La police évacue le plus vieux squat de Paris

Publié le par la Rédaction


Le boulevard bouclé dès l’aube, des dizaines de policiers (en tenue de maintien de l’ordre) mobilisés et plusieurs bus ainsi que des camions de déménagement en place… Hier matin, «par mesure de sécurité», la préfecture de police a entamé l’évacuation d’un immeuble vétuste situé au 150, boulevard Vincent-Auriol (XIIIe) : le plus vieux squat de Paris ! L’ancienne Maison des étudiants de Côte d’Ivoire (ex-propriété de l’État ivoirien rachetée par des marchands de biens qui ne l’ont jamais entretenue) faisait l’objet d’une ordonnance d’expulsion depuis… 1972.

Selon les estimations des services sociaux, 182 personnes (dont 36 enfants), toutes d’origine ivoirienne, habitaient dans les chambres délabrées du bâtiment de sept étages ; 84 d’entre elles ont été évacuées en bus vers des hôtels meublés situés dans le XIe arrondissement, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne mais aussi pour certaines familles dans l’Essonne à plus de 50 km de Paris et du lieu de travail des occupants. «C’est une solution provisoire», ont indiqué les responsables des opérations en précisant que l’évacuation n’a concerné que les résidants prioritaires en termes de sécurité : ceux habitant dans les étages élevés ou dans les chambres donnant sur la cour qui n’auraient pas pu être secourus en cas d’incendie.

La procédure d’urgence contestée

Situé à quelques centaines de mètres du 20, boulevard Vincent-Auriol (un autre immeuble vétuste où dix-sept personnes ont péri dans un incendie en 2005), le squat évacué hier était dans le collimateur des autorités depuis longtemps. Installations électriques vétustes, cage d’escalier en bois, absence de ventilation, fragilité des sols… L’été dernier, une expertise indépendante demandée par le tribunal administratif avait conclu à l’existence d’un danger imminent pour les occupants. L’évacuation du squat décidée en urgence (l’arrêté de péril a été affiché vendredi) a pourtant choqué beaucoup d’observateurs. «Ça fait trente ans que cet immeuble est laissé à l’abandon par ses propriétaires. Mais y avait-il vraiment une urgence à l’évacuer aujourd’hui ?» interroge Jean-Baptiste Eyraud, le président de Droit au logement. «On aurait pu attendre que les procédures de relogement récemment lancées par la mairie soient achevées.»

Après des années de batailles juridiques avec les propriétaires du squat, la Ville a voté en décembre une déclaration d’utilité publique pour racheter l’immeuble, le réhabiliter et y faire des logements sociaux. Mais la procédure, très complexe, est encore en cours. «On aurait pu attendre qu’elle aboutisse et que les occupants du bâtiment soient relogés avant de procéder à cette expulsion brutale», s’indigne Catherine, une militante du comité de soutien aux familles.

Le Parisien, 26 septembre 2008.
 

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