Un été chaud... de révolte

Publié le par la Rédaction


Alors que beaucoup essaient de savourer leurs vacances, la température dans les cellules de la démocratie belge n’est pas descendue. Depuis plus de deux ans, des prisonniers cassent la routine de la machine à enfermer par des révoltes collectives et individuelles, des occupations, des évasions… Les derniers événements en disent long.

Début juillet, une mutinerie éclate dans le centre fermé de Steenokkerzeel, un de ces authentiques camps où l’État déporte les indésirables. L’Unité d’Intervention Spéciale de la police bande les yeux à cinq prisonniers récalcitrants et les dispersent vers d’autres centres. Mi-juillet, deux prisonniers montent sur le toit du centre fermé de Merksplas pour dénoncer leurs conditions de détention. Pour soutenir ce geste, deux ailes du centre se mutinent. Deux charges de police ont été nécessaires pour mater la révolte. Dans la nuit qui suit, un prisonnier à Turnhout met le feu à sa cellule, ce qui cause des dégâts dans tout le couloir. Cinq jours plus tard, deux jeunes prisonniers séquestrent un maton à la prison de Louvain. Ils exigent la liberté. Puis ils la relâchent avant de se barricader dans un atelier et d’y foutre le feu. Comme à Merksplas, seul l’assaut de l’Unité d’Intervention Spéciale permet de rétablir l’ordre. Les deux jeunes sont placés en isolement dans l’autre prison de Louvain. Le dernier jour de juillet, quelques prisonniers de la taule de Merksplas refusent de réintégrer leurs cellules. Ils s’arment de couteaux et de bâtons et se barricadent dans une aile, puis commencent à détruire l’infrastructure tant haïe et réduisent en cendre une aile entière. Ce n’est que dans la nuit que l’Unité d’Intervention Spéciale réussit à les maîtriser et que la police anti-émeute rétablit l’ordre.

Face à une telle vague de violence libératrice, l’État serre les lèvres alors que ses laquais journalistes entament une énième séance d’endoctrinement. Les prisonniers révoltés et les rebelles deviennent alors des preneurs d’otage, des manipulateurs, des ultra-violents, des fous et, pourquoi pas, des terroristes. Malgré l’intensité de l’aliénation et de l’exploitation qui trouble nos capacités de réfléchir, quelques questions suffisent pour comprendre comment tout cela fonctionne.

Qui sont les preneurs d’otage ?

Prise d’otage d’une gardienne : tel fut le titre des journaux à propos de l’action des deux prisonniers à Louvain. Mais qu’est-ce que la prison sinon la prise d’otage permanente de milliers de personnes par l’État ? Que sont les juges sinon les responsables de cette prise d’otage quotidienne ? Que sont les matons d’autres que les preneurs d’otages qui perçoivent de l’argent sale — un salaire à l’odeur de sang — de leur maître ? Cet énorme preneur d’otage qu’est l’État exige des séquestrés et du reste de la population une chose très simple : accepte ta place à l’intérieur du système. Accepte le fait de devoir toujours travailler pour rendre les riches encore plus riche, accepte la misère et la soumission comme ta destinée. Accepte que dans la vie, il y ait des gagnants et des perdants. Les gagnants, ce sont ceux qui se font de l’argent sur notre dos sous la protection de la loi et de la police. Les perdants, ce sont nous que le système essaye de forcer à accepter ce monde. Et nous resterons toujours des perdants tant que nous ne nous révolterons pas. Comme tout prisonnier le sait trop bien, la seule manière de rester debout et de conserver sa dignité derrière les murs gris de la démocratie, c’est de s’affronter en permanence avec les autorités pénitentiaires — avec les mille-et-une façons que la révolte nous fournit.

Qui sont les fous ?

Les rebelles qui sont montés sur le toit du camp de déportation de Merksplas et les rebelles internés qui ont livré toute une aile de la prison au feu libérateur, ont été dépeints comme des «fous». Mais les «illuminés» ne seraient-ils pas justement ceux qui essaient de nous vendre une vie ennuyante de routine et de télévision ? Ne seraient-ils pas ceux qui détruisent tout notre environnement avec leurs immeubles de bureaux, leurs TGV, leurs centrales nucléaires, leurs complexes immobiliers invivables ? Les «illuminés» ne seraient-ils pas ceux qui nous exposent quotidiennement aux radiations nocives des antennes de portables et des connections sans fils, à l’émission toxique de leurs usines chimiques ? Mais leur «folie» n’est pas aveugle, elle est bien rationnelle : la planification réfléchie et déterminée d’un projet de mort pour se faire toujours plus de fric.

