Du nord au sud, la France brûle !

Publié le par la Rédaction


Deux nuits d’émeutes, dans deux quartiers différents de la capitale picarde.

Le scénario a l’air simple : vendredi 14 novembre vers 17h, «attroupement» dans le quartier sud-ouest (Étouvie), refus de se disperser, une voiture crame. Pompiers malmenés, les porcs ont l’occasion d’arriver en renfort. C’est parti. Bus caillassés, abris bus pétés, poubelles flambées, un bar-tabac pillé.

Le Courrier Picard commente : «Les policiers ont été contraints d’utiliser le flash ball pour calmer les esprits.» Tellement bien calmés que 60 CRS sont obligés de ramener leurs gros culs picards depuis saintQuentin (Aisne).

Témoignage d’habitants : les CRS sont «venus provoquer les jeunes alors que le quartier était calme». «Ils ont provoqué les jeunes avec des phrases du style “Je vais voir ta mère à minuit” et d’autres propos racistes. En plus, ils crachaient devant les jeunes.»


Difficile de savoir pourquoi ça claque à ce moment là. Il semble que ce soit à l’initiative du quartier, pas en réaction à une agression spécifique par la police. C’est peut-être contre une pression sur le business (une mise en pénurie du marché par la police comme ça arrive parfois). Ou tout simplement contre l’insupportable de tous les jours. Étouvie est un quartier dur, en «rénovation urbaine» : ce qui veut dire des centaines de personnes expulsées de la tour historique, dont la démolition (comme la construction à l’époque) a été décidée sans discussion avec la population.

Totem ou mirador abandonné, dans l’attente d’imploser, la «tour bleue» continue de trôner, vide et violente comme un gyrophare sur les murs du quartier. Et en bas, ça brûle.


Le lendemain ça claque à Amiens nord. Phénomène intéressant, car les deux quartiers sont évidemment en concurrence, et c’est rare que la révolte se synchronise de façon aussi évidente. Toujours en fin d’aprèm, des jeunes auraient commencé en «dégradant des pylônes d’éclairage public» — dans le noir, les flammes sont plus belles. Ils ont surtout attaqué les patrouilles de police. Puis enchaînement. Territoire perdu de la République, le «pigeonnier», était classé en 2001 dans la vingtaine de quartiers dits «hyper-sensibles», c’est-à-dire où la police a peur.

Karim : «Ce soir-là, ils ont dit aux minots : on attend que les kebabs ferment et on va s’occuper de vous. Ils ont l’air de penser qu’on passe notre vie dans les kebabs. De toute façon, il y a eu le bordel la veille au soir dans un autre quartier, Étouvie, et plutôt que d’y retourner, ils viennent chez nous.»

Une femme enceinte, a été prise en charge pour des soins suite au gazage. Comme d’hab, ils ont arrosé les allées de lacrymos, les familles ont dû s’abriter, les jeunes ont résisté. «Il faut savoir qu’après le départ des CRS, nous avons eu encore 3 à 4 heures d’incidents.» (F.-P. Georgin, préfet)

De fait, il y a solidarité entre les deux quartiers : mêmes ennemis deux nuits de suite, ça se sait, ça se sent.

Bilan approximatif pour le week-end : une quinzaine de caisses cramées, une dizaine d’arrestations.

Solidarité avec les enfermés,
complicité avec ceux qui courent plus vite que les porcs !

Le dernier mot à un habitant : «Pour l’instant, ce sont les petits qui se révoltent. Demain, si les grands comme moi s’y mettent, ça leur fera tout drôle aux CRS car nous leur tiendrons tête.»

Rebellyon, 22 novembre 2008.


Et sur la Somme qui déborde, un blog qui débloque.

Publié dans La police travaille

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