La violence du gouvernement inquiète les lycéens

Publié le par la Rédaction

La violence des lycéens inquiète le gouvernement

Des manifestations lycéennes dispersées en province mais nombreuses, répétées et insistantes, souvent nerveuses et ponctuées de scènes de violence ; des mots d’ordre diffus : contre les suppressions de postes, contre la réforme du lycée, contre le ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos. Ce début de mouvement qui paraît peu contrôlé par les organisations officielles — Union nationale lycéenne (UNL) et Fédération indépendante démocratique et lycéenne (FIDL) — ne présage rien de bon aux yeux du pouvoir.

Un œil sur les émeutes en Grèce, l
autre sur les débordements qui ont encore envenimé la situation en France dans plusieurs villes de province, mercredi 10 décembre, le chef de l’État et le gouvernement redoutent — sans le dire ouvertement — un effet de mimétisme. Selon un élu présent au déjeuner des députés UMP organisé à l’Élysée, mercredi, Nicolas Sarkozy aurait exprimé à propos de la Grèce «un souci de prévenir ce genre de situation dans notre pays». Lorganisation étudiante UNEF a appelé, mercredi, à la «solidarité» avec la jeunesse de Grèce «contre la répression policière». «Après la “génération CPE” en France, cest la “génération 600 euros” en Grèce qui manifeste un même refus de la précarité et le sentiment que son horizon est bouché», estime lorganisation. Interpellant M. Darcos au micro de RMC, mercredi matin, lancien ministre socialiste Jack Lang a choisi une autre comparaison : «Si vous continuez comme ça, léducation nationale, ce sera votre Vietnam à vous.» Au même moment sur Europe 1, M. Darcos excluait tout recul : «Je ne suis pas ministre de lhésitation nationale, jai un devoir pour les générations futures. Il sagit de réformer dans un pays qui en a besoin.»


Les mouvements lycéens actuels sont «durs» et «très violents», estime le secrétaire général du principal syndicat des chefs d’
établissement (SNPDEN), Philippe Guittet, qui fait part de ses «craintes» pour le mois de janvier. Selon lui, en plus des organisations lycéennes UNL et FIDL, «il y a sûrement des forces militantes mobilisées derrière».

M. Guittet précise que son organisation n
a pas donné de consigne nationale consistant à faire appel aux forces de lordre en cas de tentative de blocage, mais quune décision en ce sens a été prise dans lacadémie dAix-Marseille, à la suite de «mouvements très violents».

Les représentants des syndicats de chefs d
établissements des Bouches-du-Rhône, reçus le 5 décembre par le recteur dAix-Marseille ont fait part de «linquiétude et de lexaspération des personnels de direction» face à des mouvements caractérisés selon eux «par une agressivité inconnue à ce jour et une quasi-impossibilité de dialogue avec les lycéens».

«Ce sont des mouvements qui semblent souvent spontanés et inorganisés, et parfois il n
y a même pas de slogans», relève-t-on au rectorat de Rennes. «Il y a manifestement une inquiétude de certains jeunes face aux réformes, mais elle semble cristalliser des mécontentements plus généraux» poursuit-on. Paul Merdy, le directeur du lycée Anne-Marie Javouhey est perplexe : «On ignore pourquoi ils manifestent». Et dajouter : «Il y a dans ce groupe des lycéens, mais aussi des jeunes plus âgés, très déterminés, des professionnels de la manifestation.»

À Brest, six cents lycéens ont manifesté mercredi matin en trois lieux différents. Des jeunes ont encore affronté les gendarmes mobiles — jets de pierre contre gaz lacrymogènes —, après des incidents les deux jours précédents. Deux élèves de quinze et seize ans ont été interpellés et doivent être présentés jeudi au parquet.

À Bordeaux, entre deux à trois mille personnes — pour l
essentiel des lycéens — ont défilé mercredi en présence dun gros dispositif policier. Sept bus de CRS et de gardes mobiles avec le masque à gaz en bandoulière et des grilles antiémeute interdisaient laccès des moins de 18 ans au centre ville par le pont de Pierre. Deux lycéens ont été présentés à un juge pour enfants pour des dégradations commises la veille en marge des manifestations. Un troisième, âgé de dix-huit ans, a été condamné mercredi en comparution immédiate à trois mois de prison ferme pour «violence aggravée sur un policier».

À Paris, à l
occasion d’un rassemblement mercredi soir, devant la gare Saint-Lazare, quelques dizaines de lycéens ont bloqué la circulation en scandant : «Travailleurs, étudiants, sans papiers, c’est tous ensemble qu’il faut lutter.» «On ne sait pas pourquoi», dit-on dans les rectorats. «Ils visent un grand mouvement en janvier» croit savoir M. Guittet.

