Hambourg : occupation du consulat de France et campement d'action sans-frontières

Publié le par la Rédaction


Quelques infos sur les actions survenues lors du campement antiraciste de Hambourg ainsi que sur l’occupation du consulat de France en soutiens aux luttes des sans-papiers, ainsi qu’aux inculpés dans les procédures anti-terroristes contre les «anarcho-autonomes».

Du 16 au 24 juillet se déroulaient à Hambourg une initiative croisée de «campement antiraciste» et «campement climatique». Environ un millier de personnes participaient au campement divisé en divers «quartiers» et parsemé de chapiteau et marabouts, bars, tente radio, tente informatique, tente de presse, tente out of action, cusine collective vegan et prix libre.

Quelques mots sur le campement

Du coté «climatique», il s’agissait dans la foulée des climate camp organisés depuis trois ans en Angleterre et avant les actions contre le sommet sur le climat de Copenhague en septembre 2009, de marquer un refus clair du système capitaliste et de ses solutions sécuritaires, technologiques et productivistes face à la menace climatique. Hambourg avait été choisi en particulier dans le but de bloquer et pointer du doigt la construction d’une centrale de production électrique au charbon par le trust suédois champion de la production de CO2, Vartenfall.

Du coté «antiraciste», les actions et le contenu politique des nombreux ateliers, débats et préparations de campagnes étaient focalisé sur une offensive contre les structures de répression des réfugiés/sans-papiers, contre les lagers et autres centres de rétentions et contre les déportations et les diverses institutions et entreprises qui y collaborent.

La semaine avant le campement, quelques maisons de politiciens ont été attaquées à coups de pavés, œufs de peinture et graffitis, et des voitures de l’entreprise gérant la vente de bouffe dans les centres de rétention ont été brûlées. Ceci a eu pour effet de porter à son comble une attention médiatique et politique sur le campement, ainsi que la mise en place d’un quadrillage policier annoncé comme «sans pitié». Les tabloïd dépotoirs du groupe springer, Bild en tête titraient sur les chaos campers où les 10.000 casseurs censés venir détruire la ville tandis que les politiciens locaux divisés autour de la coalition parti conservateur/parti des verts qui gère la ville se battaient sur les mesures à prendre. Malgré tout des actions nombreuses et diversifiées, spontanées ou préparées et annoncées de longues date, ont pu avoir lieu chaque jour. Cela allait de jeux de pistes pour découvrir le Hambourg raciste à une auto-réduction de bouffe et bloquage d’un supermarché Aldi pour soutenir les luttes des immigrés esclaves de l’industrie des fruits et légumes en Espagne et des caissiers de supermarché allemands, en passant par d’autres dégradations nocturnes, une journée de manifestation à Lübeck avec des collectifs autonomes de «réfugiés» devant les bâtiments de formation de Frontex, la police des frontières, ou l’occupation d’un pont contre la construction d’un barrage au Kurdistan.

Sans rentrer ici dans un compte-rendu exhaustif et détaillé de ces nombreuses initiatives, la fin du campement a été marquée le mercredi par l’intrusion de 40 personnes cagoulées en pleine journée dans les bureaux traitant les demandes de papiers des étrangers équivalent aux préfectures françaises. En moins de deux minutes selon la police, les ordinateurs, et mobiliers se sont faits saccagés et les locaux ont été recouvert de jets d’extincteur plein de peinture rouge. Le vendredi l’aéroport de Hambourg a été fortement perturbé toute la journée par l’addition de barricades, fête de rue et sound system, poubelles enflammées, banderoles ainsi qu’une une manifestation de 900 personnes sur les divers grands axes routiers qui y menaient. 300 personnes avaient même réussi par petits groupes et divers biais créatifs à s’introduire, puis à se retrouver dans l’aéroport pour envahir les terminaux et foutre le ouaille contre les déportations. Si l’on ajoute à cela la force d’entropie et de paralysie créée par la seule présence de centaines de policiers et contrôles à tous les carrefours, coins de rue et accès à l’aéroport, le bloquage fut relativement réussi.

Un paquet d’arrestations individuelles ou de masse ont quand même eu lieu au cours de la semaine, mais généralement sans que celles-ci puissent prêter à des inculpations graves, à part semble-t-il pour deux personnes mises en causes dans le cadre de l’action «commando» dans les locaux du «bureau des étrangers» et dont l’une est actuellement sous contrôle judiciaire et en attente d’un potentiel procès.

