Rions un peu avec les journaflics...

Publié le par la Rédaction

Tarnac : La piste des incendies d’ANPE

Le groupe de Tarnac ne se serait pas attaqué qu’aux caténaires. Même si les avis divergent en haut lieu, des vérifications sont actuellement en cours pour tenter de déterminer si les mis en cause du groupuscule d’extrême-gauche peuvent être impliqués dans une série d’incendies et de tentatives qui avaient visé des ANPE et des antennes Assedic entre 2005 et 2007 un peu partout en France.

L’enquête sur le groupe de Tarnac s’élargit. «Piste sérieuse» pour les uns. «Allégations» pour les autres. Même si les avis divergent en haut lieu, des vérifications sont actuellement en cours par les policiers de la Sdat (sous-direction antiterroriste) pour tenter de déterminer si les mis en cause de Tarnac peuvent être impliqués dans une série d’incendies et de tentatives qui avaient visé des ANPE et des antennes Assedic entre 2005 et 2007 un peu partout en France.

Dès janvier 2006, la mouvance «autonome» avait été suspectée après que des engins incendiaires avaient embrasé en pleine nuit une agence pour l’emploi à Rennes, fin novembre 2005, puis, en janvier 2006, une antenne Assedic à Lens, une ANPE à Toulouse, une autre à Saint-Cyr-sur-Loire (Indre-et-Loire) et une dernière à Caen. Des tentatives avaient également été relevées à Paris, Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne), Perpignan, Pau et Cenon (Gironde). D’autres faits ont encore été répertoriés à Saint-Herblain (Loire-Atlantique) — quatre cocktails Molotov contre une agence de l’ANPE en mars 2006 — mais surtout à Toulouse, au printemps 2007 : bombe incendiaire, cocktails Molotov et bidon d’essence enflammé visant la cité administrative, des locaux du Medef, du Trésor public, de la mission locale de l’ANPE, un centre de rétention…

L’autre casse-tête des enquêteurs concerne trois des quatre sabotages de la SNCF perpétrés dans la nuit du 7 au 8 novembre dans l’Yonne, l’Oise et la Seine-et-Marne. Filés par la police cette nuit-là, Julien Coupat et son amie sont soupçonnés d’avoir saboté la ligne TGV Paris-Strasbourg en Seine-et-Marne. Mais qui a posé des fers à béton aux trois autres endroits ? Ces quatre opérations ont été revendiquées en Allemagne (JDD du 14 décembre), au nom de la «lutte anticapitaliste et antinucléaire».

Les gendarmes nont «aucune certitude»

Autre interrogation, le mode opératoire : selon une source proche de l’enquête, les gendarmes en charge du volet technique du dossier n’ont à ce jour «aucune certitude» sur la méthode (perches isolantes, système de cordes…) utilisée par les saboteurs pour accrocher un fer à béton sur des caténaires alimentées à 25.000 volts.

Parmi les neuf mis en examen dans ce dossier dont la qualification «terroriste» suscite la controverse, Julien Coupat et Yildune Levy sont les deux derniers à être maintenus en détention. Pour lui, à la prison de la Santé à Paris. Pour elle, à Fleury-Mérogis, dans l’Essonne. Leurs avocats ont déposé, vendredi, deux nouvelles demandes de remise en liberté qui devraient être examinées en milieu de semaine.

«Pour motiver le précédent refus de libérer Yildune, explique le défenseur de la jeune archéologue parisienne, Me Steeve Montagne, on a mis en avant le fait qu’elle n’avait pas encore été entendue par le juge. Cette audition a eu lieu ce jeudi. «Pendant trois heures, ma cliente a répondu à toutes les questions du magistrat sur son voyage aux États-Unis et surtout sur le déroulement des faits, les 7 et 8 novembre derniers. Elle nie une quelconque participation.» Toujours selon son avocat, la jeune femme au prénom atypique — le nom d’une étoile — assume son engagement politique et sa participation à diverses manifestations (pour les sans-papiers, contre le fichier Edvige et la biométrie) mais «ne se reconnaît pas dans le schéma policier de l’ultra-gauche». Étudiante à la Sorbonne, domiciliée chez ses parents dans le 20e arrondissement de Paris, elle ne descendait que «très occasionnellement» à Tarnac, où vivaient l’ancienne compagne de Julien et leur fille de 3 ans et demi. «Elle n’a pas perdu pied en prison, insiste Me Montagne. Elle est très entourée par sa famille et essaie de lire beaucoup…»

