Amap : le panier déborde

Publié le par la Rédaction


La vente de viande et de légumes par souscription a le vent en poupe. Les Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne fonctionnent bien dans le Jura et les producteurs croulent sous les sollicitations.

«Je ne sais pas si j
ai envie que vous parliez de moi» lance Emmanuel Kovaric. «Vous savez, je ne peux pas satisfaire toutes les demandes.» Installé à Grusse depuis 2004, le maraîcher a demblée orienté son activité sur la vente directe. Dès lannée suivante se constituait autour de lui lAmap des Jardins du Sud Revermont. Une association pour le maintien dune agriculture paysanne qui devait très vite connaître un succès fou. À tel point quaujourd'hui, la liste dattente compte une vingtaine de familles. «Et on ne prend plus personne. Maintenant, jenvoie les gens vers des collègues qui projettent de sinstaller prochainement» explique Emmanuel Kovaric. Dailleurs, ce dernier participe activement à la formation et à laccompagnement de jeunes désireux dentrer dans la profession.

À l
instar de Pierre Adami, adhérent de la première heure, les consommateurs recherchent à la fois des produits de qualité, des circuits courts mais aussi lintérêt financier de la démarche. En loccurrence, le maraîcher de Grusse pratique lagriculture biologique à des «prix justes». «Les produits sont diversifiés, ils se gardent mieux, on peut davantage étaler la consommation» estime ce père de famille. Comme lui, ils sont chaque année plus nombreux à se tourner vers des producteurs locaux avec lesquels se nouent des relations de confiance, des contacts quasi amicaux même à en juger par lambiance qui règne à la distribution des paniers garnis. «Cest une formule davenir» estime André Régler, qui met en relation producteurs et consommateurs autour de Bletterans.

Relocaliser l
économie

Sur les tablettes de ce «citoyen militant», une quinzaine de personnes non satisfaites. «Les expériences servent d
exemple» estime-t-il. Et font des émules. Très bientôt, «le coût des transports va nous obliger à relocaliser toute léconomie». Et les Amap ont toutes les chances de continuer de fleurir un peu partout.

À Nevy-sur-Seille, Elke-Ingrid Schuppert et Benjamin Fisher, éleveurs bio, exercent depuis sept ans avec cette même philosophie qui consiste à s
exclure autant que possible des filières commerciales traditionnelles. «Pour nous, il était inconcevable de vendre autrement quen direct» explique la jeune femme. Très vite, le bouche à oreille a fonctionné. LAmap des Essertines, qui sest constituée il y a quatre ans maintenant, a permis au couple de bénéficier dune clientèle fidèle dune cinquantaine de familles. Lassociation représente aujourd'hui 40% de son chiffre daffaires. Leur carnet de commandes nest pas encore à saturation. Toutefois, compte tenu des obligations quils simposent en termes de qualité de production (une dizaine de porcs et une vingtaine de vaches pour un peu plus de 32 hectares de terrain), les possibilités restent limitées.

Pour lheure, le territoire jurassien ne recense quune petite demi-douzaine dAmap. Mais lengouement que ce concept dengagement réciproque suscite devrait encourager de nombreuses initiatives. Quelques unes, dailleurs, sont en passe de se lancer.

De nouvelles perspectives pour la profession

«Jamais nous n
avons eu autant de demandes de formation en maraîchage que depuis que les Amap existent» indique Michel Guilleminot, responsable de la formation en agriculture biologique au Centre de formation professionnelle et de promotion agricoles (CFPPA) de Montmorot. Et ces dernières années, de nombreux stagiaires, à linstar dEmmanuel Kovaric à Grusse, ont fait le choix de sinstaller en adhérant au concept. Ce qui les intéresse : «La sécurité commerciale, lavance de trésorerie que permet le système, le contact avec le consommateur et lidée dun développement local». Si bien que lessor savère considérable et que les listes dattente de consommateurs sallongent singulièrement. Offrant de nouvelles perspectives aux porteurs de projets mais aussi suscitant au passage quelques vocations semble-t-il.

Repères
Le concept Amap
Ce qui distingue les Amap d’autres formules du type «panier bio» ou «panier paysan», ce sont les engagements pris de part et d’autre.
Le consommateur s’engage financièrement à travers l’achat à l’avance d’une partie de la récolte sur une période donnée. Il s’engage économiquement et moralement à travers la solidarité avec l’agriculteur dans les aléas de la production (partage des risques). Il participe à la vie de la structure au travers de la gestion des souscriptions, l’organisation des distributions de paniers, la communication.
Pour sa part, le producteur s’engage à fournir des produits de haute qualité. Il doit s’investir dans la vie du groupe et assurer une transparence sur le fonctionnement de son exploitation.
Quelques contacts
Amap des Essertines (viande de veau, porc et bœuf), Jean-Michel Ronzand : 03 84 73 75 23.
Amap des jardins du Sud Revermont, Alexandre Bonnamour : 03 84 25 17 01.
Amap du pays dolois, Bruno Artel : 03 63 36 23 42.
Autour de Bletterans, André Règler : 03 85 72 30 92.
En projet d’installation pour 2009 à Frontenay, Lionel Masson : 06 74 46 13 26.

Karine Jourdant - Le Progrès (édition du Jura), 9 septembre 2008.

Publié dans Terre et environnement

Commenter cet article