Le mot citoyen a-t-il encore une signification ?

Publié le par la Rédaction


Entre les mains de la police, le plus paisible des citoyens n’est plus rien d’autre qu’un «individu». Avant même d’avoir pu se défendre, le suspect est considéré comme nécessairement coupable. Quant au témoin, dont les déclarations contredisent les certitudes policières, il ne peut qu’être classé dans la catégorie des complices potentiels. Autant dire un possible gibier de potence.

Il faut bien comprendre que, dans la réflexion étroite du défenseur de l’ordre public il y a, d’un côté, le parti de l’ordre et, de l’autre, des fauteurs de désordre. L’ennemi de la société dominante n’est plus seulement le criminel que le policier est censé pourchasser, mais quiconque ose mettre en doute la nécessité d’un ordre public dont l’homme en uniforme serait seul en capacité de définir les limites. Dès lors, le policier devient le maître à penser, sinon le tuteur de la société. Le citoyen n’étant plus que l’encombrante pièce rapportée d’un passé de liberté révolu dans une société qui se doit de marcher droit. Sauf à être constamment verbalisé, réprimé, brutalisé, puis éventuellement considéré comme un hors-la-loi qu’il devient urgent de mettre à l’ombre, s’il n’est pas possible de le faire taire.

Avec Internet, et sur les écrans où parviennent les images des caméras de surveillance —de plus en plus nombreuses— il sera bientôt difficile d’échapper à l’œil inquisiteur du policier. De plus, à l’aide des nombreux fichiers qui sont déjà en mesure de faire le tri entre les bien-pensants et les suspects, il n’y aura plus guère d’échappatoire au citoyen paisible pour espérer se dérober à la chaude sollicitation d’un appareil policier bien décidé à tout contrôler dans ce pays. Au fur et à mesure que les libertés fondamentales se voient restreintes, le pouvoir policier ne cesse de croître, dans le même temps que l’équipement technologique des forces de l’ordre se perfectionne de jour en jour. Déjà, 1984 peut apparaître comme une image du passé.

Bienvenue en France, jadis pays de la liberté !

Maurice Rajsfus
Éditorial du numéro 25, décembre 2008
du bulletin d’information anti-autoritaire Que fait la police ?

Publié dans Flics hors de nos vies

Commenter cet article