Ils sont à Vichy, soyons pirates !

Publié le par la Rédaction


Les 3 et 4 novembre prochain, le chef du sinistre Ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale organise à Vichy, une rencontre au sommet de tous les ministres de lIntérieur et de la Justice de lUnion européenne. Dans cette tâche laborieuse des quotas à mettre en place, des forteresses à ériger, des avions et des bateaux à affréter, des polices à mobiliser pour les expulsions de sans-papiers, Hortefeux et les 26 sinistres européens seront accompagnés de 200 personnes (députés, sénateurs, représentants du Comité économique et social européen, représentants des régions…). Des «propres sur eux» de droite comme de gauche.

Depuis l
avènement de Nicolas Sarkozy, toute allusion, tout rapprochement entre son gouvernement et celui de lAn 1940 du Maréchal Pétain est répréhensible. Celles et ceux qui osent rapprocher les deux époques sont susceptibles dêtre conspués, poursuivis par la Police, condamnés par la Justice…

En convoquant ce sommet à Vichy, ville symbole du gouvernement pétainiste et de cette sombre époque de chasse à l
intru, cest Hortefeux lui-même qui provoque les rapprochements. Tout comme Sarkozy, qui jaquetait pendant sa campagne que «le travail rend libre». Cest cette phrase qui était au fronton du camp nazi dAuschwitz, en Pologne. Ce nest pas nous non plus qui avons repris le principe de la «rétention de sûreté» chère à Rachida Dati en 2007, promulguée par ailleurs par Adolf Hitler en novembre 1933.

Nous vivons une période nauséabonde où la politique xénophobe des États européens rappelle celle où le racisme était clairement revendiqué, alors… rassurons-les quand même. S
ils ne sétaient pas réunis à Vichy pour ce sommet, ont les aurait allumé aussi. Mais devant cette provocation vichyste, notre mot dordre est «à labordage».

Vichy, Travail-Famille-Patrie

Hortefeux va ainsi consolider le symbole que représente cette ville par rapport à la politique de collaboration avec le régime nazi et de la criminalité étatique des politiques anti-étrangers. Cette dénomination du «Ministère de l’Immigration et de l
Identité nationale» aurait sûrement satisfait le gouvernement Pétain, installé dans lhôtel du Parc. Cest dans cette ville que fut décidée et mise en œuvre la politique de collaboration avec le régime nazi. Elle sest traduite, entre autres, par linternement en France puis la déportation dans les camps de concentration de milliers de personnes sous prétexte quelles étaient juives, espagnoles ou italiennes antifascistes, homosexuelles, tziganes, handicapées, communistes, anarchistes, résistantes… Cest de cette ville que, comme les autres fonctionnaires, Papon recevait les ordres pour organiser les déportations de personnes à Bordeaux. Cest de cette ville que fut dirigée la Milice française. Comment alors ne pas faire le lien entre la politique de Vichy et celle du gouvernement de Sarkozy, du moins concernant le traitement des immigrants ?

Vichy, Ministère européen des Expulsions

Comment accepter de laisser pavoiser tranquillement les 27 patrons de la chasse à l
immigré ? Le ministre italien organise le fichage des Roms, puis après quoi ? Le ministre français organise les rafles détrangers, puis après quoi ? On sait toujours où commence un outil de répression, on ne sait jamais où et quand il se termine. Pour exemple, le camp de Rivesaltes, fermé depuis 2007. Cet ancien camp militaire a été transformé en camp «daccueil» pour les réfugiés espagnols. Ensuite, le gouvernement de Vichy y enferma des Juifs… en attendant leur déportation. Puis arrivèrent les prisonniers de guerre allemands et italiens. Pendant la guerre dAlgérie, des Algériens y furent également internés. De 1962 à 1977 des Harkis y furent «accueillis» etc. De 1986 à 2007, ce camp a été transformé en Camp de Rétention Administrative (CRA). Pendant ces années, de nombreux sans papiers y ont été retenus en attendant leur expulsion. Fin 2007 alors que les camps de «rétention» se multiplient, le centre a été déménagé car un Musée-Mémorial de «repentance» est en cours de construction sur le site. Les sans papiers enfermés y seront-ils oubliés ?