Le combat de Gérard Coupat

À son fils, qu’il a encore visité à la Santé vendredi, Gérard Coupat a lui aussi apporté des livres. Dont plusieurs pavés de Michel Foucault consacrés à la prison, comme Surveiller et punir… «Je sens que c’est très dur pour lui», insiste l’ancien médecin dont le domicile, dans les beaux quartiers de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), voisine celui de Michèle Alliot-Marie, qu’il voue aux gémonies depuis les déclarations de la ministre sur l’«ultra-gauche». L’homme en est convaincu : son fils est innocent. «Julien est bien trop futé pour aller faire ça alors qu’il sait qu’il est surveillé par la police depuis des mois. Et puis je lui ai posé la question, lors du premier parloir. Il m’a dit : “C’est pas moi.” Julien ne m’a jamais menti !» Gérard Coupat n’hésite pas à dénoncer une «barbouzerie», un «montage policier» destiné à effrayer les enfants des classes moyennes qui voudraient se révolter…

Pour son fils unique, Gérard Coupat rêvait de Polytechnique. Il en avait les moyens. Pas l’envie. Après l’Essec, il a choisi le chemin de la philosophie, de la sociologie politique, du militantisme et de l’écriture… Est-il l’auteur, comme l’accusation le soutient, de L’insurrection qui vient, cet essai signé d’un «comité invisible» qui fait presque figure de pièce à conviction ? «Cela vient de son environnement, reconnaît Gérard Coupat, mais Julien n’en est pas l’auteur unique.» Celui qui a voté Bayrou puis Royal à la dernière Présidentielle tente de résumer les convictions de son fils et de ses amis : «Ils n’ont pas envie qu'on leur refourgue une société qui est en train de crever, un capitalisme en fin de cycle. Ils veulent un autre mode de vivre ensemble, qu’ils essaient de mettre en œuvre à Tarnac. Mon fils est un mec bien !»

Presse terroriste : Stéphane Joahny
Le Journal du Dimanche, 11 janvier 2009.



Sabotages, révélations sur une piste allemande

Pour les enquêteurs de la Sous-direction antiterroriste (SDAT), cela ne fait aucun doute : si Julien Coupat et ses camarades de la «cellule invisible» étaient encore en liberté, ils seraient actuellement en train de batailler avec les plus exaltés de la «génération 600 euros» dans les rues d’Athènes ou de Salonique. Comme Coupat l’avait d’ailleurs déjà fait en septembre dernier à l’occasion de violents affrontements avec les forces de l’ordre grecques à Salonique.

Dans la nuit du 3 au 4 décembre, les bureaux athéniens de l’AFP ont d’ailleurs été visés par une «bombinette» en solidarité avec le groupe de Tarnac. Cette solidarité s’est aussi exprimée le 5 décembre à Hambourg, où le consultat français a été visé par des jets de peinture.

Coup de filet policier mené à Tarnac

C’est précisément vers l’Allemagne que l’enquête sur les sabotages des lignes TGV perpétrés dans la nuit du 7 au 8 novembre dernier lorgne actuellement. Comme l’avait dévoilé le site Mediapart le 22 novembre, ces actions avaient été revendiquées outre-Rhin et en allemand, avant le coup de filet policier mené à Tarnac (Corrèze), Rouen (Seine-Maritime) et Paris le 11 novembre, par un courrier posté de Hanovre et adressé au Tageszeitung de Berlin. Selon cette lettre, non publiée par le Taz, les quatre sabotages et tentatives de sabotage des voies TGV à l’aide de «crochets», ainsi que d’autres actions visant aussi le réseau ferré en Allemagne durant la même nuit, visaient à protester contre le capitalisme en général et le transport de déchets nucléaires en particulier. Titré «Parce que nous en avons marre», le document est signé «en mémoire de Sébastien». Une manière de marquer le quatrième anniversaire du décès de Sébastien Briat, un jeune militant anti-nucléaire mort écrasé le 7 novembre 2004 en Lorraine par un train «Castor» justement chargé de déchets nucléaires allemands retraités à La Hague.

Une technique made in Germany

La piste d’une «coproduction» allemande, ou du moins d’une action concertée avec des Allemands, repose également sur le mode opératoire : ces fameux «fers à béton» transformés en crochets métalliques et placés sur les caténaires. Une technique «made in Germany» et utilisée depuis près de dix ans outre-Rhin, notamment par les anti-nucléaires. Les policiers français s’intéressent notamment à une activiste prénommée Sandra et considérée comme une «relation» de Julien Coupat. Selon les surveillances policières, plusieurs des mis en examen du groupe de Tarnac étaient présents lors d’une contre-manifestation d’extrême gauche organisée à Cologne, où avait lieu un rassemblement de skinheads, courant septembre.

Les investigations policières sur Julien Coupat et le groupe de Tarnac avaient démarré en avril dernier suite à un signalement venu des États-Unis. L’enquête prend à nouveau un caractère international. «Nous travaillons en relation étroite avec le BKA allemand et la PJ italienne, confie une source proche de l’enquête. Et nous devrions nous rapprocher également très vite des Anglais, des Canadiens, du FBI américain, ainsi que des polices grecques et belges.»

Presse terroriste : Stéphane Joahny
Le Journal du Dimanche, 14 décembre 2008.

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