De la gaudriole à l'éthique

Publié le par la Rédaction


Lettre ouverte à M. Didier Pillet
PDG du quotidien La Provence

248 avenue Roger-Salengro
13015 Marseille

Monsieur,

Le journal que vous dirigez a publié le 28 juillet 2008 un
article de Mme Laetitia Sariroglou à propos d’un policier marseillais mis en examen pour viol aggravé.

En employant les mots «gaudriole», «une gâterie» et «fauter», Mme Sariroglou nie la gravité des faits : or, aux termes de la loi de 1980, toute pénétration sexuelle obtenue par contrainte est un viol. Faut-il rappeler à la journaliste que cette loi définit le viol comme un crime ? Lui préciser que, dans le cas de ce fonctionnaire de police exerçant un chantage sur une femme gardée à vue pour une affaire d’escroquerie, le crime est aggravé par un abus d’autorité ?

De la victime, elle écrit qu’elle est une «jolie jeune fille de 23 ans» (n’est-ce pas plutôt une jeune femme ?), «pas farouche» (veut-elle suggérer qu’elle est provocante ?), et à la «langue percée» (devons-nous en déduire que c’est une marginale, qu’elle a donc moins le droit au respect ?).

Le fait décisif : la femme gardée à vue figure sur une «vidéo porno» archivée dans son téléphone portable. Pour la journaliste, ces images seraient la cause du crime, et la victime serait la coupable : le policier aurait eu une réaction physiologique, hormonale — «sa testostérone ne fait qu’un tour» (mais il peut quand même se maîtriser le temps de lui proposer le marché, puis d’aller avec elle jusqu’aux toilettes).

Ce sont autant d’éléments qui ne respectent pas les droits de la victime. Aucune information du même ordre ne nous est fournie sur le policier : âge, beauté, corpulence, statut marital, intensité de sa libido, présence d’images porno dans son environnement.

Enfin Mme Sariroglou donne la parole aux collègues du policier estimant qu’il a été «piégé». La démonstration est ainsi achevée : ce serait donc lui la victime, car sa carrière risque, juge-t-elle, d’être «brisée pour quelques minutes coupables». C’est la femme qui serait responsable de la vie gâchée de son violeur !

Aucun élément n’est apporté du point de vue de la femme violée — rien sur ses réactions, ni sur les conséquences pour elle de ce viol. On veut nous faire croire qu’une femme gardée à vue n’a eu qu’un seul désir dès qu’elle a été interrogée par un policier : se rendre avec lui dans les toilettes pour lui faire une fellation.

Ce que la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie qualifie «d’actes inadmissibles à l’égard d’une gardée à vue dont il avait la responsabilité», ce qui est estimé par le procureur de la République, Jacques Dallest, assez grave pour qu’il fasse appel de la décision de remise en liberté du policier, n’est pour Mme Sariroglou que l’occasion d’écrire un article complaisant envers un violeur abusant de son autorité de fonctionnaire.

Avec le réseau
 Encore féministes ! (3244 membres dans 46 pays), je vous prie de porter ma lettre à la connaissance de vos lecteurs, et de me faire savoir ce que vous comptez faire pour qu’un tel manquement à l’éthique ne se reproduise pas dans le journal dont vous êtes responsable.

Adelphiquement,

Florence Montreynaud
Encore féministes !, 4 août 2008.

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