Grèce : L'insurrection en marche

Publié le par la Rédaction

Manifestation aujourd’hui en solidarité avec les arrêtéEs
Les occupations de postes de radios et de journaux continuent
L’organisation populaire en plein épanouissement


Un appel a été lancé pour une manifestation de solidarité avec les arrêtéEs, pour aujourd’hui à 16 heures, par l’assemblée de l’occupation du GSEE (l’occupation de l’immeuble de la Confédération générale des travailleurs et travailleuses qui a depuis pris fin). Selon la décision prise lors de l’assemblée populaire anarchiste qui a eu lieu hier à l’université des Sciences économiques, les gens qui occupent l’université utiliseront la manifestation comme moment propice pour évacuer l’immeuble en masse et en sécurité. Les occupations de l’école de Droit et de la Polytechnique continuent. Cependant, il semble y avoir un consensus sur la nécessité de quitter les universités et de semer l’esprit de la révolte dans la société en général.

… un esprit de révolte qui se répand déjà assez rapidement : des immeubles municipaux et des hôtels-de-ville sont occupés partout à Athènes, des assemblées populaires (λαϊκές συνελεύσεις) sont organisées dans des quartiers d’Athènes et de Thessaloniki. Un des résultats les plus positifs de toute cette révolte est le fait que les gens commencent à reprendre le contrôle de leurs vies. Rue après rue, carré après carré, quartier après quartier. Ceci n’est pas une simple question de renversement de gouvernement, d’obtention d’une «justice» quelconque ou de réussir à gagner certaines revendications. Les gens dans les rues ne demandent rien ; ils et elles occupent et s’organisent entre eux et elles. Ils et elles savent qu’il n’y a aucun retour à la normalité et que la lutte en opposition à cette normalité est, littéralement, une question de survie.

Dans la ville de Volos, la radio municipale et les bureaux du journal local Thessalia ont tous les deux été occupé. Une nouvelle manifestation là-bas a été appelée pour le samedi 27 décembre.

Je file pour la manif de solidarité avec les arrêtéEs. Une mise à jour suivra.

Émeutes & Amour, 24 décembre 2008 (15h09).




Des évènements en Grèce

Ces émeutes, à distance, ont déjà fait reculer le pouvoir français sur ses minables réformes lycéennes, et peut-être d’autres encore. Les émeutiers grecs nous montrent ainsi une voie qui avait été cherchée lors de la contestation du CPE et ces dernières semaines (occupations de lycées et d’autres bâtiments, blocage de voies de communication et quelques bagnoles cramées), ils font mieux et refusent le dialogue truqué avec l’État et ses sbires. Ce n’est que lorsqu’il parle tout seul qu’un ministre peut évoquer «un dialogue serein» (les mots du ministre de l’Éducation nationale il y a quelques jours). Ici, comme en Grèce, la discussion ne peut commencer que par la contestation en actes des forces répressives. Leur existence est déjà une insulte.

La liberté fait ses premiers pas quand on n’a plus à trembler devant des flics, des vidéo-surveillants et le fichage généralisé. Les lois sont faites pour nous apeurer, nous décourager et plus généralement nous interdire de faire quoi que ce soit. En Grèce la peur et la résignation changent de camp («Aujourd’hui, le peuple est en colère contre tout, contre la mort d’Alexis, contre la police, contre le gouvernement, contre les réformes… et nous, nous sommes le bouclier. (…) Je me demande si je ne serais pas mieux dans mon village, où je pourrais reprendre l’élevage des moutons et vivre tranquille. Surtout, je n’aurais plus ce sentiment de honte qui me ronge», un policier grec dans le Figaro du lundi 22 décembre 2008).



