"Outrage" à Sarko : après l'audience en appel

Publié le par la Rédaction


La justice demande 1000 euros d’amende à Romain Dunand pour outrage à N. Sarkozy

Romain Dunand vient d’être jugé en appel le 23 octobre dernier pour outrage envers Nicolas Sarkozy. Le parquet a requis une peine plus sévère. Interview.

Quel était votre état d’esprit avant ce procès en appel ?
J’ai travaillé au mieux à ma défense, de façon collective, au sein de mon syndicat la Confédération nationale du Travail (CNT), ainsi que du
réseau Éducation sans frontières (RESF). Avec la création du Collectif pour une dépénalisation du délit d’outrage (CODEDO), la presse s’est emparée de l’affaire. Les témoignages de solidarité ont été très forts humainement : la pétition de soutien initiée par des personnalités a recueilli plus de 3000 signatures ; le jour de l’audience des rassemblements ont été organisés dans plusieurs villes de France (Paris, Besançon, Montpellier, Rennes, Grenoble, etc.).

Quel est votre sentiment concernant les réquisitions du procureur qui demande un alourdissement de l’amende ?
La procureur est dans son rôle. Pour notre part, avec Marianne Lagrue — mon avocate —, Emmanuel Terray — anthropologue et militant du 3e collectif des sans-papiers —, et Maurice Rajsfus — historien au vécu marqué par la rafle du Vel d’Hiv —, nous avons enrichi le débat à l’occasion de cette audience en appel. Nous avons montré qu’il est ridicule de réduire un message de solidarité à un soi-disant «outrage». D’ailleurs, Florimond Guimard, le manifestant dont je demandais la fin de la garde-à-vue dans le message incriminé a été en fin de compte relaxé par la justice. Et la cause des «sans-papiers» reste, comme par le passé, un combat acharné au quotidien.

Ne va-t-on pas trop loin avec le délit d’outrage ?
Cela pose effectivement de vraies questions juridiques et politiques : pour le dire simplement, on a l’impression que cette disposition pénale est essentiellement un moyen de répression, en permettant de «couvrir» certains abus de pouvoir, policiers notamment.

Vous avez créé un collectif afin de dépénaliser le délit d’outrage. Comment est né ce projet ?
De la rencontre avec Jean-Jacques Reboux, écrivain lui-même poursuivi pour outrage après avoir subi des violences policières. On a écrit ensemble le livre Lettre au garde des Sceaux pour une dépénalisation du délit d’outrage (éditions Après la lune). Cela nous a permis de rencontrer d’autres personnes poursuivies pour ce délit ubuesque.

Comment comptez-vous agir ?
En contribuant à la défense des personnes qui se voient traînées devant les tribunaux, en relayant l’information sur différentes affaires, en continuant d’alimenter le débat public. Le Syndicat de la Magistrature (SM), celui des Avocats de France (SAF) sont sensibilisés. On parle d’un projet de loi abrogeant le délit d’outrage, puisque le Code pénal comporte déjà l’infraction d’injure. Mais nous n’avons pas d’illusion sur ce plan là : la question est sociale, et c’est par les rapports de forces que les choses changent.

Pensez-vous que la liberté d’expression est en recul en France ?
On sait bien que nous sommes dans une société de la sanction plutôt que du dialogue. Il y a d’un côté la parole officielle et intégrée au système, et de l’autre la censure et la répression. Dans notre région, un remake de mon procès se prépare déjà : celui de Simone Levavasseur, militante du collectif Raba à Vesoul qui avait établi un parallèle avec «le début des années 1940» en protestant contre l’expulsion d’une jeune femme géorgienne auprès du préfet de Haute-Saône. Pour donner un autre exemple local, j’avais moi-même été licencié pour un simple tract syndical qui révélait publiquement une maladie professionnelle : le patron en cause était une association «de gauche», La Fraternelle de Saint-Claude, condamnée depuis pour «faute inexcusable» par le tribunal de la Sécurité sociale. Il y a des vérités qui font mal et, face au tout-réactionnaire, c’est à chacun de faire usage de nos libertés supposées, et de reconstruire sans cesse des espaces démocratiques et des solidarités collectives.

Propos recueillis par Stéphane Rabut
La Voix du Jura, 30 octobre 2008.

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