Grévistes de décembre 2008 : gagner plus, passer moins de temps au boulot !

Publié le par la Rédaction


En vérité, cette rubrique laisse bien à désirer. Car il est difficile de rendre compte du foisonnement de conflits liés au travail, et surtout d’avoir suffisamment d’informations pour montrer en quoi des centaines de conflits locaux font en réalité écho à d’autres. Certains secteurs sont quasiment mobilisés en permanence : la Poste, au gré des modernisations de centres de tri ou de l’augmentation de l’amplitude horaire des bureaux, les hôpitaux, qui manquent de fric, de personnel, quand ce n’est pas la disparition qui les menace, les transports, de la SNCF aux petites compagnies de bus locales (souvent sous-traitantes de plus grosses sociétés comme Veolia ou Keolis), face à des cadences de plus en plus intenables, l’enseignement, face à des mesures totalement absurdes (suppression du réseau d’aide aux élèves en difficulté, mais organisation sur le temps de déjeuner ou le soir d’heures de soutien qui ne riment à rien, puisqu’il faut bien souffler un peu, l’heure se retrouve vite demi-heure, par exemple). Et d’un secteur à l’autre, malgré les particularités de métier, bien des points communs.

Qu’est-ce qui pousse à faire grève, à une période où les revenus, salaires et/allocations, ne permettent plus de faire face aux dépenses et aux crédits, où la répression patronale ne chôme guère ? S’il faut la conviction que la solidarité collective est une arme efficace, il y a souvent un facteur déclencheur. En général, c’est une modification imposée par l’employeur ou un refus face à certaines revendications.

Certes, le salaire reste un des motifs les plus fréquents de faire grève, mais l’organisation du travail, par ses conséquences sur la vie quotidienne des salariés, est aussi à l’origine de nombreux conflits. Ainsi les salariés des Cartonneries du Forez, qui ont lancé le 13 décembre un mouvement de grève illimité lorsque leur patron à voulu leur imposer des plannings à la semaine, alors qu’auparavant ils avaient leur planning à l’année. Le refus du travail le dimanche est aussi fréquemment cité lors des conflits du commerce.

Les grèves sont nombreuses à s’accompagner de blocage des locaux ou de piquets. Et si les entreprises ont facilement recours aux procédures en référé pour obtenir l’expulsion des grévistes, pour peu que le conflit dure, les tribunaux d’instance ne leur donnent pas forcément raison : lors de la grève des conducteurs et autres employés d’une filiale de Keolis à Caen ou lors du long conflit de l’usine Sopal de Givet, les employeurs ont été déboutés.

Cette multitude de conflits locaux peut se révéler plus efficace que les grandes journées de mobilisation sans perspective que les directions syndicales se contentent de proposer. À condition de partager ces grèves et ces actions, pour en faire le point de départ de réflexion commune et de luttes de plus grande ampleur, ne serait-ce que parce qu’on a pris conscience que des milliers d’autres sont en train de se battre dans le même sens.

Alors pour que cette rubrique s’étoffe, à vous de nous envoyer vos récits, vos réflexions sur le déroulement d’un conflit… Ben quoi, la grève, ça laisse du temps libre pour écrire, non ?

Le chômage technique d’accord, mais avec le salaire c’est mieux !

Quand les usines automobiles diminuent leur production, les intérimaires et les salariés sous-traitants sont parmi les plus touchés. Le site de Cergy de Lear fabrique les sièges des voitures qui sortent des chaine de l’usine de PSA-Peugeot de Poissy.

Depuis octobre, les ouvriers chôment une semaine par mois à tour de rôle, avec donc un salaire sérieusement réduit. Le 25 novembre, quand la direction a annoncé que le mois suivant compterait encore deux semaines chômées, près de la moitié des salariés se sont mis en grève. Il a fallu trois jours sans qu’aucune production ne sorte de l’usine (et par conséquent avec des voitures sans sièges à Poissy) pour que la direction accepte le paiement à 100% des jours de chômage partiel, en échange cependant du travail (avec majoration de salaire) le samedi.

