Témoignage d'un prisonnier de Rouen

Publié le par la Rédaction

Sur la mort d’un détenu début septembre

Dans la nuit du 10 au 11 septembre 2008, à la Maison d’Arrêt de Rouen, s’est produit un drame comme il s’en produit si souvent en détention : un détenu suicidaire a pété les plombs et tué Idir, son codétenu. Cette fois-ci ça a fait un peu de bruit, mais les autorités vont tout faire pour étouffer l’affaire avec des fausses réponses, avant que le rideau opaque ne retombe sur la prison. On nous parlera de la détention des «fous», et de la nécessité de les isoler ; alors que celui qui ne rentre pas en taule déjà fou, doit lutter pour ne pas le devenir. On nous parlera du besoin de rondes plus fréquentes, mais sans à peine remettre en cause les conditions de détention. Encore moins la détention elle-même.

Quand les gestionnaires de ces lieux de mort s’inquiètent d’éventuels suicides, c’est uniquement qu’ils ont peur du scandale. Leur seule solution sera d’augmenter les doses de cachetons. Au mitard ils sauvent le détenu suicidaire en le foutant à poil pour qu’il ne trouve le moyen de se pendre. L’administration gère le flux des prisonniers, et les case où elle veut en jouant éventuellement les agences matrimoniales selon ses critères.

À la privation de liberté vient s’ajouter la promiscuité forcée avec d’autres détenus avec qui tu dois t’entendre. Dans un environnement plein de frustrations, une embrouille part vite. À trois dans une cellule de moins de 10 mètres carrés, pas moyen de s’esquiver : ça finit donc parfois violemment. Idir avait demandé à changer de cellule. Mais en prison, comme souvent ailleurs, tu n’obtiens que ce que tu arrives à arracher. Et exiger une cellule seul peut te conduire au mitard. Tu n’es rien de plus qu’un numéro aux mains d’une administration toute puissante et ses matons-soldats dociles. Et ils auront beau te dire poliment bonjour, ils sont là pour t’écraser. Quand on te traite en chien, tu peux finir par le devenir… chien soumis ou chien enragé.

Quand éclate la folie, la rage, le désespoir, la rancune, c’est dommage que ce ne soit pas toujours à la gueule de nos véritables ennemis.

À bas l’enfermement !
Vive la révolte !

Un détenu de Rouen
Indymédia Nantes, 23 septembre 2008.

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