Lycéens en danger

Publié le par la Rédaction


Un témoignage relatif à la manif de vendredi. Cest digne de foi et le texte a été envoyé par son auteur à Ouest France en vue du Forum des lecteurs.
À faire circuler ici et là.

Encore le comportement de la police nantaise
Des policiers déguisés en jeunes voyous, des actes provocateurs de violences, voici ce qu’a vu ce témoin vendredi dernier à Nantes, prêt à témoigner devant la justice, selon ce texte parvenu ce lundi matin.
Une précision : Lors de la manifestation du 27 novembre 2007 au Rectorat, durant laquelle un lycéen a été gravement blessé à l’œil, il ny avait pas que la BAC, mais également un autre corps de police, la CDI (Compagnie départementale dintervention) ainsi que des gendarmes mobiles. Ce que lenquête en cours sur cette affaire montre dores et déjà, cest que :
Il savère (dans cette affaire nantaise désormais suivie notamment par Amnesty International à Londres) que la République française a donc expérimenté sur des enfants, dans des conditions illégitimes et à peu près clandestines, une nouvelle arme mutilante très dangereuse et méconnue, le LBD 40 («lanceur de balles de défense»), une sorte de super-Flashball.

Lycéens en danger

Ce vendredi 12 décembre après-midi, contraint de rejoindre à pied le Sud Loire où je réside pour cause de perturbations sur le réseau du tramway, je me suis trouvé emporté au cours d
une manifestation lycéenne bon enfant en route pour bloquer la circulation au pont de Pirmil. Javoue avoir été agréablement surpris par lambiance chaleureuse dégagée par ce cortège formé dune jeunesse à la fois désespérée et pleine despoir. Autant le dire, et tant quà marcher, je me suis laissé saisir par le mouvement de protestation sans trop de résistance intérieure.

Arrivé place Mangin, surprise : ce que les lycéens en colère entendaient réaliser avait déjà été fait par les forces de l
ordre. Un cordon dhommes et de véhicules de la Compagnie départementale de sécurité publique (et non pas de CRS comme le pensaient les manifestants) barrait en effet le bas du pont côté nord. Mais peut-être sagissait-il là dune stratégie rationnelle de maintien de lordre ? Soit ! Rien là de bien problématique. Ce qui mest en revanche apparu vraiment inquiétant a commencé au moment où le cortège a rejoint le barrage policier. Durant environ vingt minutes les piétons de passage (certains ayant des enfants à récupérer à lécole) ont tout dabord été interdits de franchissement par les forces de police de même que des lycéens du Sud Loire qui souhaitaient quitter la manifestation. Résultat : on a énervé des Nantais déjà contraints à la marche qui nen demandaient pas tant et laissé des adolescents dans une manifestation quils entendaient quitter. Bizarre.

La suite est encore plus troublante : après un ordre de dispersion donné aux derniers occupants de la place Mangin par un officier clairement identifié, la bonne centaine de manifestants restants a commencé à reculer. Il y a certes eu un coup de matraque sur la tête d
une jeune fille denviron 1 m 55 bien propre sur elle et en rien menaçante. Mais bon, passons ; on était peut-être encore ici dans le cadre dun usage légitime et proportionné de la force. Repoussé, «raccompagné» plutôt — il faut être juste — par quelques policiers en tenue anti-émeute, le dernier carré des lycéens en colère a alors commencé à se retirer doucement en direction du centre ville.

Là, après avoir longé discrètement la voie du tram, sont apparus des individus plutôt costauds, en civil, sans brassards permettant de les identifier comme policiers, certains portant capuche et même capuche et écharpe jusque sous les yeux pour l
un deux. À ce moment, en tant que parent dadolescents qui auraient pu faire partie du lot, on nen a pas cru ses yeux : lun des policiers au look de «casseur» a bousculé sans grands ménagements un manifestant traînard, un autre, visage découvert celui-là, a asséné un coup de poing ganté dans le bas des côtes ou du dos dun autre gamin. Je nai rien vu qui puisse justifier un tel comportement aussi gratuitement violent.

Sincèrement, est-ce là une manière légale d
user de la force légitime conférée par la loi aux policiers ? La Brigade anti-criminalité, car cest delle quil sagit, est-elle bien adaptée et formée au maintien de lordre ? Ny a-t-il pas aussi manquement au devoir de réserve quand ces mêmes policiers, en se tapant ouvertement sur les cuisses, raillent publiquement lInternationale que viennent dentonner les derniers lycéens sur le boulevard ?

Ce que je rapporte là n
a rien dune dénonciation gratuite et je répondrai très précisément à toute question quune justice au service des citoyens pourrait être amenée à me poser à propos de ce que jai vu ce vendredi. Et quon ne me dise pas que sexprimerait ici un sentiment «anti-flic» ! Largument vaut ce quil vaut, mais jai passé la soirée dhier en la compagnie amicale dun membre respectable des forces de lordre de lagglomération nantaise qui a manifestement une toute autre conception de son métier que ceux que jai pu voir à l’œuvre cette après-midi.

