De l'antiterrorisme vers la guerre sociale

Publié le par la Rédaction

De l’anti-terrorisme…

Suite à l’opération policière du 11 novembre, contre la prétendue «cellule invisible», neuf personnes sont en examen pour «association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste» — dont deux sont toujours en prison, sous régime DPS (Détenu Particulièrement Surveillé). Aussi de multiples perquisitions sont effectuées dans toute la France et en Belgique. En janvier déjà, la découverte d’un engin incendiaire placé sous une dépanneuse de police avait amené à l’incarcération de trois camarades pour le même chef d’inculpation. L’éventuelle présence de traces ADN sur l’engin serait une fois de plus le seul élément qu’aurait la police.

Toutes ces personnes sont censées appartenir à la «mouvance anarcho-autonome». Création de toute pièce des ministères de l’intérieur et de la justice, cette «nébuleuse» n’est qu’un nouveau visage de l’ennemi intérieur. Cette figure épouvantail venant s’ajouter à celles de l’islamiste, de l’indépendantiste (corse, basque ou breton), du barbare, du fanatique, de l’extrémiste, de la «racaille» de banlieue, du casseur des fins de manif… bref une longue liste pour ces représentations qui sont censées incarner le «mal», la gangrène au sein de la société. Cette construction sert à distiller la peur et, par là, à justifier un des outils de régulation de la tension sociale. Les lois et les dispositifs sécuritaires — plan vigipirate créé en 1978 et sans cesse renforcé depuis 1991, Loi sur la Sécurité Quotidienne de 2001, Lois sur la Sécurité Intérieure en 2003… —, sous couvert de «lutte contre le terrorisme», se multiplient, tout comme, inévitablement, la présence policière sur le territoire. Cette peur, répandue à grand renfort de médias, habitue le citoyen à une société de contrôle permanent : caméra à chaque coin de rue, dossier de fichage — Edvige, Fnaeg (empreinte génétique) — puce RFID, biométrie… Si la figure du «terroriste» est une «construction étatique», les dispositifs répressifs sont bien réels : fouilles généralisées, occupation policière spectaculaire, contrôle et surveillance des déplacements et du quotidien de chacun.


Mais la volonté de l’État dans sa gestion anti-terroriste de la société va plus loin. Il ne s’agit pas seulement de réprimer la subversion la plus «radicale», mais surtout de déployer un arsenal de contrôle sur une population entière. La peur distillée massivement au citoyen, qui tremble pour sa tranquillité, doit s’immiscer chez tous les récalcitrants à cette société, mais d’une toute autre manière. L’État fait planer la menace de la prison, avec traitement d’exception, pour ceux qui ne se contenteraient pas des formes autorisées de la contestation, ou de la survie imposée. Seules les revendications «raisonnables», suivant les chemins traditionnels de la politique, sont autorisées. Dans le même temps, les attaques contre les grévistes se multipliant, l’État se veut ferme et lance un avertissement à tous ceux et celles qui agissent dans les établissements scolaires, professionnels, dans la rue, les champs, les ports, les cités, en rupture du train-train habituel des partis ou des syndicats. Quand les formes de lutte ou la portée critique de l’action ne respectent pas le cadre légal, elles sont ou pourront-être qualifiées de «terroristes», et traitées comme telles.

Cette offensive répressive n’arrive pas par hasard. Les États, en pleine crise économique, n’ont plus les ressources nécessaires pour maintenir la paix sociale : inflation des prix, stagnation des salaires, suppression progressive des allocations… Ils se recentrent sur un aspect purement répressif : augmentation des moyens alloués à la police et à l’armée, réformes du système scolaire allant vers toujours plus de fichage et de contrôle, renforcement des surveillances aux frontières, construction et modernisation des prisons et asiles… Depuis quelques décennies, le capitalisme «libéral» atteint les limites de son expansion. Mais ces entreprises coûtent de plus en plus, notamment sur le plan social. Les politiques gouvernementales ne se parent plus de redistribution pour masquer leurs gestions patronales, et il est évident pour la plupart des pauvres que l’État et le patronat n’agissent que pour défendre leurs intérêts. Les derniers résultats des élections syndicales, massivement ignorées, semblent bien rendre compte d’un essoufflement des dispositifs de cogestion (partis, syndicats, assistance sociale). Le système fait l’objet de nombreuses critiques. Ainsi, des pratiques tels les blocages (notamment des flux économiques et des transports), les occupations et réquisitions (institutions, usines, bâtiments vides…), les sabotages (outils de travail, transports, dispositifs de contrôle…), les fraudes, vols, auto-réductions, manifestations sauvages, affrontements avec les forces de l’ordre… se retrouvent partie intégrante des luttes actuelles.

Les contradictions du capitalisme étant de plus en plus flagrantes, l’État attaque massivement ses opposants et ceux qui le critiquent. L’arsenal répressif s’abat sur une population de plus en plus large. Le principal objectif de la répression étant de neutraliser les luttes et les révoltes, le repli défensif apparaît comme l’exacte réaction souhaitée par le pouvoir. Il est alors impensable pour nous, exploités d’ici et d’ailleurs, d’abdiquer.

… vers la guerre sociale


Ainsi, auront lieu plusieurs discussions autour des quelques pistes de réflexion lancées dans ce texte :
•  À Montpellier, à la Librairie Scrupules [26, rue du Fbg de Figuerolles], le mercredi 14 janvier à 19h.
•  Au Vigan, au local Casa Nostra [rue de la Forge], le jeudi 15 janvier à 18h.
•  À quelques kilomètres de saintJean-du-Gard, à la yourte de La Borie [dir. saintÉtienne VF], le vendredi 17 janvier à 19h.
•  À Ganges, au Transfo [rue de l’Albarède], le vendredi 23 janvier à 19h.
•  À La Vieille Vallette [30160 Robiac-Rochessadoule], le mardi 27 janvier à 18h.
•  À Avignon, date et lieu à préciser…

À diffuser largement…
Un collectif en Cévennes, 1er janvier 2009.

Commenter cet article