Manif pour Isa + Deux communiqués de Tarnac

Publié le par la Rédaction

Manifestation en soutien
à une inculpée de l’antiterrorisme


Dans le cadre d’une semaine dinformation sur lantiterrorisme, des militants ont exprimé leur solidarité avec une jeune femme devant la prison de Versailles où elle est incarcérée depuis un an.

Une centaine de militants se sont rassemblés avec pétards et feux d
artifice, dimanche 18 janvier, devant la prison de Versailles (78) où est incarcérée Isa, afin de «rompre son isolement carcéral». Deux banderoles ont été déployées sur lesquelles on pouvait lire «Destruction de toutes les prisons» et «Liberté pour Isa, Juan, Damien et tous les prisonniers». La jeune femme est soupçonnée davoir tenté dincendier un véhicule de police pendant la dernière élection présidentielle de 2007. Selon la police, son ADN correspondrait à des traces prélevées sur des engins incendiaires, qui nont pas explosé, placés sous une dépanneuse des forces de lordre. Lui est également reproché davoir été en possession des plans dun établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM), de manuels de sabotage et de chlorate de soude, un produit qui peut servir à fabriquer des fumigènes.

Un an de détention provisoire

Arrêtée en janvier 2008 et placée depuis en détention provisoire, elle est privée de liberté depuis plus d
un an. Aucune date de procès na jusquà présent été fixée. Le 26 janvier prochain, la chambre de linstruction doit décider du renouvellement de son mandat de dépôt criminel ou de sa libération. Selon le code de procédure pénale, une personne suspectée de «terrorisme» peut être détenue jusquà deux ans avant de passer en jugement.

L
arrestation dIsa est liée à celle de quatre autres personnes, toutes suspectées dappartenir à la «mouvance anarcho-autonome», selon le ministère de lIntérieur. Deux dentre eux ont été remis en liberté sous contrôle judiciaire après quatre mois de détention, et les deux autres, Juan et Damien, sont toujours incarcérés.

«L’affaire Tarnac»

Un collectif de soutien appelant à la manifestation rappelle l
affaire plus récente des inculpés de Tarnac, dans le cadre de laquelle Julien Coupat est toujours maintenu en détention. «Que ce soit en janvier ou en novembre, ces arrestations font partie dune opération politique beaucoup plus large qui vise à mettre au pas la contestation sociale» dénonce-t-il.

Depuis le début de ces poursuites, des militants indépendants s
organisent collectivement afin de soutenir les prisonniers, et dénoncer ce quils perçoivent comme des dérives sécuritaires et répressives du système judiciaire quincarnent les procédures antiterroristes.

«Sabotons l’antiterrorisme»

«La spécificité de ce type de procédure (antiterroriste) est d
être sur un terrain “politique” (…). Il suffit alors de faire coïncider un engagement politique un peu trop subversif avec des événements, actions ou manifestations de la révolte sociale qualifiée de violents pour étiqueter une affaire de terrorisme. Lanti-terrorisme est un outil de répression qui a sa logique propre. Et si on qualifie des camarades dêtre des terroristes, cest simplement avec la volonté ferme de les isoler de luttes et de mouvements sociaux» analyse un collectif de soutien à Isa.

Dans l
objectif de proposer un espace de réflexion sur cette thématique, une semaine d'action, de rencontres et dinformation, «Sabotons lantiterrorisme», est organisée du 15 au 25 janvier. Une manifestation aura également lieu à Paris le 31 janvier, en soutien aux inculpés de l’antiterrorisme. «Que viennent tous ceux qui ne se laisseront plus terroriser par un gouvernement aux abois» conclut le comité de soutien aux inculpés du 11 novembre de Tarnac.

Le Nouvel Observateur, 18 janvier 2009.



Poitiers, le 6 janvier 2009



De Tarnac


Nous apprenons avec une grande joie la libération d’Yldune ce vendredi. Joie de la savoir dehors plutot qu’entre quatre murs, joie de voir la machinerie juridico-policière derailler toujours un peu plus.


