Perle, fouteur de guerre

Publié le par la Rédaction


Quand Richard Perle n’est pas occupé à engranger les dividendes des guerres qu’il a contribué à provoquer, ce spécialiste de cuisine française savoure en toute simplicité sa villégiature de Gordes, dans le Luberon… Portrait d’un faucon en plein vol.

Connaissez-vous M. Perle ? Ce Dr Mabuse de la stratégie américaine, surnommé «Prince of darkness» est aussi qualifié de «War architect», rien que ça ! Le récent conflit en Géorgie lui a permis d’endosser sa panoplie d’expert lors d’une interview sur la chaîne France 24 (18 août), où il n’a pas craint de recourir à des comparaisons peu diplomatiques entre l’intervention russe et l’invasion des Sudètes par Hitler. En réponse à l’influence de la Russie, il prône l’intégration de l’Ukraine et la Géorgie dans l’Otan, «au plus vite». De quoi fomenter les prochains conflits de l’Empire… Et pas besoin d’être un grand stratège pour flairer que le corridor caucasien intéresse au plus haut point ses petites affaires.

Le Wall Street Journal du 29 juillet annonce que Richard Perle négocie en douce avec une compagnie pétrolière privée turque, AK Group International, pour forer dans la zone kurde irakienne et prospecter au Kazakhstan. En gros, il essaie de se tailler des parts de gâteau à la limite de la légalité et du respect de la souveraineté de l’État irakien. Le journal implique également dans le deal un lobby pro-turc, l’American Turkish Council (aux multiples activités criminelles selon le FBI et la CIA) et un certain Alexandre Mirtchev, conseiller du président ultra-corrompu du Kazakhstan, Nazarbayev, que Perle décrit comme un «visionnaire et un sage», presque un démocrate quoi ! À ces révélations, Perle fournira un démenti évasif et partiel comme quoi il n’est pas «partie prenante dans un consortium comprenant M.Mirtchev»

Tout ceci est quelque peu confus et finalement pas très spectaculaire mais bien révélateur des pratiques du faucon affairiste. Ce n’est pas la première fois que Perle se mélange les casquettes et se taille des commissions juteuses grâce à son expertise d’ex-conseiller auprès du Pentagone durant la première administration Bush. Le 9 mars 2003, le New Yorker révélait un conflit d’intérêt auprès d’investisseurs saoudiens  : «Perle fut en réalité l’un des premiers capitalistes du désastre de l’après 11-Septembre — à peine deux mois après les attentats, il créait Trireme Partners, société de capital-risque qui investirait dans des entreprises mettant au point des produits et des services liés à la défense et à la sécurité intérieure.
» [Naomi Klein, La Stratégie du choc, Actes Sud, 2008] En guise de défense, Perle avait taxé Seymour Hersh, le journaliste du New Yorker, de «terroriste». Une méthode de disqualification de l’adversaire que ce partisan de la stratégie du choc manie à l’envi. L’affaire avait toutefois quelque peu gâché sa satisfaction de voir les USA envahir l’Irak. Il faut dire qu’il avait mouillé le maillot dans la constitution des motifs d’invasion autour des prétendues armes de destruction massive ou de la collusion fantasmée entre Saddam Hussein et Oussama Bin Laden. Récemment encore, il n’hésitait pas à affirmer avec un certain aplomb et contre toute évidence que Saddam était lui-même responsable de «l’impression [qu’il avait donnée] de posséder les armes de destruction massive, en tout cas du fait qu’il n’ait rien fait pour nous en dissuader.» (France 24, le 18/08)

Après avoir frayé avec tous les think-tanks néoconservateurs depuis la présidence Reagan, on se doute que Richard Perle est expert en rhétorique retorse. Ainsi, dès 1997 il collabore au Projet pour un nouveau siècle américain, avec Dick Cheney et Paul Wolfowitz, dévoué à renforcer à tout prix la politique de défense américaine. Un des documents, Rebuilding America’s Defense, stipulait en 2000 que «le processus de transformation [de la stratégie américaine], même s’il conduit à des changements radicaux, est susceptible d’être long, à moins d’un événement catastrophique et catalyseur — à l’instar d’un nouveau Pearl Harbor». Autant dire que le 11-Septembre a objectivement fait l’effet d’une divine surprise pour ces profiteurs de guerre.

Mais l’influence de Perle ne se limite pas à celle d’éminence grise. Les médias sont friands de ses commentaires à l’emporte-pièce. Comme l’observe Naomi Klein, «des personnes comme Richard Perle […] façonnent des politiques, fournissent des conseils au plus haut niveau et s’expriment devant les médias comme s’ils étaient des spécialistes et des hommes d’État impartiaux, alors qu’ils participent pleinement aux affaires de la guerre et de la reconstruction privatisées.» [Ibid.] Ce contre quoi Perle s’est toujours insurgé : «L’hypothèse que mes opinions pourraient avoir un rapport avec les investissements dans la sécurité intérieure est un non-sens absolu», s’offusquait-il sur CNN en mars 2003. Un expert ? En foutage de gueule, oui !

CQFD no 59, septembre 2008.

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