Communiqué du comité de soutien aux inculpés de Tarnac

Publié le par la Rédaction


Au regard du maintien en détention de deux inculpés du 11 novembre, des perquisitions effectuées à Tarnac et en Belgique, des pressions exercées sur les manifestants au Palais de justice de Paris vendredi dernier et aujourd’hui mardi, le comité de soutien maintient ses demandes de libération immédiate et de levée des accusations pour TOUS les inculpés.
Des comités de soutien existent déjà ou sont en train de se monter partout en France et même dans le monde. Ils ne se laisseront pas intimider. Nous appelons à la création de nouveaux comités et à l’intensification des manifestations de soutien, qui seule pourra faire plier la machine antiterroriste et contrer l’opération politique déclenchée le 11 novembre.

Comité de soutien, 2 décembre 2008.



Voila donc le premier texte de Paris
et le contact du comité de soutien de Paris


11 novembre au matin, les usagers du rail sortent de la terreur : on vient d’arrêter les «commandos anti-TGV». Michèle A.-M. parade, sa belle prise est exposée par les médias, embarqués depuis le début dans l
opération. Deux jours plus tard, on semble plutôt reprocher aux interpellés davoir eu «lintention» de commettre de tels actes. Ainsi allaient-ils finalement pouvoir devenir une sorte de «cellule», appartenant à une «nébuleuse», qui sen serait, tôt ou tard, pris aux vies humaines. Magie de lantiterrorisme : à mesure que les faits se dématérialisent, laffaire saggrave.

La lutte antiterroriste ne s
intéresse pas tant aux actes quaux sujets qui pourraient les commettre. Un sujet, cela se fabrique. À partir de vies bien réelles, avec leurs particularités, leurs habitudes, leurs liens. Ces liens constituent dailleurs un objet dinvestigation privilégié. Cest ainsi que la police construit une «mouvance», un «réseau», ou nimporte quel autre chien de mot signifiant une appartenance diffuse. Ce type dobjet a toujours convenu aux méthodes de la flicaille. Il offre un caractère inépuisable qui fait tout son charme. Les enquêtes nont plus de fin, elles sont extensibles à volonté, la menace est permanente, omniprésente.

Fabriquer un sujet terroriste, cela consiste en des procédures concrètes. Annoncer des menaces futures, leur fabriquer des appellations. Faire arrêter neuf personnes au petit matin, par des flics cagoulés, armés jusqu
aux dents. Les conduire dans des locaux spéciaux. Là, les garder quatre jours en cellule. Quatre jours ponctués dinterrogatoires nombreux et interminables, aux termes desquels nimporte qui serait prêt à avouer que sa grand-mère a conçu les attentats contre le World Trade Center. Pas davocat, si ce nest à la fin, quand on aura eu le temps de les questionner sur ce qui est essentiel dans cette affaire : ce quils vivent, ce quils lisent, qui ils fréquentent, avec qui ils baisent. Il faut savoir sils ont manifesté, un jour, à Vichy, sils ont compris ou commis quelque ouvrage et pourquoi ils nhabitent pas, seuls, dans un appartement, mais vivent et sorganisent ensemble. Il ny a plus alors quà extraire de cela les éléments adéquats et les retraduire dans le jargon de lantiterrorisme. Produire ainsi, assortie de détails pittoresques, limage de neuf clandestins, organisés en cellule, disposant dun chef, et sabreuvant dun manuel de lutte armée.

Qu
importe que le fameux bréviaire secret se trouvât déjà en possession de plusieurs milliers de lecteurs, qui avaient pu se le procurer dans nimporte quelle librairie. Quimporte quil fût impossible même aux journalistes venus accréditer cette thèse de confirmer tant soit peu ce portrait de clandestins reclus, coupés du monde. Le terme de «terrorisme» a le pouvoir de changer leau en vin, et pour ceux à qui on lapplique, chaque aspect de lexistence devient lobjet de soupçons si ce nest une preuve accablante.

La réalité à partir de laquelle on a construit ici des terroristes, cette réalité, la justice peut toujours la trouver criminelle ; pour notre part, nous trouvons encore heureux que 3000 personnes s
opposent physiquement à la tenue dun sommet ministériel sur l’immigration à Vichy, et honorable dêtre solidaires de ses amis en garde à vue.

La SNCF recensait en 2007 vingt-sept mille actes de malveillance contre son réseau ferré. Le sabotage à proprement parler est un acte encore banal, dans toute grève bien menée — et le mouvement cheminot de l
automne dernier est encore venu le rappeler. Pour autant, et malgré la vive terreur que semble provoquer un blocage efficace du trafic ferroviaire, on navait pas encore brandi, dans de tels cas, la catégorie «terroriste», et larsenal judiciaire et policier exceptionnel qui laccompagne. Ce qui sest passé le 11 novembre est une provocation objective, qui a valeur de test. Il va de soi que si laffaire séteint doucement dans le silence, tandis que croupissent en prison ceux quon a si grossièrement désignés à la vindicte universelle comme terroristes, rien nempêchera que ce silence soit interprété comme un assentiment général donné au procédé, et à ses applications à venir. Ici, comme en Italie, en Allemagne, aux États-Unis, il est clair que lantiterrorisme n'est pas une série de lois dexception que chaque pays saccorde mais bien la base dun nouveau régime de gouvernement mondial.

Nous annonçons la création dun comité de soutien à Paris. Il visera à soutenir matériellement et moralement les neuf personnes arrêtées le 11 novembre, dont deux sont encore aujourdhui en prison.
Il sengage dans une défense commune, de lensemble des arrêtés, quels que soit leurs chefs dinculpation. Il refusera de communiquer plus particulièrement sur telle ou telle personne. Il ne perdra pas de temps à sétendre sur la réalité des faits qui leur sont reprochés, et donc sur la question de linnocence ou de la culpabilité des inculpés. Le comité de soutien se donne pour principe de refuser la présence des médias à ses réunions, et sautorisera à communiquer avec eux selon ses propres termes et conditions.
Plus que le soutien aux neufs mis en examen, le comité vise à tout faire pour que la machine antiterroriste — qui sétait mise en marche bien avant ce jour-là — ne puisse pas continuer son travail décrasement dans lassentiment général. Cela passe par lattaque du montage politique et médiatique visant la création dun nouvel ennemi de lintérieur : la «mouvance anarcho-autonome». Le comité affirme son soutien aux six personnes prises depuis janvier 2008 dans le tourbillon judiciaire qui accompagne cette fabrication — tous sont mis en examen dans le cadre dune instruction antiterroriste : Ivan et Bruno pour avoir transporté des fumigènes artisanaux, Isa et Farid pour avoir convoyé du chlorate et des plans détablissement pénitentiaire ; Juan, Isa et Damien sont aussi soupçonnés dune tentative dincendie dun véhicule de police, et sont pour cela incarcérés depuis plusieurs mois sous le coup des assises antiterroristes.
Lobjectif immédiat du comité est la libération de toutes les personnes incarcérées et la fin des poursuites judiciaires à lencontre des inculpés.


Réunion publique samedi 6 décembre à 17h
à La Parole Errante
9 rue François-Debergue - Montreuil
Métro Croix-de-Chavau

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