Si les salariés de ce sous-traitant du secteur automobile ont pu se mobiliser, cela est bien plus difficile pour les intérimaires, dont certains voient leur mission suspendue, quelques semaines par mois, sans être payés ni avoir droit à des compensations…

Il ne suffit pas de négocier, encore faut-il que les revendications soient satisfaites !

Les NAO, négociations annuelles obligatoires, des magasins Ikea du Val d’Oise, ont pris fin le 5 décembre. C’est bien beau d’être obligés de négocier, mais si les discussions n’aboutissent à rien, ou à rien de satisfaisant pour les salariés… il reste la pression collective !

Augmentation de salaire insuffisante, prime d’intéressement passant de 1500 à 450 euros, sans oublier des conditions de travail évidemment insatisfaisantes, tout cela a conduit à une grève le samedi 6 décembre : 28% des employés du magasin de Franconville et la moitié de ceux du magasin de Gonesse ne sont pas allés travailler, de source patronale. La grève s’est poursuivie au moins jusqu’au 8 décembre à Franconville.

Le mouvement touche également d’autres magasins : le 13 décembre, ce sont les employés du magasin de Saint-Étienne qui se sont mis en grève, pour 4% d’augmentation et contre le travail du dimanche.

Quand le temps de trajet domicile-travail devient source de conflit

En Champagne-Ardenne, à Poix-Terron, la Poste réorganise son service courrier : un pré-tri mécanique doit se mettre en place, ainsi que le rattachement des facteurs à la nouvelle plateforme du Moulin Leblanc, ce qui entraînerait une augmentation de leur temps de transport.

C’est pour s’opposer à d’hypothétiques gains de productivité qui ont toujours des conséquences sur les conditions de travail et à un allongement de leur journée de travail dû à des trajets plus importants que onze des quinze facteurs ont fait grève le 1er décembre et bloqué le centre de tri pendant plus de 6 heures.

Ailleurs aussi, les postiers se mobilisent : en Autriche, les motifs de la grève du 10 décembre ne sont guère différents de ceux qui existent ici. Pour préparer l’ouverture à la concurrence du marché postal, la Poste autrichienne prévoit 9000 suppressions de postes (sur 23.000 salariés), avec des fermetures de bureaux (1000 sur 1300, selon le Figaro).

Se lever à 5 heures du matin sans être payé ? Oui, si c’est pour tenir le piquet de grève !

Mme Bachelot n’y avait pas pensé, mais lutter collectivement, c’est bon pour le moral, et ça vaut mieux que picoler tout seul ou se bourrer d’antidépresseurs. C’est ce que confirment les grévistes d’une usine de Givet (Champagne-Ardennes), en lutte depuis octobre, et ce sans salaire.

Même si un conflit de près de deux mois entraîne des tensions entre collègues ou conjoints, les grévistes de l’usine Sopal de Gascogne Laminates à Givet se lèvent toujours à 5 heures du matin, mais pour organiser des barrages filtrants, et passent volontiers 15 heures sur le site menacé de fermeture avec leurs camarades de lutte, quand bien des salariés n’ont qu’une hâte, quitter au plus vite leur lieu de travail.

Le site est occupé par la cinquantaine de salariés depuis le 21 octobre 2008, date à laquelle la fermeture de l’usine est annoncée. La route est bloquée. La direction a fini par couper l’électricité, mais l’absence de chauffage n’a pas mis fin à l’occupation.

Mi-novembre, la direction a demandé à la justice l’expulsion des grévistes et le rétablissement de la circulation sur le boulevard attenant. Le tribunal de grande instance a jugé qu’il n’y avait pas d’entrave à l’accès de l’usine, et la direction a donc été déboutée.

Le 25 novembre, les grévistes de Sopal ont participé au blocage de la centrale nucléaire de Chooz, aux côtés de salariés d’EDF qui organisaient ce jour-là une journée nationale d’action.

