"Choron, dernière" : "Charlie Hebdo" et Marin Karmitz contre Pierre Carles

Publié le par la Rédaction

«Choron, dernière» énerve Val, Cabu, Wolinski et Marin Karmitz

Tiens, un procès…

On a appris aujourd’hui que Val, Cabu et Wolinski assignaient 3B productions (co-producteur du film) et Tadrart Films (distributeur) en référé pour demander le retrait de leurs noms des affiches de Choron, dernière, du 8 pages promotionnel, du site Internet, etc., alors que la sortie du film en salles est fixée au 7 janvier prochain.


Curieusement c’est la même petite bande qui ne trouvait rien à redire en 1998 à l’affiche de Pas vu Pas pris sur laquelle figurait également des noms de personnalités publiques à qui personne n’avait demandé d’autorisation (voir la jaquette de la VHS). C’est Charlie Hebdo d’ailleurs qui avait fait imprimer le premier lot d’affiches de Pas vu Pas pris, celles envoyées au membres de l’
association PVPV.

L’audience aura lieu le vendredi 19 décembre, l’avocat des plaignants est l’inénarrable Richard Malka, ci-devant avocat de Clearstream dans ses attaques contre Denis Robert.

Choron, persona non grata au MK2
(Un mél de Pierre Carles à Marin Karmitz)
J’ai appris que MK2 ne comptait pas sortir Choron, dernière. Ça me surprend puisque que c’est au MK2 Beaubourg qu’était sorti en 2001 le film que j’ai réalisé sur Pierre Bourdieu La sociologie est un sport de combat, resté quasiment sept ans à l’affiche dans cette salle. Il me semble que le MK2 Beaubourg était une salle particulièrement indiquée pour sortir Choron, dernière (même mon dernier film Volem rien foutre al païs y a été programmé). Essayons donc de comprendre ce qui s’est passé.
Dans Choron, dernière, on découvre un homme qui, comme Bourdieu, est resté relativement droit, intègre, fidèle à ce qu’il a toujours été. On ne peut pas dire autant de Marin Karmitz. Le réalisateur de Camarades s’activait à l’extrême gauche à la fin des années 60 pour finir aujourd’hui par soutenir Nicolas Sarkozy («Nicolas Sarkozy a peut-être sauvé France Télévisions !» a t-il déclaré lorsque Sarkozy a supprimé la publicité le soir sur France 2 et France 3 afin d’offrir une manne publicitaire supplémentaire à ses amis de TF1). Par ailleurs, vous avez programmé dans le réseau MK2 C’est dur d’être aimé par des cons de Daniel Leconte avec Philippe Val en guest star (autre homme de gauche passé à droite). Val a reçu le soutien de Bernard-Henri Levy. Ils ont monté ensemble les marches du festival de Cannes cette année. BHL est également un proche de Marin Karmitz. Dans Choron, dernière, Val n’est pas à son avantage. On peut légitimement se poser la question de l’autocensure du réseau MK2 à l’égard de Choron, dernière. Pourquoi sortiriez-vous un film qui déplairait à Val, donc à BHL, et par conséquent à Marin Karmitz ? Officiellement, vous ne prenez pas le film parce qu’il ne vous plait pas. Il semblerait que la réalité se situe ailleurs : le film vous pose problème pour les raisons invoquées ci-haut. Il aurait simplement fallu assumer tout cela au lieu de tergiverser, de faire croire à Marie Demart, de Tadrart films, que vous ne vous ne saviez pas si vous le sortiez, ou que vous ne vous étiez pas encore décidé… D’emblée, c’était tout vu.
Je suis naïf, j’aurais dû me remémorer un épisode passé. En 1998, MK2 n’avait pas voulu passer mon premier film Pas vu Pas pris de peur de fâcher Canal +, la chaîne de télévision mise en cause dans le film, alors toute puissante. Dix ans plus tard, MK2 récidive en en ménageant Philippe Val, BHL et Cie. «MK2, une autre idée du cinéma» prétend la publicité. Un cinéma de copains et de coquins ?
Pierre Carles

Le Journal d’un homme moderne, 17 décembre 2008.




