Nouvelle suspicion de bavure à Montfermeil

Publié le par la Rédaction


Une semaine avant le passage à tabac filmé d’Abdoulaye Fofana par une bande de policiers du commissariat de Gagny, deux jeunes français dorigine guinéenne ont été violemment interpellés par des policiers du même commissariat. Leur avocat va déposer ce lundi une demande d’ouverture d’information judiciaire pour violence aggravée.

C’était quatre jours avant l’incendie des voitures de l’équipe de tournage de Luc Besson. Et une semaine avant le passage à tabac filmé d’Abdoulaye Fofana par une bande de policiers du commissariat de Gagny. Ce 8 octobre, vers 17 heures, alors qu’il s’en allait prendre son travail de nuit, Fabrice, 22 ans, est interpellé par une équipe de policiers du même commissariat de Gagny. Contrôle, fouille. Le jeune homme, préparateur de commandes, se serait agacé. Alors que les policiers lui auraient asséné des coups de matraque, son jeune frère, qui faisait du vélo à proximité, a rappliqué. Les forces de l’ordre lui auraient aussitôt ordonné de «dégager», alors qu’un agent, placé à moins de trois mètres, aurait dégainé son flash-ball, pour tirer à deux reprises et à bout portant. Sur Yannick d’abord, 14 ans, touché à la hanche. Puis sur Fabrice, atteint au ventre. Les deux frères auraient ensuite été frappés au sol, à coups de pieds et de poings, avant d’être embarqués dans le véhicule de police. C’est là qu’à coups de poing, le jeune Yannick se serait fait casser le nez, comme l’avère le certificat médical. L’élève de troisième et son grand frère, le visage et la tête en sang, ont dû être conduits à l’hôpital, où ils ont passé deux nuits en garde à vue.

Demande d’information judiciaire

Les policiers ont déposé une plainte contre l’adolescent et son frère pour outrage, rébellion et violence. Laquelle plainte, fait exceptionnel, a été classée sans suite le 28 octobre par le procureur de la République de Bobigny. Enfin, le médecin qui a examiné Fabrice et Yannick L. comme le prévoit la loi en cas de garde à vue, a donné à chacun d’eux une ITT (interruption temporaire de travail) de 6 jours. Ce qui, pour l’avocat des deux frères, Me Yassine Bouzrou, «paraît bien peu». Surtout si l’on compare l’ITT de 21 jours, accordée par le même médecin, à l’un des policiers de Gagny toujours, qui s’est cassé le petit doigt dans l’affaire Abdoulaye Fofana. Le 13 octobre, Yannick et Fabrice ont à leur tour porté plainte à l’IGS (Inspection générale des services, police des polices), où ils ont été auditionnés.

Demain, lundi, leur avocat déposera une demande d’ouverture d’information judiciaire pour violence aggravée, compte tenu de l’âge mineur de l’une des victimes. «Je souhaite qu’une enquête nous permette de faire toute la lumière sur cette affaire, indique Me Yassine Bouzrou. Il faut notamment établir à quelle distance exacte les policiers ont tiré.» Sachant qu’en dessous de sept mètres, le tir peut comporter un danger létal.

Elsa Vigoureux - Le Nouvel Observateur, 23 novembre 2008.

Publié dans La police travaille

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