In memoriam Charb

Publié le par la Rédaction

Prologue

Ce texte, je l’adresse à Charb. «Je», c
est moi, Janie Lacoste, par ailleurs membre du comité de soutien à Marina Petrella. Jai écrit ça sans concertation avec les autres ni avec moi-même, et sans tenir compte de rien sauf de ma colère, ni de personne sauf de toi. Tu mas pissé ton vinaigre dans lœil, ça brûle, faut que jme rince lâme.

Mon texte, c
est le fait du prince, comme chacun de tes articles et chacun de tes dessins que, jespère, tu fais «sans concertation, etc.» Cest un beau pouvoir que tu as là, et nous les lecteurs, bons princes, on est contents de voir passer ta liberté. Mais cest  dangereux pour la santé mentale, le pouvoir princier, et là, tas  pété les plombs. Je ne réclame aucune réponse dans ton canard. Je vais me payer un petit tirage, et jirai avec mon pot de colle en mettre  quelques uns sur les murs autour de lHuma et de Rouge, jen déposerai quelques exemplaires  à l
accueil, et chacun sa route !



Article de Charb
Brigades rouges un jour, pourchassée toujours
LItalie réclame lex-terroriste des Brigades rouges Marina Petrella. La France va la lui livrer. Condamnée à perpétuité, la jeune femme sévade et se réfugie en France en 1993. Comme dautres militants de lextrême gauche italienne, elle bénéficie de la «doctrine Mitterrand». En échange de la promesse de renoncer à tout activisme politique, ceux qui ont assassiné les valets de la bourgeoisie en Italie (au nom dun peuple qui na rien demandé) peuvent refaire leur vie en France. Cest, comme dautres, ce qua fait Marina Petrella. À 54 ans, elle vivait une vie ordinaire en banlieue parisienne jusquà ce que la police française larrête. Gravement déprimée, elle attend au service psychiatrique de Fleury-Mérogis quon la renvoie purger sa peine en Italie. Ce qui arrive à cette femme est effroyable. Ce nest pas pour autant scandaleux.
Les partisans de la «doctrine Mitterrand» défendent le fait du prince. Mitterrand, sans concertation, ni avec lItalie, ni avec la justice française, sans tenir compte de rien ni personne, a accordé une seconde chance à des criminels. Cest beau, cest généreux, mais ça ne repose sur rien de légal. Mitterrand aurait dû faire voter une loi accordant le droit dasile aux terroristes repentis. Aujourdhui, Sarkozy ne serait pas en train de se faire mousser auprès de Berlusconi en renvoyant des ex-membres des Brigades rouges chez eux.
Pour justifier le fait que les ex-Brigades rouges restent chez nous, leurs défenseurs soulignent que Sarkozy est à deux doigts daccueillir en France des ex-FARC repentis. Il y aurait deux poids deux mesures… Non, cest le même fait du prince. «Parce que Sarkozy le veut» nest pas plus supportable que «parce que Mitterrand le veut».
Dans quelques années, un successeur de Sarkozy renverra les ex-FARC finir leur vie de repentis dans une prison colombienne. Et, promis, on pleurera à chaudes larmes.
Maintenant, est-ce quun ex-terroriste italien dextrême droite qui aurait refait sa vie en France susciterait la même sympathie que Marina Petrella ? Qui sopposerait à son extradition ?
Autre cas de figure : combien de dictateurs ayant fui la justice de leur pays se sont réfugiés en France et ont bénéficié de ce quon na jamais appelé «la doctrine De Gaulle», «la doctrine Pompidou», «la doctrine Mitterrand», etc. ? Ces braves ordures ne représentaient aucun danger sur notre territoire, largent quils ont volé leur a permis de vivre tranquillement, bourgeoisement, le reste de leur vie. Ceux qui sopposent à ce que Marina Petrella soit extradée sopposeraient ils à ce que ces dictateurs purgent une peine de prison à perpétuité dans leur pays ? Si la réponse est non, nous avons affaire à une sérieuse contradiction. On retombe sur le «deux poids, deux mesures» dénoncé plus haut. Et Papon, qui na pas eu besoin de fuir son pays pour refaire sa vie, Papon, qui ne menaçait lexistence de personne, aurait-on compris quon le laisse finir ses jours sans quil rende des comptes ? On va dire, cest pas pareil, Papon a commis un crime contre lhumanité. Chez nous, oui. Il se serait réfugié en Syrie, où ce crime nest pas reconnu, il naurait pas été légitime que la France le réclame ?
Maintenant, si le problème est que la justice italienne est plus pourrie que la française, quon se batte pour la faire évoluer ou quon milite pour que ce pays atroce soit mis au ban de lEurope.
Tout ça pour dire que les «gestes humanitaires» à la gueule du client ne servent au pouvoir quà justifier des injustices à la gueule du client.