Manifestations, occupation du site et interdiction pour la direction d’y mettre les pieds (les salariés se doutent bien qu’ils n’ont qu’une envie : récupérer le matériel pour fermer tranquillement le site) ne suffisant pas, de l’encre bleue à l’eau a été déversée le 27 novembre dans la Houille, un affluent de la Meuse.

«Nous n’étions au courant de rien. Nous désapprouvons ce genre d’action. Pour moi, il s’agit d’un acte isolé» déclare un responsable syndical FO, tandis que le président d’une association de pêcheurs se montre plus compréhensif : «Je trouve tout à fait normal que la Sopal se défende», même s’il portera peut-être finalement plainte, à la suite de la Fédération. Des plaintes ont été déposées, et la Belgique s’est portée partie civile en cas de procès, bien que les pompiers français aient confirmé que le produit n’était pas nocif pour la santé, contrairement à d’autres encres, contenant du plomb, que les salariés de Sopal utilisaient également dans leur travail.

Lors du Comité central d’entreprise qui a pris fin le 5 décembre, une trentaine de grévistes sont descendus à Dax, où une grève de solidarité était organisée sur place. Les premiers résultats des négociations semblent nettement supérieurs à ce que la direction était prête à mettre en place : 100% du salaire net et le maintien de la protection sociale seront assurés pendant 7 à 8 mois (selon l’âge) pour ceux qui refuseront d’être recasés dans les autres sites (Suisse, région parisienne et Dax), 110.000 euros pour la formation en plus d’une antenne emploi… Reste la prime extra-légale, qui plafonne pour l’instant à 10.000 euros.

La direction est finalement montée à 15.000 euros, quand les salariés espéraient 25.000 euros. Il faut dire que le Conseil général des Ardennes a apporté son soutien aux salariés licenciés d’une manière qui a surtout aidé la direction de l’entreprise, en réclamant le remboursement 1,5 millions d’euros de subvention.

Pas de salaires ? Pas de transports, répliquent des chauffeurs de bus de Dakar… et de Caen

Le 4 décembre, suite au non paiement des salaires, les conducteurs de bus de la société de transport urbain Dakar Dem Dikk se sont mis en grève sans préavis, et ont même bloqué certains carrefours totalement avec leurs véhicules.

C’était la deuxième grève en un mois, la première ayant duré quatre jours.

Depuis le 13 décembre, une grève massive des salariés de Twisto (filiale de Keolis, détenu par la SNCF) paralyse les transports en commun de Caen. Le conflit porte sur la rémunération, les délégués syndicaux proposent 3,83% d’augmentation de salaires (la revendication de départ était de 5%), avec une prime de rattrapage de 150 €. Un précédent conflit en 2007 avait duré six jours, record battu !

Dix salariés ont été assignés en référé par la direction, pour entrave à la liberté du travail, suite au blocage du dépôt d’Hérouville-Saint-Clair, mais la direction a été déboutée. Le jugement prévoit quand même que les grévistes ne doivent pas empêcher ceux qui le souhaitent de travailler, sous peine d’expulsion policière, mais il n’y a pas assez de volontaires (chauffeurs, mécaniciens, régulateurs pour le trafic) pour faire rouler des bus ou des tramways…

Pas d’augmentation, pas de carburant

Les raffineries Total de Donges (44), Grandpuits (77), Feyzin, Gargenville, Flandres, La Mede sont en grève reconductible depuis jeudi 11 décembre, pour des augmentations de salaires. Les usines des lubrifiants de Rouen et Oudalle (Seine-Maritime) et des stations de ravitaillement des aéroports de Lille et Bordeaux, sont également mobilisées.

Une grève dure également depuis le 4 décembre au terminal pétrolier de Fos sur Mer, à l’appel de la CGT du Port de Marseille dans le cadre des négociations sur l’application de l’accord cadre de la réforme portuaire qui prévoit le passage vers le privé des personnels de manutention.

Des grévistes du travail qui ne chôment pas
Collectif RTO, 21 décembre 2008.

Publié dans Colère ouvrière

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