes ce vendredi à Rodez. Nous le reproduisons en fin d’article afin que chacun puisse se faire une idée.

Alors que s’est-il passé à Rodez ?

Un beau pied de nez à la répression et à Monoprix qui pensait en avoir fini avec les autoréductions en portant plainte contre les précaires, à qui la direction des magasins a lâché des caddies pleins, volontairement et dans une démarche, somme toute très commerciale : en effet une manifestation un jour de veille de réveillon, en termes de chiffre d’affaires fait perdre bien plus de fric, qu’«offrir» un réveillon même pour cent personnes !

Monoprix a voulu montrer sa fermeté, les précaires montrent leur solidarité et leur inventivité !

En effet c’est sur FaceBook, ce haut lieu de la sociabilité capitaliste, donc très peu surveillé que le rendez vous a été lancé.

150 personnes sont venues : et après une déclaration contre la réforme du lycée, les lycéens et leurs compagnons ont emporté de la victuaille en pagaille.

Oh mais quel rapport avec la réforme des lycées, s’indignent les journalistes ?

Des lycéens pauvres, où ça ?

Aujourd’hui au moins vingt pour cent des lycéens sont obligés d’occuper un emploi, en plus de leur scolarité, dans des secteurs sous payés, et notamment la grande distribution. Et bien sûr ce chiffre n’inclut pas le «travail éducatif», stages gratuits en entreprises, apprentissage rémunéré largement en dessous du SMIC.

La «formation tout au long de la vie» à la sauce MEDEF signifie aussi la précarisation dès le lycée.

Et les salaires qui baissent, le chômage partiel, les restrictions de plus en plus grandes aux allocations pour les familles monoparentales, sont autant de droits sociaux et de revenus en moins pour les jeunes scolarisés.

Aussi pas étonnant que la lutte contre la précarité lycéenne prenne aussi les mêmes formes que celle des précaires étiquetés comme tels.

Aucune lutte aujourd’hui ne peut se faire sans solidarité active, sans l’action immédiate et directe pour survivre sans les maigres droits sociaux dont on nous a privés ces dernières années.

Les caisses de grève, les autoréductions se diffusent donc dans tout le mouvement et c’est une très bonne nouvelle, quoi qu’en disent les médias qui voudraient que chacun reste à sa place : seuls les cheminots devraient bloquer les trains, seuls les étudiants devraient occuper les universités, et seuls les «vrais chômeurs» seraient légitimes à faire des autoréductions, mais attention, uniquement en hiver, et seulement s’ils prennent des pâtes et de l’huile.

Autre bonne nouvelle, les modes d’action se diversifient : les rendez-vous classiques attirent des cars de CRS ? Les lycéens de Rodez ont innové avec des canaux de communication inusités jusque là.

À nous d’en inventer d’autres !


L’article de 20minutes [du 15 janvier], seule trace médiatique de cette autoréduction réussie : à garder en mémoire avant de se confier sans réserve aux médias, qui ne font de la pub aux uns que pour mieux enfoncer les autres ! Encore une fois, sans rien nous interdire, sachons déjouer leurs pièges !

Mauvaise tournure
Rendez-vous sur Facebook pour piller le centre-ville
150 jeunes qui s’étaient donné rendez-vous sur Facebook ont fini par commettre des vols dans plusieurs commerces du centre-ville de Rodez, en France, mercredi après-midi.
Le rassemblement avait été organisé par le biais du site de sociabilité dans le but d’occuper le magasin Monoprix de la ville de Rodez, dans la région Midi-Pyrénées. D’après Le Parisien, l’information a été confirmée par la direction du Monoprix, qui a recueilli les propos d’une mère de famille.
L’événement a finalement réussi à attirer environ 150 jeunes dans l’établissement commercial. Une fois à l’intérieur, l’organisateur aurait alors dévoilé la véritable raison du rassemblement, à savoir un mouvement de protestation contre la réforme du lycée. Des vols ont alors été commis, ainsi que des dégradations au mobilier urbain. Les jeunes, principalement des adolescents, ont également pénétré dans d’autres magasins, du centre-ville, notamment Buxy et Huit à 8. La Brigade anticriminalité a dû alors intervenir et procéder à plusieurs arrestations.
«Je trouve cela navrant, ça nous décrédibilise, ce n’est pas bon pour nous», a déclaré Roland Geniez, président du syndicat lycéen de Rodez, au journal La Dépêche.
C’est la première fois qu’un tel événement survient dans la petite préfecture provinciale, selon les propos du commissariat de police de Rodez, qui relève que ce type de manifestation se déroule plus fréquemment dans les grandes villes.
Autoréduction
Monoprix a en effet été victime à plusieurs reprises d’actions ciblées, dont deux en fin d’année dernière, à Paris et à Grenoble. À cette occasion, des militants avaient remplis des caddies et étaient partis sans payer, en pratiquant une «autoréquisition» ou «autoréduction». Les produits réquisitionnés avaient ensuite été redistribués à des précaires pour leur permettre de fêter le Nouvel An dignement, selon les déclarations d’un membre du collectif.

Collectif RTO, 17 janvier 2009.

Commenter cet article