En réaction à l’article de Charb

Les titres auxquels on a échappé :

On ne fait pas d’omelette démocratique sans casser des vies !

Vive le communisme et la vendetta d’État ! (Détournement de Bandiera Rossa, «Drapeau Rouge», chant emblématique du Parti communiste italien, repris par les mouvements contestataires du monde entier, qui proclame «Vive le communisme et la liberté !»).

Aujourd
hui, lhomme Sarko se sent moins à laise que toi dans son rôle de justicier de la vingt-cinquième heure. Tant mieux. Tu fais le malin, celui à qui on ne la fait pas, rien ne mérite ton attention, par exemple lévolution de ses arguments dans ses courriers à Berlusconi, puis à Napolitano, Président de la République italienne, qui a seul (fait du prince) le pouvoir de gracier. Il y fait référence dabord à létat de santé de Marina, puis à lancienneté des faits, puis au temps passé légalement en France. De quoi sinterroger, il lui suffisait de dire comme Dati : Marina Petrella sera soignée puis extradée, aucun problème. Mais pour toi, Marina est déjà extradée, comme ça tu nes pour rien dans ce crime (un crime, cest jamais légitime, si ? On recoupe des têtes ?). Esquive indigne !

Pour des raisons politiques, psychologiques, peut-être à cause des pressions de son entourage, la main du prince tremble un peu. Si c
est une mise en scène, il lextradera, Marina mourra, on ny peut rien. Le seul pouvoir quon ait, cest si ce nest pas encore tout à fait sûr, et il faut donc faire comme sil pouvait renoncer  et appuyer sur les points de déséquilibre. Pas besoin pour ça dêtre crétins, de croire que Sarkozy ou Mitterrand sont des Justes. Il sagit seulement de pousser Sarko à lâcher sa proie. Il en a le pouvoir légal, la clause humanitaire  de 1957, imposée par la France aux autres pays européens. Alors, Charb, lheure nest pas à faire le dégoûté ni à jouer avec les mots, la bêtise (qui, dans son fond, est la pensée tautologique totalitaire : «Cest comme ça parce que je suis comme ça, vos gueules, ceux que jaime  pas !») cest pas seulement pour les autres.

L
homme  est condamné à être libre : ou compagnon, ou salaud. On a toujours le choix. On peut essayer de fermer la gueule au vieux Sartre en rigolant plus fort quil ne parle, mais le nœud coulant de la responsabilité, plus on se tortille pour y échapper, plus il vous serre et moins on respire librement. Tu te sens bien ?

Sarko, salaud, Marina on veut sa peau !

Sarko, tu laimes pas et cest pour ça quil tintéresse. Ben nous cest pareil, quoique, amour ou détestation des hommes publics, cest pas là que je prends mes plaisirs. Quand tu parles du fait du prince, on voit aussi ce que tu vois. Mais cest pas ça, le Prince, en République, cest le corps de lappareil d’État, et les pouvoirs du Président en font partie, en toute légitimité. Dailleurs, il va se les renforcer légalement, ses pouvoirs, Sarkozy, au congrès de Versailles.

Mitterrand a pris seul la responsabilité de l
accueil des activistes italiens, certes, mais il na pas fait un coup d’État. Comment sais-tu quil ny a pas eu concertation avec la justice ? (Badinter na pas dit ça, il sest seulement déclaré opposé à cet asile, mais il est clairement contre les expulsions, quelles quen soient les modalités légales.) Et avec lItalie, tu sais ça aussi ? Cette mesure lui a pourtant rendu un fier service en accélérant la fin des troubles et en soulageant une justice et un système pénitentiaire alors au bord de lexplosion, et Mitterrand était plus fin politique que «beau et généreux» ! Ensuite aucun Préfet na protesté pour donner leurs papiers aux Italiens réfugiés (il y en reste, tas pas fini de dominer vaillamment ton effroi et de leur donner lestocade). Les mairies ont produit les actes de naissance des enfants (Celui dEmma, la deuxième fille de Marina, ceux des filles de Cesare, par exemple, et il y en reste dautres. Au fait, ça te dirait de venir leur expliquer quel honneur cest pour eux dêtre un œuf de lomelette démocratique, quasiment des enfants kamikazes de la République, on pourrait demander den faire des pupilles de la Nation, quest-ce que ten penses ?). Marina faisait du travail social et ça te chiffonne, eh bien on ne peut rien pour toi, parce quelle la fait légalement, avec un contrat de travail de la municipalité, elle la fait longtemps, très bien, intelligemment, pour un salaire de peu.