Cette joie n’entame en rien notre colère.

Julien est encore derrière les barreaux.

Les charges d’«association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste» pèsent encore sur les neufs personnes interpellées le 11 novembre, ainsi que sur les autres prétendus «anarchos-autonomes» arrêtés cette année.

Colère de ne pouvoir revoir nos amis «libérés», assignés à domicile dans des départements où ils n’ont rien à faire.


Inquiétude lorsque des personnes arrêtées à Paris, fichées par les RG, passent sous garde à vue anti-terroriste parce qu’elles connaîtraient des personnes mises en cause dans l’«affaire de Tarnac». Leur libération sans aucune charge ridiculise les méthodes policières mais demontre un acharnement bien réel dont il faut prendre la mesure.

Rage, et détermination, parce que nous avons le sentiment que cette affaire ne sert qu’à renforcer une pratique de terreur gouvernementale contre tout ceux qui refusent de se plier au nouvel ordre mondial.

Nous espérons que le soutien, et au-delà, les multiples formes de résistance, n’iront qu’en s’amplifiant.

Les évènements de janvier dans toute la France et au-delà doivent commencer à élargir et approfondir les questions soulevées par l’«affaire de Tarnac».

Manifestation à Paris le 31 janvier, en soutien aux inculpés de l’antiterrorisme. Que viennent tous ceux qui ne se laisseront plus terroriser par un gouvernement aux abois.




Poitiers, le 22 décembre 2008



Yldune libérée. Julien maintenu en détention

Ce soir, Yldune sort de la prison de Fleury. La cour d’appel a suivi les indications du juge d’instruction, malgré l’acharnement pathétique du parquet, qui venait d’user de son énième manigance juridique pour la maintenir en détention. Un nouvel épisode se joue malgré tout vendredi prochain, lors de l’audience de fond qui peut amener à sa réincarcération immédiate. On imagine cependant mal la chambre d’instruction sombrer tout à fait dans le ridicule en la remettant en détention.

Nous ne pouvons cependant pas nous réjouir totalement de la libération de notre camarade, qui, de toute façon reste soumise à un contrôle judicaire strict. D’autant que nous apprenons que Julien, lui, ne sortira pas aujourd’hui. Sa demande de mise en liberté vient d’être refusée par un JLD. On voit que la justice n’en finit plus de s’empêtrer dans sa construction d’un chef de cellule terroriste, contre lequel elle s’acharne. Chef dont les disciples paraissent toujours plus difficilement trouvables. Cette décision est d’autant plus ridicule qu’un autre JLD avait estimé qu’il pouvait recouvrer la liberté, fin décembre.


De surcroît, nous apprenons que deux personnes, arrêtées hier, ont été mises en garde à vue antiterroriste sous prétexte que l’une d’entre elle était dans le carnet d’adresses de Julien, et que l’autre participait aux réunions du comité de soutien. Elles viennent d’être libérées sans poursuites. Comment interpréter cette information ? Comme une nouvelle tentative de pression au moment où commence la semaine de soutien internationale ? Comme l’extension sans fin d’un régime d’exception qui peut s’abattre sur quiconque se retrouve dans les fichiers de la police politique et qui fait d’un simple contact une association de malfaiteurs à visée terroriste ?

Et que dire de la situation d’Isa, incarcérée depuis un an, sous antiterrorisme — pour des faits qu’elle nie — et dont la détention provisoire vient d’être prolongée de six mois. Elle aussi est suspectée d’appartenir à la fumeuse «mouvance anarcho-autonome» de Michelle Alliot-Marie.

La lutte pour l’arrêt des poursuites et pour la libération des personnes encore incarcérées doit s’intensifier à l’occasion de la semaine d’agitation contre l’antiterrorisme menée par l’ensemble des comités de soutien, et de la grande manifestation nationale qui aura lieu le 31 janvier à Paris.

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