Terrorisme d'État : Julien Coupat reste en prison

Publié le par la Rédaction

Sabotages à la SNCF :
Julien Coupat reste en prison


La chambre de l’instruction de la cour dappel de Paris a ordonné vendredi le maintien en détention de Julien Coupat, le jeune homme présenté comme le chef de la cellule soupçonnée dêtre à lorigine de sabotages de caténaires SNCF, alors quun juge des libertés et de la détention lavait remis en liberté vendredi dernier, a-t-on appris de source judiciaire.

«Cette décision n
est pas conforme aux exigences légales du droit français en premier lieu desquelles figurent le respect de la présomption dinnocence et son corrolaire, la liberté qui doit être la règle et la détention provisoire lexception», sest insurgée son avocate, Me Irène Terrel, jointe par lAssociated Press.

«Le parquet a instrumentalisé une fois de plus cette procédure en faisant un référé-détention, ce qui est anormal, et en précipitant l
audiencement entre les fêtes devant une chambre de vacation et devant des juges qui ne connaissent pas le dossier», a ajouté lavocate dénonçant «un poids médiatique et politique énorme».

La chambre de l
instruction a examiné dans la matinée lappel formé par le parquet de Paris contre la décision dun juge des libertés et de la détention (JLD) vendredi dernier de libérer le jeune homme. Au cours dune audience à huis-clos, à laquelle Julien Coupat a assisté, le parquet général a requis, sans surprise, son maintien en détention, a-t-on précisé de source judiciaire.

Presse terroriste :
AP, 26 décembre 2008 (16h18).





Le témoignage de Gérard Coupat, le père de Julien

La demande de libération de Julien Coupat doit être examinée aujourd’hui. Son père, Gérard Coupat, dénonce les raisons politiques de l’incarcération de son fils et de sa compagne.

Aujourd’hui, Julien Coupat et sa compagne Yldune, les deux derniers inculpés de Tarnac encore incarcérés, pourraient être libérés. Le père de Julien, Gérard Coupat, médecin à la retraite, nous donne son analyse de ce qui n’est pour lui qu’une manipulation politico-policière.

Concrètement, que va-t-il se passer aujourd’hui ?
Le juge des libertés s’est prononcé, vendredi, pour la remise en liberté de mon fils. Le parquet a aussitôt fait appel, invoquant un «référé détention» pour le maintenir en prison, ce à quoi Me Irène Terrel, l’avocate de Julien, s’est opposée. La chambre va donc se prononcer sur l’opportunité de ce «référé détention». Si elle dit qu’il n’a pas lieu d’être, Julien sera libéré tout de suite. En revanche, si elle estime que ce «référé détention» est légitime, Julien ne pourra pas sortir tout de suite mais verra sa demande de remise en liberté examinée vendredi. Si elle lui est refusée, il passera la fin de l’année derrière les barreaux, malgré l’avis du juge des libertés, qui, contrairement au parquet, est un juge parfaitement indépendant du pouvoir politique. Comme c’est le politique qui a monté de toutes pièces cette affaire, peut-être que les blocages vont persister. Mais politiquement, justement, ce serait parfaitement stupide. Garder en prison Julien et Yldune sans aucune preuve alors qu’il va y avoir des mouvements sociaux en janvier, c’est prendre le risque d’en faire des icônes. Si j’étais à la place des ministres de l’Intérieur et de la Justice, je les remettrais tout de suite en liberté. Malheureusement, la clairvoyance ne semble pas être, jusque-là, la principale qualité de ces dernières…

Comment avez-vous réagi lorsque le juge des libertés s’est prononcé pour une remise en liberté de Julien ?
Parler de soulagement serait exagéré parce que, depuis le début, je sais que cette affaire n’est qu’un montage politique. J’ai néanmoins apprécié qu’un magistrat indépendant, en son âme et conscience, dise, au vu du dossier, qu’on ne peut garder mon fils en prison, comme l’ont fait les précédents juges des libertés à l’égard des autres inculpés de Tarnac. Cela ne fait qu’infirmer la thèse de Michèle Alliot-Marie selon laquelle Julien serait un grand chef terroriste, comme si l’on avait affaire aux Brigades rouges ou à la Bande à Baader…

