À propos des derniers événements au centre de rétention de Mesnil-Amelot

Publié le par la Rédaction


Depuis les événements de Vincennes, survenus le 22 juin 2008, et qui ont vu le centre de rétention totalement rasé par un incendie, fait unique dans les annales, la situation des «détenus» sans-papiers dans les centres ne s’est pas améliorée.

En témoignent, dans de multiples centres, des grèves de la faim, des tentatives de suicide, le recours à des calmants (et même traitements plus forts) pour supporter l’enfermement et l’attente que le couperet tombe : l’expulsion après avoir passé et travaillé parfois dix, quinze, vingt ans en France.

De façon tout aussi dramatique, et en écho à l’événement cité, on constate le départ de feu dans plusieurs centres : ainsi le 20 juillet 2008, un incendie s’est déclaré dans le centre de rétention de Nantes ; tandis que le 3 août, c’est au centre de rétention de Mesnil-Amelot qu’un incendie se déclarait une fois encore. Ceux-ci ont été pour ces fois-là très vite maîtrisés, en même temps que la répression envers les détenus sans-papiers a fait rage : gazage, tabassage…

Les gestes et formes extrêmes de revendication et de luttes auxquels peuvent avoir recours les personnes sans-papiers, au péril de leur existence propre, attestent de la dureté, de l’inhumanité et de l’iniquité des politiques publiques en matière d’immigration, ainsi que du désespoir qu’elles engendrent sur les personnes ciblées.

La France se doit de définir et de conduire immédiatement une autre politique d’immigration, à même de répondre aux défis du monde contemporain, et respectueuses des valeurs et des droits qui furent jadis les siennes.

Nous exigeons la libération immédiate des personnes détenues dans les centres de rétention et la fermeture de ceux-ci.
Nous exigeons la régularisation immédiate de l’ensemble des personnes sans-papiers afin que celles-ci puissent, au grand jour, vivre dignement, et continuer à contribuer au développement culturel et économique de ce pays.




Controverse après les incidents au centre de rétention du Mesnil-Amelot

Deux retenus soupçonnés d’avoir voulu mettre le feu à certains bâtiments du centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot, en Seine-et-Marne, ont été déférés, dimanche 3 août, devant la justice, a-t-on appris auprès du parquet de Meaux et de la gendarmerie. Les deux sans-papiers, dont lidentité na pas été révélée, sont poursuivis pour «dégradation des biens publics par moyens dangereux et séjour irrégulier» sur le territoire, a indiqué le parquet. Ils devaient être jugés lundi en comparution immédiate.

Deux débuts d
incendie, vite maîtrisés, avaient éclaté samedi au CRA du Mesnil-Amelot, lorsque «des retenus ont tenté de mettre le feu à des éléments de literie», a expliqué la préfecture de Seine-et-Marne dans un communiqué. Au même moment, des militants manifestaient devant le centre, en demandant la fin des CRA, la libération des retenus et la régularisation des sans-papiers. Suite aux incidents à lintérieur du centre, la préfecture a accusé «une vingtaine de manifestants» appartenant à lassociation SOS Soutien Sans-papiers davoir incité les retenus à se révolter. Pour Rodolphe Nettier, membre de cette association, «sil y a eu émeutes et incendie (…) cest uniquement parce que les forces de lordre empêchaient [les retenus] de manifester et donc davoir accès à leurs droits fondamentaux».

Grève de la faim

Ismaël R., un Congolais retenu dans le centre du Mesnil-Amelot, a expliqué à LibéOrléans que les sans-papiers n
ont fait «que crier avec les manifestants présents à lextérieur». «Alors, les policiers nous ont demandé darrêter et ont voulu nous faire rentrer sur le terrain de foot. Nous avons refusé, puis un incendie a éclaté. Les policiers ont alors insisté violemment, jusquà nous gazer et tabasser lun des jeunes émeutiers», a-t-il affirmé. Interrogé par Reuters, le même Ismaël R. a ajouté quun nombre indéterminé de pensionnaires ont entamé une grève de la faim illimitée pour protester contre lattitude des forces de lordre et demander la libération «de la totalité des retenus qui sont, dans leur grande majorité, des travailleurs sans-papiers présents sur le territoire depuis plusieurs années».

