Création d'un syndicat CNT dans l'Ain

Publié le par la Rédaction

Pouvez-vous nous faire un bilan de la soirée de présentation de la CNT 01 ?
La journée du samedi 25 octobre fut une belle réussite et un bon démarrage pour notre syndicat. Une cinquantaine de personnes ont asssté à la projection du film «Et pourtant ils existent, Histoire du syndicalisme d’action directe» et au débat qui a suivi. C’était une discussion intéressante qui nous laisse tout de même une vingtaine de contacts.
Cette soirée-débat était à l’initiative de l’UR CNT Rhône-Alpes et nous remercions encore les camarades de Lyon qui ont porté cet événement.

Quels sont vos parcours militants et syndicaux et pourquoi avoir ressenti le besoin de créer un syndicat CNT ?
Cédrick : J’ai bossé pendant des années en intérim. Je fréquentais les milieux libertaires et antifascistes et la librairie La Gryphe à Lyon. J’avais pris contact avec la CNT à l’époque. Puis je suis rentré à la SNCF : là, j’ai fait le choix du syndicalisme de masse en rejoignant la CGT. J’y ai rencontré d’autres militants anarcho-syndicalistes. Chacun de nous s’investissait dans les luttes sociales, mais, la plupart du temps, dépensait son énergie à se battre contre la CGT elle-même (positions confédérales et fédérales cogestionnaires et sursauts d’autoritarisme stalinien). Après 2003 et la lutte pour les retraites, il devenait difficile de cautionner les choix de la CGT. Puis celle-ci signa l’accord sur le dialogue social avec la direction, véritable renoncement au droit de grève annoncé à la une des médias mais avec une démarche interne que l’on a vécu comme un déni de démocratie. Le syndicat CGT des cheminots a vécu alors une purge stalinienne de la part de la fédé : c’est là que j’ai tiré un trait sur cette expérience pleine de frustrations ! J’ai rejoint la CNT en janvier 2005.
Élisa : Lorsque je suis devenue enseignante, tout naturellement parce que ça me semblait évident, je me suis syndiquée. J’ai choisi le SNUipp, parce qu’il était bien implanté dans la région et qu’il me semblait à même de défendre nos droits. En 2003, après 45 jours de grève, ça a été la douche froide. J’ai réalisé que les syndicats qui avaient pignon sur rue n’étaient que «la vaseline» du capitalisme, et leurs représentants des «petits chefs» qui ne se battaient que pour garder leur place et négocier le «pis-aller» avec le gouvernement. Déjà dans les manifs, j’avais plus d’affinité avec les militants de la CNT, prêts à aller au combat. J’ai rendu ma carte. Ce qui m’a également beaucoup déçue, c’est l’incapacité des syndicats bureaucratiques à se fédérer dans des luttes interprofessionnelles, et leur frilosité… En 2003, c’était bien plus qu’une lutte pour préserver nos acquis sociaux… «Tout est à nous, rien n’est à eux, tout ce qu’ils ont, ils l’ont volé, partage du temps de travail, partage des richesses, ou alors ça va péter…» En arrivant dans la région j’ai rencontré Cédrick (et là j’ai eu une révélation… quand on est à la CNT, on n’a plus froid en short, même en hiver, tellement la lutte réchauffe) et en discutant de notre vision «idéale» de la société j’ai compris que je me retrouvais bien dans les principes de la CNT.

Quel est le paysage syndical dans l’Ain ? Le syndicalisme de lutte était-il représenté ?
C. : L’Ain est un département assez rural. Dans les pôles d’industrialisation (Oyonnax, Bourg, périphérie lyonnaise, zone industrielle de la plaine de l’Ain proche d’Ambérieu-en-Bugey), les entreprises sont plutôt de petite taille et le syndicalisme assez peu présent (paternalisme). Malgré cela, la CGT reste assez présente dans le paysage syndical.
Le syndicalisme de lutte est évoqué par certains à la CGT. Mais, comme je l’expliquais plus haut, il leur faut ramer à contre-courant dans leur organisation et, souvent, le fatalisme les amène à renoncer. C’est peut-être pour cette raison que le syndicat SUD-Solidaires a pris un certain essor dans le département, surtout dans le secteur public, avec des militants dont la démarche est plus radicale. Certaines personnes connaisssent la CNT, on a des contacts durant les manifs : il y a bel et bien une place pour un syndicalisme de lutte dans l’Ain.
É. : Beaucoup d’enseignants du primaire ont été déçus par l’attitude des syndicats en 2003. Ils en ont assez des mots d’ordre de grève répétés une journée par-ci par-là qui ne sert qu’à redonner leur paye au gouvernement. Avec la casse programmée du service public et notamment de l’école depuis plusieurs années (voir l’extrait d’un article édifiant de l’OCDE de 1996 dans l’encadré), il est possible que après la résignation, la radicalisation des luttes se profile à nouveau.

Y a-t-il eu des réactions d’autres organisations à la création de ce nouveau syndicat ?
C. : Parmi les personnes présentes samedi 25, un camarade de SUD a pris la parole pour dire qu’il voyait d’un très bon œil l’implantation de la CNT dans l’Ain car cela permettra de radicaliser les luttes à venir. Il sera possible de bosser en intersyndicale avec SUD, voire la CGT où certains copains tentent encore de forcer le destin…

Pour conclure, quels sont vos objectifs pour les mois à venir ?
C. : Nous allons continuer à faire connaître la présence de la CNT dans l’Ain (affichage, réunions-débats dans d’autres villes, etc.). La campagne lancée au niveau confédéral sur la crise financière actuelle et le vrai visage du capitalisme nous intéresse. Nous en avons discuté à notre première AG : nous pourrions même faire des réunions-débats sur ce sujet dès que le matériel de propagande sera sorti.


Le Combat syndicaliste no 334, décembre 2008
Organe de presse de la CNT.

«[…] Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population.»
OCDE, Cahier de politique économique no 13, 1996, page 30.

Publié dans Colère ouvrière

Commenter cet article