Depuis le début, vous dénoncez une manipulation politique ?
Évidemment. Et pourtant, je suis tout sauf quelqu’un de politisé : à la dernière présidentielle, j’ai voté Bayrou puis Royal. Après avoir vu la ferme attaquée par une centaine de policiers et nous être demandé un instant, sous l’émotion, si notre fils avait viré de bord, on s’est dit : depuis quand une opération antiterroriste se fait sous l’œil des caméras ? Depuis quand un ministre de l’Intérieur n’attend même pas la fin des perquisitions pour s’exprimer et crier victoire ? On a bafoué là toutes les lois de la République, et je suis encore étonné que des gens comme ça puissent être ministres. Après avoir vu fonctionner un mois durant le ministère de l’Intérieur et celui de la Justice, moi qui me suis toujours pensé comme un républicain, j’en suis arrivé à comprendre ces jeunes qui ne votent plus : ce personnel politique ne mérite pas qu’on vote pour lui ! Sans parler du temps qu’il a fallu à l’opposition — à l’exception de Noël Mamère, de Patrick Braouezec et Nicole Borvo, pour le PCF, ainsi que de quelques socialistes à titre individuel — pour s’exprimer et dénoncer ce qui n’est qu’une magouille.

Vous avez mené votre propre enquête ?
Dans un premier temps, j’ai demandé à l’une de mes relations, haut placée dans les chemins de fer, de voir si des ingénieurs pouvaient enquêter sur la faisabilité de ce qui était reproché aux inculpés de Tarnac. Vu les prises de position du patron de la SNCF, ils m’ont dit que cela n’allait pas être possible. C’est donc grâce à des syndicalistes que j’ai pu rencontrer des techniciens qui m’ont expliqué combien il est farfelu d’imaginer que Julien et Yldune puissent arriver à arrimer des fers à béton sur une caténaire. C’est une manipulation qui ne peut être faite que par des gens très bien entraînés et en aucun cas à deux personnes. Sans parler des problèmes d’électricité résiduelle dans des câbles où circule du 25.000 volts. D’où l’hypothèse que la police n’a jamais retenue — parce qu’elle contrecarre ses plans : celle, connue depuis le début, des écologistes allemands qui utilisent cette technique depuis vingt ans. Autre hypothèse : tout cela n’est qu’une barbouzerie de plus. Cela ne me surprendrait guère car je ne vois pas d’où peuvent sortir les gilets pare-balles qui ont été retrouvés à la ferme de Tarnac. Une ferme qui, soit dit en passant, doit être la seule de Corrèze où il n’y a jamais eu d’armes à feu ! Heureusement que la personne à qui on a voulu faire signer les scellés a refusé de le faire.

À votre avis, que vise le pouvoir ?
Depuis le 11 septembre 2001, on a affaire au marketing de la peur. C’est un mode de gestion politique. Et si, autour de la jeunesse de banlieue, a été dressé une sorte de «cordon sanitaire», là, à travers les jeunes de Tarnac, le pouvoir vise essentiellement les jeunes politisés issus de la classe moyenne, celle qui est en train de s’en prendre plein la gueule en ce moment. La classe politique sait qu’en janvier et en février, ça va péter. Parce qu’on ne peut pas accepter 150.000 chômeurs en plus et, dans le même temps, des milliards pour sauver les banques, ni des suppressions de postes dans l’éducation nationale alors que cela fait deux générations que l’école est en panne. Il va donc y avoir des manifestations dans lesquelles on trouve cette jeunesse issue des classes moyennes, qui commence à remuer parce que, ayant fait quelques études, elle sait qu’on est en train de l’envoyer dans le mur, qu’on est en train de mettre en place une société inacceptable pour elle. Comme le pouvoir ne veut surtout pas que cette jeunesse puisse être l’élément déclencheur d’une révolte, il la met en taule.

Vous avez pu voir Julien ce week-end, comment va-t-il ?
Physiquement, il va bien. Mais il est comme un lion en cage. Parce qu’en prison, vous ne pouvez ni vous faire entendre ni vous défendre. D’autant que nous — ses proches, sa famille —, nous ne sommes pas des professionnels de la communication. La preuve ? La dernière interview que j’ai accordée à la télé : alors que j’étais en train d’expliquer que mon fils, c’était tout sauf un terroriste, les images diffusées étaient celles d’émeutes d’une violence extrême. À votre avis, qu’ont retenu les téléspectateurs : mes explications ou les images ? Mais c’est presque normal : en France, la télé appartient soit à l’État soit à des copains du président de la République. Résultat : dès le premier jour, les jeunes de Tarnac ont été présumés coupables, et présentés comme tel. Toutefois, je n’en veux pas aux magistrats, je sais dans quelles conditions ils travaillent, et sous quelle pression. Car la première responsable de la situation dans laquelle on se trouve, c’est la ministre de l’Intérieur : elle a voulu monter un coup et, voyant qu’elle s’est plantée, depuis, elle sort ses griffes.

Entretien réalisé par Sébastien Homer
L’Humanité, 23 décembre 2008.

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