Quelle éducation pour quelle société ?

Publié le par la Rédaction

Des réformes…

Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale, a annoncé le 21 octobre une première série de mesures visant à réformer l’enseignement au lycée. Dans un premier temps uniquement pour la classe de seconde, ces mesures (censées s’appliquer à la rentrée 2009) consistent principalement en une diminution des options, une modification du rythme de l’année (2 semestres, 4 conseils de classe) et en une organisation en modules (21 heures d’enseignements généraux de tronc commun, 6 heures d’enseignements complémentaires et 3 heures d’accompagnement personnalisé). Ces réformes s’inscrivent dans une démarche sur le long terme visant une diminution du choix et de la diversité de l’enseignement (cf. 3e partie) et donc de son coût (moins d’options, moins de profs). Avec les 11.000 suppressions de postes en 2008 le gouvernement veut encore trouver le moyen de faire des économies sur l’éducation en réduisant le choix des options ou en sabordant des filières.

… à la répression…

Darcos se targue de consulter les syndicats et «élus» lycéens dit représentatifs pour élaborer sa réforme mais c’est la répression et la prison ferme pour ceux et celles qui osent manifester leur désaccord dans la rue. Comme ce fut le cas à Dijon où, lors d’une manifestation d’une centaine de lycéen.nes contre les réformes Darcos et le sécuritaire, trois jeunes se sont fait matraquer allègrement par la BAC, flash­ball au poing, après dispersion, sous le prétexte d’une altercation avec un automobiliste qui essayait de forcer le passage de la manifestation en écrasant les gens. C’est donc quatre mois de prison ferme avec mandat de dépôt (= direct au trou) pour deux arrêtés et quatre mois de prison, dont deux avec sursis, pour le dernier, que se sont pris ces manifestants. Pour se passer le vernis de la démocratie le gouvernement consulte quand cela ne lui coûte rien alors qu’il réprime et emprisonne lorsque les principaux concernés s’organisent et s’expriment directement dans la rue.

… pour quelle société ?

Pour le gouvernement l’éducation n’est qu’un poste budgétaire (à réduire) qui doit préparer les individus à trouver un travail. Selon Darcos : «Comme tous les pays du monde, la France doit rationaliser les études, avec plus de suivi individuel et moins d’options» ou alors : «Attention, en particulier aux filières sans débouché évident. Je pense à “ES” (économique et social). Elle attire beaucoup d’élèves qui occupent ensuite de grands amphis mais se retrouvent avec des diplômes de droit, psychologie, sociologie… sans toujours un emploi à la clef.»

Si les gens ne trouvent pas d’emploi à la clef de leurs études ce n’est pas parce qu’ils sont incapables d’être utiles à la société, bien loin de là. C’est la société capitaliste ­ soumise aux logiques marchandes, et organisée par et pour une minorité, ­ qui les juge inutiles. Même si 100% des élèves obtenaient un diplôme après de brillantes études dans des «filières porteuses» cela ne changerait rien au fait que le capitalisme ne peut pas se permettre d’assurer le plein emploi et une vie digne pour tous et toutes. Le chômage et la précarité lui sont essentiels pour imposer ses conditions. Le système économique que nous subissons n’a pas pour but la satisfaction des besoins de tous : c’est une jungle où des requins sans pitié exploitent le travail des autres.

Alors doit-­on faire en sorte que l’éducation s’adapte à cette société de manière à sortir le plus tôt possible du moule des gens prêts à se faire exploiter par un patron leur vie durant (tant mieux si leur sens critique ou leur culture générale laissent à désirer : ils se rebelleront d’autant moins) ? Ou bien ­— tout en remettant en cause l’organisation économique capitaliste — désire-t-­on que l’éducation soit totalement indépendante et cherche à former des individus armés d’un savoir suffisant, libres et responsables ?

Nous ne voulons pas d’une éducation qui formate ou gave et considère les individus comme des oies jusqu’à ce qu’ils puissent trouver leur place (cage) dans la société. Nous voulons que la transmission des savoirs s’exerce tout au long de la vie sans contrainte d’aucune ordre. Qu’elle accompagne l’individu vers un épanouissement, dans le respect des autres, et développe la conscience de ses capacités à faire évoluer (collectivement) la société.

Idées Noires, novembre 2008
La feuille du groupe Durruti de la CGA.


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