La Grèce en feu...

Publié le par la Rédaction


Depuis plusieurs jours la jeunesse grecque crie sa colère.

Sa colère contre une police qui assassine froidement un adolescent de 15 ans.

Sa colère contre une classe politique (toutes tendances confondues) qui est gangrénée par ses pratiques de clientélisme et de corruption.

Sa colère contre une classe politique (toutes tendances confondues) qui privatise les Universités, précarise les jeunes et rogne les acquis des travailleurs (réforme de la sécurité sociale et du système des retraites).

À Paris comme à Athènes…

Le capitalisme exploite, licencie, assassine, criminalise les mouvements sociaux et expulse les sans-papiers.

Solidarité internationale
avec les étudiants et travailleurs grecs en lutte !


À Paris comme à Athènes…

Globalisons les résistances !
Grève générale contre le capital !





Interview de Yannis, secrétaire international de l’ESE grecque (anarcho-syndicaliste)

Peux-tu revenir sur les circonstances de la mort d’Alexis ?

Il y a trois ans que la police grecque a instauré une stratégie de provocation dans le quartier d’Exârcheia, lieu populaire historique d’Athènes, où vivent nombre d’étudiants, de jeunes et de libertaires.
Les rondes de la police ont augmenté ces derniers temps et les insultes à l’encontre des gens du quartier par les policiers sont le lot quotidien.

En ce qui concerne l’assassinat du jeune de 15 ans, tous les témoins oculaires (résidents du quartier, passants etc.) affirment que les policiers ont provoqué un cercle de jeunes en les insultant. Quand les jeunes ont répondu, les policiers ont garé leur voiture avant de revenir au point où les jeunes étaient assis puis ils ont tiré trois fois. Les témoins affirment aussi que l’assassin a tiré à vol d’oiseau sur Aléxandros, qui est tombé mort sur le trottoir.

Quelles sont les pratiques de la police grecque ?
Depuis la fin de la dictature de colonels, plusieurs dizaines de gens ont été tué par la police. Parmi eux, Mikalis Kaltezas, militant anarchiste de 15 ans, en 1985, Issidoros Issidoropoulos, militant d’extrême gauche de 16 ans en 1976, les manifestants Koumis et Kanellopoulou, mais aussi un nombre infini d’immigrés et des minorités ethniques (Tsiganes, Turcs de Thrace etc.). Dernièrement, la police avait également assassiné un jeune handicapé.

En même temps, on a une quantité innombrable de cas de tortures contre des militants, des manifestants et des immigrés arrêtés, ainsi qu’un usage systématique et injustifié de bombes lacrymogènes et de gaz chimiques pendant toutes les manifestations.

Il faut souligner que la police entoure traditionnellement les manifestations en Grèce.

J’ajouterai enfin que jamais un policier n’a été tué en Grèce par des manifestants et que jamais un policier — même condamné par la justice — n’a passé plus que 2,5 ans en prison.



Quel est l’état des lieux de la révolte ?

Presque dans toutes les capitales des départements du pays, la révolte s’est allumée. À Salonique, à Agrinion, à Yannena, partout en Crète, des affrontements opposent les manifestants et la police. À Patras, la police a attaqué les manifestants accompagnée par un bataillon de néo-nazis armés, dit «citoyens indignés».

À Athènes chaque jour, il y a deux ou trois manifestations différentes, avec plusieurs dizaines de milliers de participants. 20.000 manifestants solidaires ont accompagné Alexandros Grigoropoulos, pendant son enterrement. Il ne s’agissait pas du tout d’une «sédition aveugle» comme les médias l’ont dit. Bien au contraire, le mouvement continue…

Les cibles des manifestants sont les banques et les grandes entreprises multinationales qui sont les symboles de la misère et de la détresse du peuple.

La révolte rassemble des jeunes et des vieux, des militants mais aussi des gens non politisés.

Il s’agit de la plus grande révolte depuis la deuxième guerre mondiale et la guerre civile qui l’a suivie en Grèce. Il s’agit peut-être de la plus grande révolte de ces dernières quarante années dans le monde occidental. Pour nous, c’est aussi une révolte absolument légitime.


Au delà de l’assassinat du jeune, y a-t-il d’autres raisons qui expliquent cette explosion ?

Nous sommes la première génération d’après-guerre qui vit dans des conditions de travail et économiques pires que celles de nos parents.

En Grèce on parle souvent de «la génération de 700 euros». Sans aucun doute, il s’agit d’un slogan qui sous-estime la réalité. Parce que la grande majorité des jeunes de moins de 30 ans a de salaires inférieurs à 700 euros. Il n’y a plus de contrats de travail non précaire. Le travail au noir est très fort aussi. Le patronat licencie au nom de la «crise». En même temps que le Capital grec se réjouit d’une rentabilité énorme grâce au pillage des pays balkaniques.

La situation est encore pire pour les immigrés qui souffrent des lois racistes, de la xénophobie généralisée en Grèce et de l’action impunie de groupes nazis. Il faut souligner que la participation des immigrés à ce mouvement est assez grande et que comme d’habitude, ce sont eux les premières victimes de la répression étatique : sur quelque 400 arrêtés, la moitié sont des immigrés.


En ce qui concerne la vie politique et la corruption, je vous donnerai quelques éléments qui résument la situation politique grecque.

Récemment un scandale dit de «Vatopedi» a éclaté. Le gouvernement a offert des terres… publiques à l’église (!!!).

Je rappellerai aussi que deux familles (Papandréou pour le centre-gauche, le PASOK, et Caramanlis pour la droite) ont gouverné 34 années sur les 40 dernières années en Grèce.

Ce à quoi il faut ajouter la gestion désastreuse par l’État des incendies de l’été 2007 et de leurs conséquences, la casse de la sécurité sociale par les lois des socialistes en 2001 et par la droite en 2006, les privatisations de l’électricité, des ports et de Olympic Airways.


Propos recueillis le mercredi 10 décembre,
par Jérémie, SI de la CNT.

Publié dans Internationalisme

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