Une opération récente

Publié le par la Rédaction


Voici le texte de la pétition initiée par Éric Hazan et La Fabrique au sujet de l’affaire des neuf inculpations de la semaine dernière (les soi-disant «terroristes» du Comité Invisible).
Il est possible de la signer en renvoyant votre nom et votre qualité (profession ou absence de profession, statut ou absence de statut) à cette adresse.

Pétition

Une opération récente, largement médiatisée, a permis d’arrêter et dinculper neuf personnes, en mettant en œuvre la législation antiterroriste. Cette opération a déjà changé de nature : une fois établie linconsistance de laccusation de sabotage des caténaires, laffaire a pris un tour clairement politique. Pour le procureur de la République, «le but de leur entreprise est bien datteindre les institutions de lÉtat, et de parvenir par la violence — je dis bien par la violence et non pas par la contestation qui est permise — à troubler lordre politique, économique et social».

La cible de cette opération est bien plus large que le groupe des personnes inculpées, contre lesquelles il nexiste aucune preuve matérielle, ni même rien de précis qui puisse leur être reproché. Linculpation pour «association de malfaiteurs en vue dune entreprise terroriste» est plus que vague : quest-ce au juste quune association, et comment faut-il entendre ce «en vue de» sinon comme une criminalisation de lintention ? Quant au qualificatif de terroriste, la définition en vigueur est si large quil peut sappliquer à pratiquement nimporte quoi — et que posséder tel ou tel texte, aller à telle ou telle manifestation suffit à tomber sous le coup de cette législation dexception.

Les personnes inculpées nont pas été choisies au hasard, mais parce quelles mènent une existence politique. Ils et elles ont participé à des manifestations — dernièrement, celle de Vichy, où sest tenu le peu honorable sommet européen sur limmigration. Ils réfléchissent, ils lisent des livres, ils vivent ensemble dans un village lointain. On a parlé de clandestinité : ils ont ouvert une épicerie, tout le monde les connaît dans la région, où un comité de soutien sest organisé dès leur arrestation. Ce quils cherchaient, ce nest ni lanonymat, ni le refuge, mais bien le contraire : une autre relation que celle, anonyme, de la métropole. Finalement, labsence de preuve elle-même devient une preuve : le refus des inculpés de se dénoncer les uns les autres durant la garde à vue est présenté comme un nouvel indice de leur fond terroriste.

En réalité, pour nous tous cette affaire est un test. Jusquà quel point allons-nous accepter que lantiterrorisme permette nimporte quand dinculper nimporte qui ? Où se situe la limite de la liberté dexpression ? Les lois dexception adoptées sous prétexte de terrorisme et de sécurité sont-elles compatibles à long terme avec la démocratie ? Sommes-nous prêts à voir la police et la justice négocier le virage vers un ordre nouveau ? La réponse à ces questions, cest à nous de la donner, et dabord en demandant larrêt des poursuites et la libération immédiate de celles et ceux qui ont été inculpés pour lexemple.

Liste d’information du réseau Résistons ensemble, 23 novembre 2008.

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