L’occupation du Consulat de France

C’est dans le cadre de ce campement que le jeudi 21 août, lors de la journée d’actions décentralisées contre les déportations, le consulat de France de Hambourg a été occupé en soutien aux luttes des sans-papiers et aux personnes inculpées et incarcérées dans le cadre de la répression contre les dits «anarcho-autonomes» par le gouvernement français. Une quarantaine de personnes ont réussi à rentrer dans le consulat, alors que la plupart des institutions et bâtiments officiels ou cibles potentielles d’actions étaient surveillées par des cohordes de policiers suite à l’action dans le bureau des étrangers. Une banderole de solidarité avec les sans-papiers a été accrochée du balcon par dessus le drapeau français tandis qu’une autre sur le perron demandait la libération de Isa, Juan et Damien. Après un début de bousculade autour de la machine à fax et quelques débats avec le consul et le personnel offusqués de l’occupation et de la banderole sur la façade alors que «la nation était en deuil suite à la mort de soldats français en Afghanistan», les occupants ont fini par obtenir un engagement clair sur l’envoi de fax au gouvernement français. Les policiers appelés à la rescousse ont vaguement tenté d’interpeller les occupants lors de leur sortie du consulat, mais sans succès. Vous trouverez ci-joint le texte du fax et tract diffusé en allemand et français lors de cette action. Diverses émissions de radio et diffusions de textes ont déjà été organisées en Allemagne sur cette affaire, à l’heure où vont s’ouvrir les procès 129A (articles de loi qualifiant les actions de «terrorisme politique»), concernant notamment des personnes inculpées sur des affaires d’incendie de voitures de l’armée.

Occupation du Consulat de France : En solidarité avec les Sans-Papiers et pour la libération de Isa, Juan et Damien
Dans le cadre de la journée d’action contre les expulsions, nous occupons aujourd’hui le consulat français de Hambourg.
Nous dénonçons la politique du gouvernement Sarkozy qui a démultiplié la répression contre les sans-papiers avec des quotas de 25.000 expulsions par ans, des rafles dans les rues, des charters et de nouveaux centres de rétention. Nous soutenons les centaines de sans-papiers enfermé-e-s qui se sont lancé-e-s dans une lutte permanente contre l’existence même des centres de rétention : mutineries, grèves de la faim, communiqués, refus de rentrer dans les chambres, refus d’être compté-e-s, parloirs sauvages…
Régulièrement, des milliers de personnes se sont déplacées vers les centres de rétention pour manifester leur solidarité. En juin, les sans-papiers qui y étaient enfermés ont finalement incendié leur prison et ainsi détruit complètement le plus grand centre de rétention de France.
Alors que le gouvernement accuse les collectifs de soutien aux sans-papiers d’être des incendiaires, des mutineries et départs de feu, comme récemment à Mesnil-Amelot, continuent maintenant dans d’autres centres de rétention.
Du soutien aux sans-papiers à diverses autres luttes dans les universités, les banlieues, contre les élections ou la construction de nouvelles prisons, des pratiques d’actions directes, d’occupations, bloquages, sabotages et grèves sauvages ont porté les résistances de ces dernières années en France. Aujourd’hui le gouvernement agite le spectre du terrorisme pour tenter de juguler la contestation, faire passer de nouvelles lois sécuritaires et tenter de diviser le mouvement en isolant certains militant-e-s et formes d’actions plus gênantes que d’autres.
En janvier, Bruno, Ivan et Damien étaient arretés alors qu’ils se rendaient a une manifestation devant le centre de rétention pour sans-papiers de Vincennes avec des fumigènes et clous pour crever les roues de fourgons de police. Ils se sont vu accusés d’avoir voulu préparer une bombe. Peu après, de nouvelles arrestations ont eu lieu. Les personnes mises en cause avaient cette fois avec elles des fumigènes, des plans de prisons et guides de sabotage, leur ADN correspondraient a celui retrouvé lors d’une tentative d’incendie de voiture de police pendant la période des élections présidentielles de 2007. Il n’en faut pas plus au gouvernement et aux médias pour établir l’existence d’une mystérieuse organisation terroriste «anarcho-autonome» d’Île-de-France et parler de la menace d’un retour de la «lutte armée». Le décalage entre l’effet d’annonce médiatique, les accusations fantasmées et la maigre réalité des pièces à charge dont dispose la police, ainsi que les diverses manifestations de solidarité à l’égard des inculpées pourraient finir par forcer le gouvernement à faire marche arrière… où à s’enflammer définitivement comme il l’a fait en juin en accusant le Réseau Éducation Sans Frontières et autres organisations de soutien aux sans-papiers d’être aussi des incendiaires, ou en demandant à ce que des personnes fichées comme anarcho-autonomes soient systématiquement déférées devant les magistrats anti-terroristes lors de banales arrestations.
Quoiqu’il en soit, Juan, Isa, Damien, Ivan sont aujourd’hui toujours incarcérés ou en attente de leur procès dans le cadre d’une instruction anti-terroriste. Bruno est parti en cavale pour se libérer du contrôle judiciaire drastique auquel il était soumis. Ils risquent des années de prison. Nous occupons aujourd’hui le Consulat de France pour que les poursuites contres eux cessent et affirmer que les actions de soutien en leur faveur continueront en France et ailleurs. À l’heure où le gouvernement français massifie le fichage adn et politique (edvige) de la contestation, nous pensons qu’il est primordial de ne pas laisser cours à la diabolisation et à la répression de formes d’actions illégales qui ont toujours fait partie intégrante des moyens par lesquels il était possible que des mouvements de résistance pèsent face aux pouvoirs en place et à ses milices. C’est de notre solidarité que dépendent les possibilités de continuer à contester dans les années à venir.
Liberté pour Isa, Juan et Damien.
Fermeture de tous les centres de rétention.
Pour la liberté de mouvement et une pratique solidaire
de l’autonomie de la migration.

Indymédia Nantes, 28 août 2008.

Publié dans Solidarité

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