Cabu, Val et Wolinski poursuivent Pierre Carles en justice

Ces trois piliers de Charlie Hebdo attaquent en référé les producteurs du film Choron, dernière, qui sort le 7 janvier, au motif que leurs noms se trouvent sur l’affiche sans leur accord.

Les sociétés de production 3B et Tadrart Films sont assignées à comparaître vendredi à 14h30 au palais de justice de Paris à cause du dernier film de Pierre Carles (coréalisé avec Martin). Philippe Val, directeur de la rédaction et de la publication de Charlie Hebdo, et les dessinateurs Cabu et Wolinski les poursuivent pour «atteinte au droit au nom (…) à raison de l’utilisation illicite de leur nom dans le cadre de l’affiche du film Choron, dernière».

«Vie et mort du Professeur Choron et de Charlie Hebdo»

Ce film, sous-titré «Vie et mort du Professeur Choron et de Charlie Hebdo», mentionne leurs trois noms sur l’affiche, et sur différents sites Internet, aux côtés de ceux de Georges Bernier (le professeur Choron), Cavanna, Marc-Édouard Nabe, Siné et Vuillemin.


Si le juge des référés suit les demandes des plaignants, les producteurs seront condamnés à payer 4000 euros à chacun d
’eux, ainsi que, solidairement, 1500 euros, en plus des frais de justice et d’une astreinte de 10.000 euros par infraction constatée.

L’assignation de leur avocat, Me Richard Malka, indique :
«L’affiche du film, réalisée par le dessinateur Vuillemin, induit une confusion majeure quant à la participation spontanée de Messieurs Cabut, Val et Wolinski au film en question (…) [Leurs noms] ne sauraient donc faire l’objet d'une utilisation à des fins lucratives et ce afin de susciter l’intérêt du public.»
Le film, qu’«aucun d’eux n’a visionné», «semble en réalité être un véritable réquisitoire contre les demandeurs», qui y seraient «violemment» dénigrés. Quant à son coréalisateur Pierre Carles, il se serait «déjà illustré par l’utilisation de procédés très contestés».

Cavanna : «Tignous, Charb, Riss, Luz (…), ils rentrent leurs griffes»

Rue89 a visionné ce film, qui comprend quelques extraits propres à gêner l’équipe actuellement dirigée par Philippe Val. En particulier quand l’un des deux principaux fondateurs de Charlie (avec Choron), Cavanna, déclare ceci à propos de ce qu’est devenu l’hebdo (où il travaille toujours) :
«[Les dessinateurs] Tignous, Charb, Riss, Luz, c’est des jeunes pleins de talent, pleins d’audace, audace qu’on sent rentrée. Ils rentrent leurs griffes. Tu enregistres, là ? Tant pis pour ma gueule.»
Me Malka explique qu’en assignant les producteurs du film, ses clients «cherchent à éviter la confusion. On a considéré qu’on ne pouvait pas laisser faire n’importe quoi, pour le principe. La prochaine étape, ça peut être un film porno avec les noms de Val, Cabu et Wolinski.»

Du côté des boîtes de production, on s’étonne :
«Attaquer sur le mercantilisme de nos sociétés en demandant des dommages et intérêts et astreintes financières permet non seulement de ne pas attaquer les réalisateurs sur le fond du film, mais aussi d’asphyxier financièrement nos sociétés.»
Pierre Carles, lui, trouve que les trois journalistes de Charlie se trouvent en situation d’«arroseurs arrosés» :
«Ce qui est drôle dans cette affaire, c’est qu’il y a dix ans, j’ai pu sortir mon film Pas vu Pas pris, grâce à une souscription lancée par Charlie Hebdo, que dirigeait déjà Philippe Val. Sur l’affiche, se trouvaient une quinzaine de noms de personnes sans leur autorisation, dont PPDA, Étienne Mougeotte, Patrick de Carolis, ce que cautionnait Charlie Hebdo

Augustin Scalbert - Rue89, 18 décembre 2008.

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