Pigistes : menace de précarité accrue

Publié le par la Rédaction


Code du travail, convention collective, les pigistes pourraient bien s’asseoir dessus. Accès à la formation, pareil. Les pigistes, il faut en faire des prestataires de service, et non plus des salariés avec des droits. Le rêve des ultralibéraux pour un salarié de la presse sur cinq.

Le 7 novembre 2008, deux syndicats, CFDT et CFTC ont signé le texte d’accord «général pigiste». Un texte qui se discutait avec les fédérations patronales de la presse depuis de longs mois. Cette signature est un vrai coup de poignard pour l’avenir des journalistes rémunérés à la pige. Des tacherons payés au coup par coup qu’on verrait bien poussés vers un statut de travailleur indépendant, donc payés sur facture et non plus en salaires. Cette dérégulation du droit du travail (qui s’applique déjà difficilement à ces salariés payés au coup par coup) permettrait une externalisation massive de ces petites mains du journalisme. Du coup, plus question de licenciement quand on vire un pigiste : il suffit de ne plus lui commander de reportage ou d’enquête. Ce traitement peut ressembler à la situation actuellement en vigueur en France. Sauf qu’avec la loi Cressard de 1974, le pigiste écarté a jusqu’ici un recours devant les prud’hommes pour faire requalifier sa cessation de piges en licenciement, avec indemnités à la clé tous les droits qui vont avec. Avec le texte des syndicalistes cathos et affiliés, les pigistes nouvelle sauce ne seraient plus comptés dans l’effectif des medias qui les utiliseraient, et ils disparaîtraient donc du registre unique du personnel. En cas de grossesse ou d’arrêt maladie, fini le maintien de salaire assuré par la convention collective. Si ce texte s’appliquait, le pigiste serait plus que jamais la variable d’ajustement rêvée. Supposons qu’une mauvaise crise financière pointe son museau, hop, on ferme les robinets des commandes de piges, on bidouille avec des dépêches d’agence, des stagiaires et des permanents encore plus sous pression, et passez muscade.

La mise à l’écart physique des pigistes, qui travaillent depuis chez eux et ne font que passer dans les rédactions, produit déjà de l’individualisme. Les luttes collectives sont rares. Mais avec cette formule, ce serait encore plus tout benef pour les patrons de presse, puisque les pigistes représentent une part croissante des effectifs des rédactions. On voit même des rédactions complètes où tout le monde est payé à la pige, rédac chef compris. En 2007, selon la commission de la carte, il y a 6980 journalistes pigistes déclarés comme tels, soit plus de 18% des journalistes avec carte. Parmi les plus jeunes qui viennent d’obtenir cette carte pour la première fois, la moitié est constituée de pigistes et un peu plus souvent des femmes. Ce chiffre ne tient pas compte des 1312 journalistes au chômage, ni de celles et ceux qui travaillent comme pigistes mais n’ont pas la carte, pas assez de revenus, contraints de panacher avec des revenus de la com’, ou obligés de tâter de la manutention dans un hyper marché. Ce qui ne tient pas compte non plus d’un autre versant de la précarité, les correspondants locaux de presse, qui sont estimés à quelque 30.000 en France. Ce texte scélérat, c’est l’application des principes ultra libéraux à un système déjà précaire. Et la main invisible du marché, on la met dans la gueule de qui en premier : des signataires marrons ou des patrons qui jubilent d’avance ?

En attendant le SIPM-CNT vous invite à signer la pétition en ligne, à l’appel des collectifs et associations de journalistes : Profession Pigiste, Objectif Plume, Presse-Papiers, Pôle pigiste du Club de la presse Val de Loire, Ça presse, Freelens, AJT-MP (association des journalistes de Toulouse et Midi-Pyrénées).

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