Du vide entre les oreilles...

Publié le par la Rédaction


Depuis une petite semaine, l’État et ses affidés mènent une campagne de désinformation et criminalisation des milieux libertaires non-conformes, rebaptisés anarcho-autonomes, qui restera sans doute comme un cas d’école du genre, à l’instar des couveuses débranchées de Koweit City ou du charnier de Timisoara. Si Michèle Alliot-Marie ou le procureur Marin savent parfaitement qu’ils mentent dans leurs déclarations et pourquoi ils le font, il faut bien constater que les media de la presse écrite ou audiovisuelle, indépendamment d’un évident tropisme idéologique, ne relaient bien souvent la désinformation que par logique économique et par bêtise crasse [Lire à ce propos l’excellent texte de Claude Guillon]. Guetter leurs petites déjections écrites permet ainsi parfois de tomber sur des perles, qui égaient les longues soirées d’automne sans télévision. Il en est ainsi de «l’épicerie tapie dans l’ombre» des journalistes de France 2. Il en est également ainsi d’un article du Point.fr du 12 novembre 2008.

L’article en lui-même n’est guère en cause puisqu’il s’agit d’une interview de Jean-Yves Camus sur la notion d’ultra-gauche. Par contre, le détail amusant qui démontre une fois de plus le bien-fondé de tout le mal qu’on peut penser de l’éthique et du professionalisme de certains salariés des média réside dans la photo. Il fallait en effet une photo-choc pour illustrer cette interview, une photo de violences urbaines. Imaginerait-on des militants d’ultra-gauche en train de tenir une épicerie dans une zone rurale fragile, donnant des cours de soutien scolaire et faisant pousser des légumes dans un potager bio ? Alors la personne chargée du site Le Point.fr a cherché la photo qui va bien et elle l’a trouvé. On y voit quatre ou cinq jeunes gens, masqués, en train de lancer des projectiles. Des méchants, madame Bouchemu, du genre de ceux qui ne vous tiennent pas la porte dans le métro. Oui, oui, oui. Puis, pour faire bonne mesure, notre petit(e) salarié(e) a rajouté le commentaire suivant : «L’ultra-gauche est constituée de quelques centaines d’individus à l’échelon national, le plus souvent issus de la bourgeoisie éduquée © OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP». Bien, bien. Tout le fiel et le comique sont dans «bourgeoisie éduquée». Car cette photo a en effet bien été prise lors d’un mouvement étudiant. Cette petite caractérisation est d’ailleurs sans doute la seule once de vérité dans le commentaire de cette photo puisqu’il s’agit de militants nationalistes, du Rassemblement des Étudiants de droite (RED) et du Renouveau français (RN), «manifestant» contre le mouvement étudiant d’opposition au CPE de mars 2006. Des représentants du meilleur cru de la «bourgeoisie éduquée» en somme. Mais nous sommes tatillons : après tout, illustrer un article sur «l’ultra-gauche» avec une photo d’authentiques militants d’extrême droite soutenant violemment la politique libérale du gouvernement, quelle importance ?


Il y en a sans doute au moins un que cette photo aura bien fait rire (à part nous), c’est Jean L., que l’on peut voir s’entraînant avec quelques années de retard au lancer du marteau pour les JO de Berlin. C’est sans doute bien la première fois qu’il se retrouve ainsi placé sur l’échiquier politique. Il ne mérite pas ça.

Réflexes, 16 novembre 2008
Site d’informations antifascistes.

Publié dans La police travaille

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