Mercredi soir, un petit groupe d’une dizaine de jeunes, filles et garçons ont été interceptés par la police aux abords de l’ambassade de Grèce, alors qu’ils quittaient les lieux, foulards ou cagoules baissées. La vérification d’identité a conforté certaines craintes policières quant aux risques d’effet de mimétisme sur fond de mouvement lycéen et d’affaire des anti-TGV de Tarnac. Le plus âgé a 19 ans, les autres 15 et 16 ans.

Reste toutefois que la région parisienne est beaucoup moins touchée par l’agitation lycéenne.

Presse policière-bourgeoise :
Le Monde, 11 décembre 2008.



À Brest, des «casseurs» incontrôlables

Depuis lundi, ils sèment la panique au sein de manifestations lycéennes. Une violence inédite à Brest. Quelques éléments pour mieux comprendre.

Ils sont seulement une quarantaine. Mais depuis lundi, ils sévissent dans les lycées et au centre-ville de Brest. Imprévisibles et rapides. Ces «casseurs» profitent des manifestations lycéennes pour brûler des poubelles, détériorer des abri-bus et même dégrader des établissements scolaires.

«Ils veulent jouer avec la police»

Qui sont-ils ? «Des professionnels de la manif, de la casse», affirme Paul Merdy, directeur du lycée Anne-Marie-Javouhey. Son établissement a été caillassé deux fois, 15.000 € de dégâts. «Surtout des lycéens», estime Didier Faccenda, proviseur de l’Amiral-Ronarc
h. Parmi les huit jeunes interpellés depuis lundi, la plupart sont effectivement scolarisés. Âgés entre 15 et 16 ans, ces garçons sont souvent élèves dans des lycées techniques et professionnels.

Difficile d
approcher les casseurs de près. Les journalistes ne sont pas les bienvenus. Surtout sils ont des appareils photos ou des caméras. Pas question de pouvoir être identifié par la police… ou leurs parents qui liraient les journaux ou regarderaient la télévision. Mais selon des lycéens qui fréquentent les mêmes établissements : «Ils veulent sécher les cours, jouer avec la police. Et casser !»

Du vandalisme, sauf qu
ils sen prennent aussi aux personnes. Le proviseur du lycée de lIroise a été frappé et légèrement blessé. Un passant qui voulait empêcher la destruction de la porte dun lycée a été roué de coups de pied. Hier, lors dune manifestation plutôt calme, deux lycéennes ont été agressées. Elles avaient eu le tort de protester parce que des automobilistes se faisaient injurier.

Une brutalité inédite selon les proviseurs. Leurs établissements sont comme assiégés. Lycéens et enseignants se sentent en danger. Des lycées ont suspendu leurs cours hier. Un policier précise : «Individuellement, ils sont sympathiques. Mais, en groupe, ils se sentent forts et deviennent incontrôlables.» Ils frôlent souvent le drame, peu conscients des conséquences de leurs actes pour les autres ou pour eux-mêmes.


La violence pour «se faire entendre»

Leur violence s
apparente plutôt à du hooliganisme, mais elle nest peut-être pas aussi gratuite quelle en a lair. «On ne veut pas que les BEP soient supprimés. Le ministre veut aussi diminuer les heures de pratique et les remplacer par du français ou de lhistoire-géo. Mais, pour le diplôme, cest de pratique dont on a besoin !», déclare un lycéen en 1re année de BEP maçonnerie, dénonçant aussi les classes surchargées… avant dêtre interrompu par un policier, qui précise que le jeune homme a toutefois commis des vols dans une parfumerie, mardi.

Le manque d
encadrement familial peut aussi expliquer leur comportement. Pour Félix, en 1re : «Ils ont des parents qui sen fichent de savoir si leur fils va en cours.»

Pour Pierre, en 1re, qui se dit «un peu pacifiste, un peu casseur» : «Il n
y a que quand on est violent quon se fait entendre !» Sauf que ces actions dissuadent de nombreux lycéens — ils sont 10.000 à Brest — de manifester contre les réformes dans lÉducation nationale. Et quelles «polluent» les manifestations pacifiques.

Quand s
arrêteront-ils ? Plein dénergie, ils peuvent se mobiliser matin et après-midi. Cette poignée de «casseurs» a attiré lattention des médias nationaux. Cest peut-être ce qu’ils recherchaient.

Presse policière-bourgeoise :
Laurence Guilmo - Ouest France, 13 décembre 2008.

Publié dans Éducation

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