Les trotskistes travaillent

Publié le par la Rédaction

Des affamés ont pique-niqué au supermarché

Comment faire face aux faims de fin de mois ? Une solution, pique-niquer dans un supermarché. Samedi 27 septembre, le Nouveau parti anticapitaliste d’Olivier Besancenot, organisait un pique-nique géant au Carrefour de Saint-Denis. Ambiance généreuse et bon enfant.

Ils avaient tout de simples clients dans ce supermarché Carrefour de Saint-Denis, passant de rayon en rayon pour remplir leur caddie de produits alimentaires de toute sorte. Mais ces clients-là ne passeront pas à la caisse. «Onze heures… allez, c’est parti !» : sortie d’on ne sait où, une nappe est déployée sur un présentoir, table improvisée où, en quelques secondes, sont installés tous les produits récoltés : «La grande distribution grignote notre pouvoir d’achat, grignotons-là !», peuvent entendre des clients stupéfaits, auxquels il est tout simplement proposé de venir se servir aux frais de Carrefour.

Peu oseront, malgré les encouragements des membres du collectif L’appel et la pioche, organisateurs de cette action. Une joyeuse cohue se forme toutefois assez vite, entre ces militants festifs qui, entre deux slogans, servent boissons et gâteaux, les clients curieux qui se pressent («C’est pour une promotion ?»), quelques journalistes et des vigiles un peu déconcertés. C’est la deuxième fois que le collectif L’appel et la pioche mène une opération de ce type dans un supermarché de Paris ou de sa proche banlieue.

Ce «comité précarité», associé au processus de formation du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) annoncé par Olivier Besancenot, regroupe des militants en situation précaire : chômeurs, travailleurs pauvres et étudiants aux fins de mois difficiles. «Carrefour a augmenté ses prix de 9% en huit mois» s’exclame Simon, 22 ans, tout en invitant des enfants — moins farouches que maman — à se servir dans un paquet de bonbon. Pour lui, ces opérations «pique-nique en supermarché» sont une réponse aux marges excessives réalisées par la grande distribution sur les produits alimentaires : «C’est de la désobéissance civile, oui, par rapport à quelque chose qui n’est pas acceptable.» Sur le tract distribué aux clients, plusieurs revendications qui rejoignent le programme de la gauche radicale : hausse des salaires de 300 euros pour tous, gel des prix, taxations des profits de la grande distribution, suppression de la TVA sur les produits de première nécessité… et un appel à rejoindre le processus de construction du NPA.


Un peu dépassés au début, les vigiles arrivent peu à peu à évacuer les militants, lesquels ne recherchent pas l’affrontement «Ils étaient gentils ! Ça s’est beaucoup mieux passé que la dernière fois, où les vigiles avaient recouvert notre table avec une bâche, et s’étaient montrés bien plus agressifs qu’aujourd’hui», remarque une participante. Simon veut rencontrer le gérant du magasin. Mais «ça n’est pas possible».

Si, on s’en doute, l’action n’est donc pas du goût de Carrefour, les clients, eux, semblent la voir d’un assez bon œil. Karim, client régulier de ce magasin, dit partager le constat des militants : «Trop chère, la vie. À la fin du mois, c’est plus possible.» Un autre se réjouit : «C’est bien qu’il y ait des gens pour agir. Tout le monde se laisse faire, ça peut plus continuer.» Une membre de L’appel et la pioche confirme : «Au début, les gens sont très surpris, n’osent pas ce servir. Mais généralement ils voient plutôt ça d’un bon œil, prennent nos tracts, nous remercient parfois.»

Les caméras étaient nombreuses aujourd’hui à couvrir l’opération. L’initiative étant appelée à se répéter à chaque fin de mois. «Quand ça commence vraiment à devenir difficile pour tous ceux qui, comme nous, vivent dans la précarité.»

Dominique Albertini - Bakchich, 29 septembre 2008.

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