En tout cas, tout cela est très inquiétant et il me semble important que les parents des lycéens-manifestants du moment sachent ce que l
on réserve à leurs enfants sexprimant pacifiquement dans la rue comme il est autorisé. Et je noublie pas quil y a peu un autre jeune manifestant a eu un œil gravement atteint par un tir de Flash-ball de nouvelle génération. De mémoire, il me semble que la Brigade anti-criminalité en était responsable ?

Un parent de lycéen offusqué

Infozone, 15 décembre 2008
Liste d’information pour la France sauvage.


Voir aussi,
La voix de la bourgeoisie aux manettes à propos de l’exemple grec
La violence du gouvernement inquiète les lycéens




Les lycéens poursuivent leur mouvement

Bretagne

À Vannes, environ six cents lycéens de plusieurs établissements vannetais ont défilé ce matin dans le centre-ville, avant de s’arrêter pour des prises de parole devant l’hôtel de ville. Ce soir, des lycéens ont prévu de passer la nuit au lycée Lesage d’où est parti le mouvement sur Vannes.

À Rennes, des lycéens ont installé ce matin un barrage fixe sur la rocade sud de Rennes au niveau de la porte d’Angers. La circulation est actuellement bloquée dans les deux sens de circulation occasionnant de forts ralentissements. Le centre d’information routière enregistre actuellement 4 km de bouchons (…).

À Brest, un blocus du lycée de l’Iroise est organisé depuis ce matin. Des tables ont été entassées devant les entrées de l'établissement. On ne note pas d’incident. Par ailleurs, en début de matinée, une centaine de lycéens ont bloqué la circulation devant le lycée Dupuy de Lôme. Par mesure de sécurité, les lycéens avaient revêtu des gilets réfléchissants. Là aussi, la manifestation s’est déroulée dans le calme.

À Morlaix, le lycée public de Morlaix est bloqué depuis ce matin. Une assemblée générale s’est tenue dès 8 h dans les locaux de l’établissement. Les élèves réunis ont voté le blocus. Les portes d
entrée ont donc été fermées dès 9 h, empêchant les lycéens daccéder à létablissement. Des actions et manifestations devraient être organisées tout au long de la semaine.

Pays de la Loire

À Saint-Nazaire, depuis ce matin et jusqu
en début daprès-midi les lycéens dAristide-Briand votent pour maintenir ou non le blocus de la cité scolaire. Les élèves du lycée hôtelier Sainte-Anne ont eux aussi bloqué leur lycée en installant banc et poubelles devant lentrée, cependant quelques élèves ont pu rejoindre leurs cours. A priori aucune manifestation nest prévue aujourdhui, les jeunes se préparent pour celle de mardi, à Nantes ou à Saint-Nazaire.

À Luçon, plus 150 lycéens manifestent dans les rues. Des élèves bloquent l
accès au lycée Atlantique de Luçon depuis une semaine. Ils ont voté la poursuite du blocus ce lundi. 150 dentre eux sont sortis peu après manifester dans les rues de la commune. Ils devaient se rendre à la mairie.

À la Roche sur Yon, des lycéens plus remontés que jamais ont manifesté diversement leur mécontentement contre la Réforme Darcos ce matin. Tout a commencé vers 7 h 30 devant le lycée Mendès-France, quand des élèves ont bloqué les entrées avec des poubelles, des cageots, des bancs. Les quelque 1200 élèves sont restés devant les grilles. Seuls les internes ont eu le droit d’aller déposer leurs sacs et valises à condition qu’ils reviennent ensuite rejoindre le mouvement. Des tracts ont été distribués sur le thème : «Changer le lycée, pas casser». «C’est dans la continuité de l’action de la semaine où on avait diffusé 4000 tracts lors de l’arrivée du TGV», explique une représentante des lycéens. «On attend que Xavier Darcos parle, mais on n’attend pas grand chose.» Devant le lycée au son de tambours (les poubelles) des danses ont été improvisées sur un air de folklore : «Un pas en avant, deux pas en arrière. C’est la politique du gouvernement.» Pour des raisons de sécurité, la police a interdit toute circulation sur le boulevard Arago. Un peu plus tard et un peu plus loin, sur le même boulevard, ce sont les élèves du lycée Branly qui sont descendus dans la rue. «On a déclenché l’alarme incendie pour sortir.» Après avoir bloqué le boulevard Branly, ils sont allés rejoindre leurs camarades de Mendès-France.

Normandie

À Avranches, après une accalmie la semaine dernière et un retour à la normale, le lycée Littré est à nouveau bloqué. Un mouvement, initié par une poignée d
’«irréductibles», trouve dans le mouvement national un courant porteur. Vendredi dernier, un vote navait pas clairement décidé du blocus. Laccueil des pensionnaires et demi-pensionnaires est assuré. Si les enseignants sont présents, aucun cours nest assuré.

À Saint-Lô, c'est une première dans ce mouvement lycéen. Une petite centaine d
élèves du lycée privé Le Bon Sauveur bloquent leur établissement depuis ce matin. À Curie, les élèves poursuivent leur blocus «jusqu’à jeudi minimum».

Presse policière-bourgeoise :
Ouest france, 15 décembre 2008.

Publié dans La police travaille

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