Nous avons déjà assez supporté la vindicte policière, le racisme latent des gouvernants et leur cynisme, les conditions inhumaines de rétention, la double peine… Il faut dire non et nous mobiliser contre cette conception du monde qui conduit à faire mourir des milliers de gens lorsqu
ils tentent de rentrer dans lespace Schengen et à en traquer les rescapés. Il faut briser la machine à expulser !

Vichy ya basta !

On ne pourra jamais empêcher des hommes et des femmes de vouloir émigrer et peu importe les raisons qui les poussent : misère, guerre, famine, épidémie, catastrophe naturelle, amour… Cessons cette démagogie qui consiste à dire qu
on va fermer les frontières : cela conduit à une chasse inhumaine, et cest impossible ! De plus la clandestinité profite aux patrons. Des travailleurs sans papiers ont entamé un mouvement de grève avec occupation des lieux de travail afin dêtre régularisés. Cette lutte rend visible le fait que les sans-papiers ne sont pas essentiellement des gens qui se cachent par peur du gendarme, mais des êtres humains essayant de vivre dans les conditions imposées par lexploitation capitaliste. Cette survie est dautant plus dure que leur statut administratif ne leur donne aucun droit, si ce nest celui de payer des impôts, des charges sociales (sécurité sociale…), avec en bonus la peur de croiser les flics à chaque coin de rue.

Les sans-papiers sont instrumentalisés pour renforcer la précarité et donc faire pression sur le marché du travail en faveur des capitalistes. En outre la chasse aux sans-papiers permet de mettre en place un arsenal législatif de plus en plus répressif. Cela légitime le renforcement du contrôle de la population (fichage…). Ainsi, lutter contre l
exclusion sociale, la précarité, la restriction de la liberté individuelle suppose de se mobiliser pour la régularisation globale de tous les sans-papiers.

Depuis près de cinq ans, le
Réseau Éducation Sans Frontières, récemment accusé, comme dautres, par le gouvernement dêtre dangereux pour lordre public, a montré que les sans-papiers peuvent être aussi des parents délèves, des élèves ou des étudiants. Ce réseau se mobilise pour que des enfants et des jeunes majeurs puissent poursuivre leur scolarité sans quils vivent dans la crainte de lexpulsion de leurs parents et donc deux mêmes. Il en va de même pour les étudiants recevant des Obligations à Quitter le Territoire Français.

De même, des collectifs tentent de lier la lutte des sans-papiers avec celle pour l
obtention de logements aussi bien pour des personnes en situation régulière (de nationalité française ou étrangère) quirrégulière (sans-papiers). Les sans-papiers ne sont ni des quotas, ni des hordes fantomatiques de parasites, ni des criminels en papiers, ce que veulent nous faire admettre les États-puissances capitalistes. Ce sont des hommes, des femmes, des enfants essayant de vivre au sein de la société européenne. Comme nimporte quelle personne, ayant des papiers ou pas, les sans-papiers sont des êtres humains à part entière, devant assurer leur (sur)vie. La prise en compte de cette [situation] des personnes montre que les problèmes que rencontrent les étrangers, notamment les sans-papiers, sont ceux que connaissent les personnes de nationalité française européenne. La lutte antiraciste, comme la lutte sociale, passe inévitablement par cette prise de conscience se traduisant concrètement par la convergence des luttes.

Dès aujourdhui, il faut se mobiliser devant les ministères, les préfectures, les camps de rétention, les ports & aéroports, les commissariats, les administrations…
Pour dire non à la xénophobie de lÉtat !
Pour la fermeture et la destruction des camps de rétention,
la liberté d’installation et de circulation !

Pour louverture des frontières !
Pour des papiers pour tous et toutes !

Nous appelons à propager la protestation contre la tenue de ce sommet et la politique qui linspire.
Nous appelons donc à faire circuler et diffuser ce texte et à le signer.
Nous appelons les personnes et les organisations locales, nationales voire européennes à sunir pour faire campagne conjointe.
Nous appelons à des actions de protestations.
Nous appelons notamment à rendre visible le rapprochement malheureusement facile entre Vichy et la politique anti-migrants actuelle.
Nous appelons aussi à perturber et bloquer de partout les préfectures et autres organes de gestion des étrangers les 3 et 4 novembre prochains.

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