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Publié le par la Rédaction

«Ce ne sont pas les plus pauvres qui volent le plus»

Une étude publiée il y a quelques jours évoquait une augmentation des vols à l’étalage dans la grande distribution française. Vérification chez Auchan à Brives-Charensac.

La période festive de fin d’année plus la crise financière ne sont pas synonymes de hausse des vols en grandes surfaces. C’est en tous cas le constat de Frédéric Agaud responsable d’Auchan à Brives Charensac. Il opère régulièrement des contrôles : «Nous faisons des inventaires tous les six mois, le prochain est fixé au mois de janvier 2009. Il y a une exception pour les rayons boucherie, fruits et légumes, là c’est tous les mois. Rien à signaler de différent !»

Le vol se constate par l’inventaire entre les entrées des marchandises et les ventes. La différence est de deux ordres, Frédérique Agaud explique : «Il y a la démarque connue. La différence est due aux casses, aux promotions et aux soldes. Quant aux vols le terme est “démarque inconnue”. Il rentre quand même sous cette dénomination les erreurs de comptabilités et administratives.»

Les statistiques sont réalisées à chaque inventaire, le coût en euro de la démarque inconnue représente tout de même de 0,7% à 1% du chiffre d’affaires.

Le P-dg donne un angle particulier aux conséquences de ces actes : «C’est triste pour toute l’équipe. Le personnel est intéressé au résultat. Avec des périodes comme celle de la fin d’année, cela peut correspondre jusqu’à un 16e voir 17e mois. Or les vols sont autant de bénéfices en moins pour l’équipe.» 200 personnes à Auchan sont donc concernées par les vols. Il en résulte une conclusion : «Les 200 personnes qui travaillent ici sont donc investies dans le travail de surveillance, chacune en fonction de ses possibilités». Il est un groupe présent tous les jours qui est totalement attelé à cette tâche, il s’agit de l’équipe de sécurité. Frédéric Agaud souligne : «Elles sont toutes formées, il s’agit de la formation SIAP ; c’est du haut niveau !» Il faut ajouter le système de vidéo surveillance qui couvre en permanence et entièrement le magasin et le parking. En cas d’interpellation d’une personne prise sur le fait, il y a un lien automatique avec la police : «Le contact est obligatoire, il a lieu avec la direction de la sécurité publique».

La personne décidée à dérober un produit n’est pas forcément repérable d’emblée, ce serait trop simple. Le Pdg évoque à ce sujet : «Il ne faut pas tomber dans l’idée reçue, ce ne sont pas les personnes les plus pauvres qui volent le plus. Certaines ont vraiment les moyens, il y a tous les milieux, tous les âges et ça concerne les deux sexes.» Quant aux produits les plus recherchés il y a la par contre un classement. Les alcools ont la cote ! Les rasoirs les plus chers sont prisés et il faut placer sur le podium les jeux vidéo. Il y a une plus faible tendance à propos des vols de vêtements : «Le système de badge antivol est très efficace.» Dans le classique il reste les parfums et dans le plus étonnant ce sont les piles qui disparaissent en nombre !

Il y a tout de même un coût qui se répercute sur les prix et quant au travail de sécurité, Frédéric Agaud lui donne un ordre d’importance : «Il s’agit d’abord d’assurer la sécurité des personnes, vient ensuite l’aspect marchandise. Les prochaines statistiques seront en janvier 2009.»



«Le saumon était collé sous le baril de lessive»

À force de prendre les voleurs à l’étalage la main dans le sac, les responsables de grandes surfaces sont devenus maîtres en l’art de débusquer les techniques de fauches.

D’un magasin à l’autre, elles évoluent, selon la taille de l’enseigne, l’emplacement des caméras, la position des antivols ou des puces électroniques. Pour cette chef d’une moyenne surface, située dans le 2e arrondissement de Lyon, il y a la méthode dite du transvasement. Elle a tenu à conserver l’anonymat pour ne pas donner de «mauvaises idées». «Le client arrive avec une gourde et y transave l’alcool. Ou alors les fruits vendus en barquettes sont vidés et placés dans des sachets plastiques pour les payer moins cher.»

