Des orientations stratégiques et de leurs conséquences

Publié le par la Rédaction


Ainsi donc, le XXXe Congrès de la CNT aura-t-il vu la Confédération se confronter aux dispositions nouvellement réformées de la représentativité. En vue de laisser les structures syndicales qui sont au plus près du terrain décider de l’organisation de leur action, la Confédération a finalement assumé leur éventuelle participation au jeu électoral et aux six critères venant compléter cette réforme. De nombreux gardes fous détaillés dans la motion de synthèse conditionneraient cette possibilité : déclarations de principe, participation strictement utilitariste (protection d’un militant, développement de la section, etc.), contrôle par le syndicat, par l’Union régionale, comptes-rendus systématiques aux CCN.

Dans cette même motion de synthèse, la Confédération «invite ses syndicats à développer une critique et une dénonciation radicale de ces dispositions venant renforcer la cogestion patronat-état-syndicats». En réponse à cette invitation, nous n’engagerons pas ici la critique de la notion de représentativité, dont toute l’histoire et toutes les tentatives collectives pour y accéder montrent qu’elle n’est qu’un moyen d’intégrer la révolte sociale, la lutte des classes, à la cogestion domestiquée d’un système oppresseur. D’ailleurs, nombre de militant(e)s ont adhéré à la Confédération sur la base de ce constat.

C’est bien plutôt sous l’angle des orientations stratégiques que nous entamerons une critique radicale, quitte à mettre en porte-à-faux notre propre Confédération.

Une organisation syndicaliste de nature révolutionnaire tire de l’expérience et de l’analyse théorique qu’il est suicidaire, à plus ou moins court terme, d’engager son orientation sur la base des armes fournies par l’adversaire. Par conséquent, une telle Confédération axera sa réflexion, non pas sur les garde-fous censés éviter la dérive de ceux qui utiliseraient l’idéologie de l’oppresseur, mais résolument sur le développement et l’analyse consciencieuse des alternatives et des armes qu’elle s’est forgée au cours de son histoire, ou qu’elle s’est appropriée à partir de ses références historiques, afin que l’ensemble de ses structures puisse les utiliser, les expérimenter, et en rendre compte. Qu’un syndicat ou une section syndicale, ici ou là, adopte ponctuellement une stratégie «de la représentativité» importera alors bien peu : parce qu’il sera porté par une orientation collective en rupture avec cette stratégie.

Il n’est donc pas question ici d’un positionnement pour ou contre une stratégie de la représentativité à un niveau local, mais bien plutôt de s’émanciper collectivement de cette fausse question grâce aux orientations stratégiques alternatives insufflées par la Confédération.

Les camarades qui pencheraient en faveur de cette brève analyse devront se faire violence et reconnaître alors que leur propre Confédération vient de tomber dans le piège qu’elle croit éviter : elle vient en effet de passer toute une partie de son temps de Congrès (2 heures 30 de discussions intenses, 6 heures de commission) pour mettre en place collectivement les garde-fous d’une stratégie de la représentativité. En comparaison, la motion sur les coopératives dont il est question ci-dessous n’aura pris que quelques minutes de discussion…

Pour compléter cette critique, le sujet peut être examiné au travers de la nature des choix stratégiques d’une Confédération que l’on peut décliner selon deux modes : ceux de nature défensive et ceux de nature offensive. Clairement, et en dépit des illusoires opportunités qu’offrirait la réforme sakorzienne de la représentativité syndicale, la motion de synthèse adoptée au Congrès de Lille est une stratégie de nature défensive : bien qu’elle dénonce la réforme, elle offre peu (ou pas selon l’humeur de chacun) de perspective émancipatrice du système ; ou en tout cas, elle ne s’engage pas résolument vers des alternatives possibles qu’elle se contente de mentionner, comme si elles faisaient partie d’utopies lointaines, voire même inapplicables.

À l’inverse, l’adoption, à ce même Congrès de Lille, de la motion sur les coopératives en réponse aux délocalisations est un bon exemple de stratégie offensive : au contraire de la lutte sans avenir de la négociation à la prime de départ, la lutte collective qui porte en perspective la proposition de reprise de l’outil de travail possède en germe un élément émancipateur immédiatement accessible ; pour peu que le rapport de forces soit favorable, l’alternative devient concrètement réalisable et en phase, nous semble-t-il, avec les vues de transformation sociale dont se prévaut la Confédération.

En conclusion, la Confédération est à l’heure d’un choix : celui d’adopter collectivement les pratiques encadrées par une réforme systémique sous prétexte de développement, ou celui de la rupture définitive avec ces pratiques aliénatrices sans avenir pour construire un autre futur ; non pas demain, mais tout de suite.

Union locale CNT de Nancy, 9 novembre 2008.

Publié dans Colère ouvrière

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