Suite à ces incidents, le Parti socialiste a dénoncé dimanche la «politique injuste du gouvernement». «Ce nouvel incendie et l
usage de gaz lacrymogènes par la gendarmerie témoigne dun climat de tension permanente dans la rétention des étrangers», a réagi Faouzi Lamdaoui. Pour le secrétaire national du PS à légalité, «la politique injuste du gouvernement crée des situations dangereuses tout à fait inacceptables, qui provoquent la révolte légitime des étrangers et de ceux qui défendent leurs droits». Le PS a demandé au gouvernement de «revenir à la raison et de traiter les étrangers avec davantage dhumanité, conformément aux principes de la République».

Cahier de doléances

En réponse, Frédéric Lefebvre, porte-parole de l
UMP, a accusé dimanche le PS d«attitude totalement irresponsable». M. Lefebvre a affirmé que lincendie dans ce centre est «à nouveau, comme lors de lincendie du centre de Vincennes, le résultat de lincitation à la violence par un collectif dextrême gauche». «Un parti démocratique comme le PS nhésite pas à excuser ces actes en prenant la responsabilité de les justifier», a-t-il poursuivi, en demandant, «outre des suites judiciaires à cette affaire», que les «collectifs dextrême gauche et autres groupuscules violents ne puissent plus manifester à proximité de ces centres, au risque de provoquer des actes de violence, mais quils ne soient autorisés à le faire que devant les préfectures».

Le CRA du Mesnil-Amelot, qui est situé en bout de piste de l
aéroport de Roissy, avait déjà connu des troubles pendant lhiver 2007, lorsque des retenus avaient entamé une grève de la faim pour protester des conditions de rétention «indignes». Un cahier de doléances avait alors été rédigé, dénonçant un manque dhygiène dans les sanitaires, des arrestations «arbitraires», des conditions de rétention «indignes», des fouilles «humiliantes» ou encore des comptages de nuit répétés.

Le Monde avec Reuters & AFP, 3 août 2008.



La politique du gouvernement allume des incendies

Après Vincennes, le Mesnil-Amelot : les détenus n’en peuvent plus dêtre enfermés dans la peur permanente de lexpulsion, durement réprimés dès quils font valoir leurs droits élémentaires.

Des personnes et des collectifs divers, des associations reconnues se font l
écho du désarroi profond confinant au désespoir des étrangers prisonniers pour défaut de papiers. Ils essayent de faire connaître leur voix à lextérieur et de leur transmettre en retour une solidarité humaine fondamentale.

Tous ceux qui luttent au quotidien contre le déchirement des familles, la destruction des individus par un retour brutal et proprement invivable se situent loin des polémiques de politiciens qui, au mépris de toute humanité, agitent la peur des étrangers et de ceux qui les soutiennent. Même si, l
actualité la montré, dans les écoles, les quartiers et les entreprises, la solidarité lemporte souvent sur la xénophobie.

Cette solidarité, nous l
affirmons avec les détenus et tous ceux qui les aident, contre ceux qui provoquent drames et révoltes, contre les incendiaires au pouvoir.

RESF, 4 août 2008.



Communiqué de presse de Rachida Dati

À la demande de Madame Rachida Dati, Garde des Sceaux, ministre de la justice, les auteurs présumés de l'incendie de leur matelas au centre de rétention administrative de Meaux samedi 2 août, ont été jugés en comparution immédiate cet après-midi par le tribunal correctionnel de Meaux, qui les a relaxés. La Garde des Sceaux a donné pour instruction au parquet général de Paris de faire appel de cette décision.

Par ailleurs, la Garde des Sceaux a également demandé au parquet général de Paris de mettre tout en œuvre pour identifier et interpeller les personnes ayant directement incité à commettre des actes de même nature.

Elle appelle à la plus grande fermeté contre les auteurs de ces actes inadmissibles qui mettent gravement en danger la vie des personnels des centres de rétention et des personnes retenues.

4 août 2008.
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