Ça se passe près de chez vous...

Publié le par la Rédaction


Ceci n’est pas un dépliant publicitaire et pourtant c’est un jour comme les autres. Ne vous faites donc pas de soucis ; le temps est aussi pluvieux qu’ailleurs, votre travail aussi barbant, votre chef a aussi mauvais caractère et vos factures sont aussi salées que d’habitude. Tout va bien, il n’y pas l’ombre d’une liberté…

Ne vous posez pas trop de questions.

Vous vivez dans une maison moyenne, vous ne menez pas grand train, mais n’êtes pas dans la misère non plus ; devant cette maison se trouve un jardin bien tondu, selon les règles de l’art, et calqué sur celui de vos voisins ; mesuré, sans fioritures, mais surtout sans mauvaises herbes. À l’école, vos enfants subissent le même nivellement, le même processus de conformisation. Vous épluchez leurs bulletins à la recherche de talents cachés et oubliez que là-bas seule la médiocrité est récompensée par de bons points. Le premier de la classe est médiocre par excellence.

Mais, en fait, vous aussi vous vous évaluez selon la même échelle sociale : celle du voisin exemplaire, du travailleur modèle et du serviteur impeccable. Dans ce jeu de rôle, nous nous privons sans mesure : nous coupons dans nos désirs, nous restreignons nos rêves et étouffons dans la peur chaque élan vers la liberté.

Peur des regards désapprobateurs du voisinage, d’un mauvais bulletin, d’être montré du doigt au travail, du licenciement, des dettes contractées à la banque, des factures impayées, des huissiers, des contrôleurs, des amendes.

Peur, finalement, de finir aux oubliettes de Sint-Andries. Car, à deux pas de chez vous, cet énorme complexe pénitentiaire jette son ombre sur votre liberté mesurée : comme une menace en évidence. Une prison n’est JAMAIS uniquement construite pour ceux qui la peuplent. Elle est toujours là, à vous chuchoter à l’oreille que, pour vous aussi, il reste une place de libre.

Là-bas, à côté de chez vous, ils construisent des cages depuis des mois : un quartier d’isolement avec des cellules d’isolement. Les prisonniers qui n’acceptent pas leur emprisonnement ni les abus des gardiens, y recevront à partir d’aujourd’hui un «traitement spécial». Une promenade par jour dans une cage fermée, aucun contact avec les autres prisonniers, des visites limitées sous un contrôle sévère. Le mois passé, Farid Bamouhammad a été transféré dans ce quartier de la prison de Bruge et a été battu par les gardiens. Il souffre encore de ses blessures et le médecin de la prison refuse de le soigner.

Ça se passe à côté de chez vous… un homme est tabassé et enterré vivant, parce que la liberté lui tient plus à cœur que la peur. La même peur qui vous remet au pas. La même liberté qui se trouve à votre portée.

Toujours du côté des prisonniers rebelles !

Tract distribué dans le quartier entourant la prison de Bruges
Tout doit partir no 3, octobre 2008
Liquidation totale de ce qui nous détruit.

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