«Flics, Porcs, Assassins»


L’insurrection continue. Si elle prend partout, on ne l’arrêtera jamais. C’est pourquoi nos médias maintiennent ces évènements historiques à l’arrière-plan ou inventent des spécificités grecques (jeunesse mal payée, corruption, réformes qui ne promettent que le pire mais c’est partout que les ordures nous gouvernent). Insistons sur quelques points : il ne s’agit pas d’une révolte d’une partie de la jeunesse mais bien de toute une population, de gens sans revendications ni représentants, mais dont nous partageons certainement les intentions (disparition de tous ceux qui parlent pour nous : partis, syndicats, experts, journalistes, associations…) et les dégoûts (le salariat et le monde misérable qu’il produit, ses congés forcés, l’éducation obligatoire pour s’y insérer, et autres «aides» de l’État quand on s’en éloigne).

En cette période de crise, comme d’habitude, nos dirigeants nous présentent de nombreuses solutions parmi lesquelles ne figure pas celle de se passer d’eux. Ce sont les mêmes qui nous volent nos meilleures années et celles qui suivent ; ils continuent.

Saisissons chaque occasion de rappeler la lutte exemplaire qui se déroule en Grèce. Diffusez ce texte, trouvez-en d’autres (récits de première main, vidéos sur Internet, etc.), écrivez-en de meilleurs, partout, sur les murs, les affiches. Rassemblons-nous dans toutes les manifestations possibles, restons mobilisés. Répandons cette étrange épidémie dont nous n’avons rien à craindre, nous qui devons toujours travailler pour un monde qui nous empoisonne.

Faisons mieux.

En région parisienne, le mardi 23 décembre 2008.




Actions de solidarité

Dès aujourd’hui, distribuons des tracts (par exemple des textes issus de ce site) et collons des affiches.

Dès aujourd’hui, taggons partout : «SOUTIEN AUX ÉMEUTIERS GRECS».

Montrons que NOUS, nous n’oublions pas nos frères et nos sœurs grecs.

Émeutes & Amour, 24 décembre 2008.




Autocollant québecois


Le désarroi d’un jeune policier d’Athènes

Ébranlé par les manifestations quasi quotidiennes et par la mort d’Alexis, 15 ans, tué par un policier le 6 décembre, un membre de la brigade antiémeute témoigne du malaise de la profession.

Faidon est un jeune Grec de 25 ans. Comme tous ceux de sa génération, il aime le hip-hop et surfe sur Facebook. Mais voilà, il est aussi membre de la brigade antiémeute d
Athènes, les fameux MAT. Aujourdhui, il se sent un peu perdu. Il était rentré dans les forces de police pour servir son pays, aussi pour le statut de fonctionnaire avec salaire fixe. Une chance par rapport à tous ses copains de classe qui galèrent. Mais avec tout ce quil vient de vivre ces derniers jours, il se demande sil a fait le bon choix.

L
enthousiasme pour son métier et ses convictions ont subi un choc quand le jeune Alexis a trouvé la mort des balles dun policier. Une tragédie qui a embrasé le pays, «qui a fait exploser les problèmes sociaux qui saccumulent depuis des années. Je nai jamais vu une telle confusion. Aujourdhui, le peuple est en colère contre tout, contre la mort dAlexis, contre la police, contre le gouvernement, contre les réformes… et nous, nous sommes les boucliers.»

Sa mission, ce jour-là, est d
encadrer les deux manifestations du centre dAthènes. Combinaison verte, casque blanc, masque à gaz et bouclier encore taché de peinture jetée la veille par les manifestants, il grimpe dans le camion qui le laissera près de lUniversité dAthènes. Il n'imaginait pas ça quand il a débarqué de son petit village du Péloponnèse, bénéficiant du recrutement massif pour assurer la sécurité des Jeux olympiques dAthènes de 2004.

«Toute ma famille m
enviait. Entrer dans les MAT, cétait plus viril que dappartenir à la garde personnelle du président, porter des fustanelles (jupes) et des pompons aux pieds.» Mais, cette année, sa vie a pris un autre rythme que celui habituel des fêtes. Les bons jours, cest la confrontation défensive avec les étudiants, lycéens et collégiens. Les jours mauvais, les nuits plutôt, cest l’affrontement avec les encagoulés, ces «connus inconnus» comme on les appelle, qui détruisent tout sur leur passage.

