Quand l'athéisme prend l'autobus

Publié le par la Rédaction

Les bus athées partent à la conquête de l’Europe

Après Londres et Barcelone la semaine dernière, c’est au tour de la très catholique Gênes dêtre envahie par les bus athées professant linexistence de Dieu. À partir du 4 février, deux autobus arpenteront les rues génoises affublés du slogan suivant : «La mauvaise nouvelle est que Dieu n’existe pas. La bonne est qu’on n’en a pas besoin.»


Cette campagne d
affichage, lancée par l’Union des athées et des agnostiques rationalistes, sinscrit dans le cadre dune vaste campagne initiée au début du mois sur quelque 800 autobus des villes de Grande-Bretagne ainsi que dans le métro de Londres. Le slogan — «Dieu n’existe probablement pas. Alors arrêtez de vous faire du souci et profitez de la vie» — a ensuite été traduit en catalan pour une campagne similaire lancée le 5 janvier, à Barcelone, par l’Union des athées et libres-penseurs espagnols. Elle devrait se poursuivre à Madrid et Valence, avant peut-être Saragosse et Bilbao.


La guerre des bus

Si l
initiative fait plutôt sourire en Grande-Bretagne, la guerre des slogans — et des bus — a commencé en Espagne, où la polémique est commentée par la presse. Les chrétiens madrilènes ont même répliqué aux athées catalans avec leurs propres armes. Sur les bus «croyants» quils ont mis en circulation dans la capitale espagnole, on peut désormais lire : «Dieu existe, profitez de votre vie avec le Christ».


La polémique sétend aussi aux très catholiques terres italiennes. À larchevêché de Gênes, qui avait combattu la décision des organisations homosexuelles dorganiser une Gay Pride dans cette ville le 13 juin, la campagne est perçue comme une «manifestation d’intolérance». Dans La Stampa, Don André Gallo, un prêtre des rues, interpelle les athées qui se cachent derrière cette campagne : «Dieu existe, mais ce n’est pas toi. Alors, relaxe-toi !»

À l
origine de cette soudaine irruption des athées dans le monde de la communication, une jeune britannique de 28 ans, Ariane Sherine. Il y a quelques mois, cette écrivain et journaliste de sensibilité unitarienne universaliste (mouvement estimant que toute croyance doit être questionnée) invitait les lecteurs du Guardian à donner léquivalent de 5 livres pour répondre aux affiches placardées à la même époque sur les bus londoniens par le groupe évangélique «Jesus said», promettant les «tourments de l’enfer» aux non-chrétiens.


Publicité mensongère

La croisade anti-prosélite de la jeune journaliste est un franc succès. Relayée par la plupart des médias britanniques (The Guardian, The Times, BBC…), elle collecte 140.000 livres (150.000 euros), pour un objectif initial de 5500 livres. La campagne d
’affichage est alors lancée début janvier avec le soutien de l’Association humaniste britannique. Elle a désormais son site officiel, et possède même un groupe sur Facebook.


Mais, même en Grande-Bretagne, les chrétiens n’ont pas l’intention de s’en laisser compter. Une organisation chrétienne britannique a porté plainte, jeudi 8 janvier, auprès de l’
autorité de surveillance de la publicité, arguant que la campagne était en infraction avec le code de la publicité en matière de bien-fondé et de véracité. «Il n’y a probablement pas de Dieu», affirment les slogans, mais Stephen Green, directeur national du groupe de pression Christian Voice, demande des preuves. «C’est présenté comme un état de fait et cela signifie qu’il doit être possible d’en prouver la véracité sinon cela enfreint les règles», argumente-t-il, convaincu qu’il existe au contraire «de nombreuses preuves de l’existence de Dieu, depuis les expériences personnelles des gens jusqu’à la complexité, l’interdépendance, la beauté et la conception de la nature».

Le Monde, 14 janvier 2009.

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