Qui sont les manipulateurs ?

La nouvelle astuce des hommes de pouvoir est de qualifier le conflit social qui se joue dans les différentes formes de prisons et dans la rue de «chantage». Un conflit à l’intérieur duquel les rebelles ne se laissent pas imposer les règles démocratiques qui servent justement à maintenir l’ordre existant, c’est donc du «chantage». Les occupations de plusieurs grues sur des chantiers à Bruxelles pour dénoncer la machine à expulser, selon ces messieurs les politiciens, ce n’est tout simplement que du «chantage». La lutte sociale ne sera jamais du chantage ou du terrorisme, les vrais manipulateurs et les vrais terroristes se trouvent ailleurs. Ce sont les banques qui nous pompent par des prêts dont on a besoin pour survivre dans la jungle capitaliste. Ce sont les patrons qui nous menacent de licenciement quand nous n’acceptons pas leur tyrannie. C’est l’État qui fait planer la menace de condamnations et d’emprisonnement lorsque nous ne nous plions pas à sa soif de domination. Les puissants de ce monde savent parfaitement que lorsque ce chantage est dépassé par ceux qui ne supportent plus cette misère, il y a quelque chose de très important en jeu. C’est dans des moments pareils que nous retrouvons notre force potentielle. Ce n’est que par la lutte sociale et la révolte que le mirage de ce monde perd de son enchantement.

Qui sont les violents ?

Chaque année, plus de 200 personnes meurent dans des accidents de travail en Belgique. Chaque année, des dizaines de prisonniers meurent derrière les barreaux ou lors d’expulsions. Chaque année, des dizaines de personnes sont abattues par la police, comme ça s’est passé dernièrement à Charleroi lorsque, pour la troisième fois en moins d’un an, un voleur de voiture a été exécuté de plusieurs balles dans la tête. La violence quotidienne de l’État, de l’autorité et du capitalisme ne connaît aucune limite. Aussi, quand ils qualifient notre révolte de «violente», nous ne pouvons que rire. Quand ils affirment que la lutte sociale est du terrorisme, nous comprenons clairement qu’ils tentent par la même de faire passer le seul terrorisme qui existe — c’est-à-dire celui de ce système et sa terreur du fric, de la prison, de la police, des frontières, de l’internement, de la misère… — comme le meilleur des mondes. Bien peu croient encore que l’on peut changer les choses en allant mendier auprès des politichiens, en votant, en présentant respectueusement des revendications ou en déposant des pétitions. Tout le monde sait que la lutte sociale cherche son propre chemin et qu’elle ne devient nôtre que lorsque c’est nous-mêmes qui décidons. En nous organisant indépendamment des syndicats, des partis et des institutions ; en choisissant nous-mêmes comment frapper l’ennemi, au-delà des catégories «légales» ou «illégales». Face à la violence du système, nous envisageons la révolte sous toutes ses formes. Aussi, ça nous réjouit quand des prisonniers mettent le feu à leurs cellules, quand ils scient leurs barreaux pour se faire la belle, quand ils refusent de continuer à dire «Merci chef» à l’uniforme qui leur ferme la porte chaque jour.

Il s’agit de refuser partout où c’est possible le chantage du système et de combattre le terrorisme d’État basé sur la domination et l’exploitation. Pour qu’aucune révolte ne reste isolée derrière les murs des prisons, derrière les barbelés d’un centre fermé, à l’intérieur de l’enceinte d’une usine en grève, d’un quartier en émeute, du haut de la cabine d’une grue !

Solidarité avec la lutte contre toutes les prisons
et les camps de déportations !
Liberté pour tous et toutes !
Aucun mur ne sera trop haut pour la rébellion,
aucun ennemi ne sera trop bien protégé contre la révolte !

Tract distribué les 2 & 3 août 2008
aux marchés d’Anderlecht et de Bruxelles.

Publié dans Agitation

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