Depuis le début des émeutes dans la capitale, il travaille 14 heures par jour. En plus de la fatigue, il a du mal à suivre les ordres contradictoires de ses supérieurs. «Les émeutes se déroulent sur un seul périmètre autour de l
Université dAthènes et de lÉcole polytechnique. On ne sait pas sil faut jeter des gaz lacrymogènes, à quel moment, et sur qui. On nous demande de courir pour effrayer les casseurs, puis de courir pour nous protéger. On reçoit des cocktails Molotov, de la peinture, des pierres, des oranges, des yaourts. Le plus dur, cest quon ne peut prendre aucune initiative. On doit attendre les ordres. Dun autre côté, cest normal, car la moindre faute peut désormais devenir une poudrière.»


«Cette honte qui me ronge»

La grogne enfle de plus en plus au sein même des forces de l
’ordre. Le syndicat de la police de Grèce dénonce le laxisme du système. «Plus de 70% des policiers ne devraient même pas porter d’arme, commente un membre du syndicat. La plupart d’entre eux ont des problèmes psychologiques et il n’existe que cinq psychologues pour 50.000 policiers. Certains sont dépendants des jeux vidéo et adorent appuyer sur la gâchette.» Pour Faidon, c’est la confusion totale. «Une partie veut se mettre en grève pour dénoncer le système et ses dérives. D’autres nous demandent de “sauver” l’État. En fait, on ne sait plus ce qu’on fait ni qui suivre, on n’a plus confiance en nos supérieurs, ni même en nos collègues. Parfois, je crains le pire», confie-t-il. Ses rêves de héros s’envolent. «Je me demande si je ne serais pas mieux dans mon village, où je pourrais reprendre l’élevage des moutons et vivre tranquille. Surtout, je n’aurais plus ce sentiment de honte qui me ronge.»

Presse policière-bourgeoise :
Alexia Kefalas - Le Figaro, 22 décembre 2008.




Grèce : Attaque d’un fourgon policier

Lattaque perpétrée contre un fourgon policier hier à Athènes a été revendiquée dans un appel téléphonique anonyme dun groupe inconnu, «Action populaire», a-t-on appris aujourdhui de source policière.

Ce groupe a revendiqué l
action, qui na fait que des dégâts matériels, auprès dun site électronique grec dinformation, selon la même source.

Selon un responsable de la police qui n
a pas voulu sidentifier, il sagit dune action «inhabituelle et étrange qui suscite linquiétude des autorités».

L
enquête a été confiée à la brigade antiterroriste.

Deux tirs mardi à 05H50 locales (03H50 GMT) ont endommagé et crevé le pneu d
un fourgon des forces anti-émeutes, qui sortait de sa base dans le quartier de Goudi, proche du centre-ville. Une vingtaine de policiers se trouvaient à lintérieur du véhicule mais aucun dentre eux na été blessé.

De premiers éléments d
enquête ont permis de déterminer que les deux tirs provenaient de deux différentes armes automatiques Kalachnikov de calibre 7,62×39 mm.

Les tirs ont été effectués depuis l
enceinte de la cité universitaire proche. Un droit sur «lasile universitaire» hérité de la résistance à la dictature des colonels (1967-1974) empêche la police dintervenir dans les universités, mais le procureur a doffice autorisé mardi la police à y pénétrer, a-t-on indiqué de même source.

L
attaque a eu lieu 20 jours après une mobilisation sans précédent en Grèce, déclenchée par la mort dAlexis Grigoropoulos, 15 ans, tué le 6 décembre par un policier à Athènes.

Plusieurs manifestations, qui ont souvent dégénéré en violences entre forces d
ordre et groupes de jeunes, ont secoué Athènes et plusieurs villes. De nombreuses attaques aux cocktails Molotov ont aussi été menées contre des établissements publics et commissariats, qui nont fait que des dégâts matériels.

Presse policière-bourgeoise :
AFP, 24 décembre 2008.

Publié dans Grèce générale

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