Autre procédé, plus abouti, détecté à l’aide de la vidéosurveillance et dont sont friands les faucheurs, les viandes conditionnées sous vide sont placées dans les congélateurs du magasin. «Au bout de deux heures, elles sont dures et se cachent plus facilement dans les poches.»

Sur Internet, un blog donne les conseils pour «voler sans se faire piquer» : apprendre à reconnaître les «charlies» ou les «chouffeurs» les vigiles dans le jargon, «détecter les portiques de sécurité» ou dissimuler des produits «sans être vu». «Certains collent les planches de saumons sous les barils de lessive. Ou y cachent des bouteilles. Les flacons de parfums aussi sont enroulés dans le journal du matin, c’est aussi une bonne ruse», reconnaît Claude Colin, directeur d’un hard-discount à Lyon.



Tolérance zéro dans les grandes surfaces de la Loire

Elles ont 72 ans, 76 ans et 78 ans. Ce sont trois sœurs, trois grands-mères. Personne n’aurait un jour pu imaginer qu’elles se fassent prendre en flagrant délit de vol dans une grande surface. C’est pourtant bien la mésaventure qui leur est arrivée, il y a quelques mois, dans l’hypermarché Auchan de Villars où les trois vieilles dames avaient dissimulé pour plus de 100 euros chacune de vêtements pour leurs petits enfants…

À Auchan Villars, la démarque inconnue (vol, erreur de gestion des marchandises, négligences), représente 0,6% du CA.

Un chiffre, certes inférieur à la moyenne nationale, mais qui n’amuse pas du tout le contrôleur de gestion de l’hypermarché. «Chez nous, il n’y a aucune tolérance», explique Jérôme Lelièvre qui affirme que plus de 250 personnes ont été interpellées après leur passage aux caisses dans le magasin de Villars l’année dernière et plus de 500 à celui de Centre-Deux.

Des infractions caractérisées qui sont automatiquement signalées aux services de police qui interviennent pour les procédures et qui sont ensuite transmises au Parquet.

Récemment, un groupe de jeunes n’a pas hésité à vider une bouteille d’eau pour la remplir de vodka, raconte le responsable de la sécurité, Régis Martinet qui gère, à Villars, une équipe de 16 personnes, mobilisées jour et nuit, derrière 14 moniteurs reliés à 70 caméras vidéo. Des vidéos dont les images sont si précises qu’elles permettent de lire l’heure sur la montre d’un visiteur suspect !

Si les caméras couvrent 99,99% de la surface de vente, il y a quelque chose qui ne trompe jamais les vigiles, c’est le comportement du voleur : «On connaît les intentions malhonnêtes de certains clients, dès qu’ils entrent dans le magasin, affirme M. Martinet. Et on se trompe rarement.»

Si la technologie est bien là pour épauler les agents de surveillance, c’est bien l’ensemble du personnel qui est aussi sensibilisé à ce phénomène. Des magasiniers en passant par les vendeurs, jusqu’aux hôtesses de caisse, qui peuvent, d’un simple clic sur un bouton, alerter discrètement la sécurité.

«Moins de 10% des personnes interpellées sont des récidivistes», confirme Régis Martinet qui ajoute que ceux qui ont volé une fois, reviennent régulièrement dans le magasin. Pour tenter d’enrayer ce phénomène, fournisseurs et grande distribution se sont mobilisés en amont avec le piégeage à la source des produits, grâce à des puces électroniques dans les vêtements ou des colliers sur les bouteilles d’alcool. Tout cela a forcément un coût pour les enseignes, répercuté au final sur le consommateur.

Le Progrès (édition de Haute-Loire), 22 novembre 2008.

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