Tu vois, Charb, si tu avais dit quelque chose du genre : «Ça m
emmerde, mais je suis contraint, Moi, Charb, de me joindre à un paquet de gens qui ne sont pas tous mes amis, pour demander à Lui, Sarkozy, de ne pas extrader Marina Petrella en notre nom. Jy suis contraint dabord parce que ce serait effroyable et que leffroyable, quand ce nest pas une calamité naturelle mais le hallali de deux pouvoirs d’État sur une proie ligotée, ça me scandalise, ensuite parce que lusage de la clause humanitaire de 1957 rappellerait à tous les fanatiques de la Démocratie pénaliste la nécessité dune régulation de la cruauté d’État. Mais merde, si on y arrive faudra encore que jéteigne la télé et ferme les journaux le temps que passe Sarkozy posant en Prince magnanime et courageux se pavanant devant un peuple lâme en guenilles, subjugué, et noyant, une fois de plus, une gauche débordée. Mais le bon là dedans, cest que ça dégagerait le terrain pour vous foutre sur la gueule, bande de gauchistes guerriers, prêts autrefois à tuer pour la cause et bêlant aujourdhui du politiquement correct à faire pleurer dans les chaumières et à me faire gerber !»… on encaisserait, et même, quelque part, comme disent les psy de cuisine, une bonne raclée, ça soulagerait. Ton dessin illustrant ton papier du mec des FARC, minable, ridicule, ressemble comme un frère à ma copine Marina, et il me fait marrer. Où on en est arrivé, cest vrai quil vaut mieux en rire quen pleurer !

La République n’est pas un dîner de gala !
(Détournement de la formule de Mao «La Révolution n
est pas un dîner de gala» utilisée dans les années 70-80, pour justifier lusage de la violence dans les mouvements de subversion sociale et politique.)

Tu n
y étais pas, tes trop jeunet, dans les manifs où saffrontaient les «El pueblo, unido, jama sera vencido !» du PS-PC Unis de la Gauche et les «El pueblo, armado, jama sera vencido !» de la LCR et des autres mouvements dextrême gauche. Moi si, jétais  à la LCR et je me suis égosillée gaiement des années durant sur le pavé (celui des lanceurs de pavés, tu sais ?) parisien. Cétait lépoque où en Italie des dizaines de groupes rassemblant des dizaines de milliers de militants avaient fait le choix de ce quils appelaient la lutte armée (ne dis pas que cest pas vrai, parce quil y a eu plus de 8000 personnes, la plupart très jeunes, arrêtées et inculpées à ce titre). Rien que les BR rassemblaient des milliers de militants dans leurs structures clandestines… Au fait, où sont-ils ? Souhaitons-leur, sincèrement, belle vie, mais sabattre, 25 ans après, sur les quelques-uns quon tient encore, en les faisant passer pour une poignée de criminels isolés, cest une vilenie.

Tu es, à ce qu
on ma dit, militant du PCF. À lépoque, cétait un parti encore profondément Stalinien qui, pour mettre son cul à labri des raclées de lHistoire, entonnait un chant nouveau : «Petit Père ! La Patrie du Socialisme, cétait lbon temps, Regrets Éternels, mais maintenant tes vieux, tu pues, tu nous fais la honte. On va tétouffer sous le moelleux oreiller de nos sentiments citoyens, cest effroyable mais pas scandaleux, Œdipe, cest pas fait pour les chiens ! Et on sen sortira, nous tes enfants, propres comme  des sous neufs, Innocents.»

Quarante ans après, toi qui n
y étais pas, tu continues à jouer le puceau, innocent de lHistoire, Justicier de la République ? Tas peur quon te confonde avec quelque méchant terroriste ? Relâche-toi, tout lmonde s’en fout des massacres du Papa des Peuples, comme dailleurs du bonheur généreux des Camarades de la banlieue Rouge. Quest-ce qui te prend, tu y crois dur comme acier de sabre, à la légalité démocratique ? Moi aussi, elle me botte, la démocratie, mais vivante, concrète, contestable. Sur ta boîte aux lettres personnelle, à Charlie Hebdo, tu as placardé les autocollants du PCF et de la LCR. Alors, Charb, ou tu admets que ten es, de cmerdier pas toujours beau, qui est le nôtre (et pas celui des fachos), ou tu retires tes oripeaux de gôchau radical rigolo.

Tu es tortionnaire pervers, ou bien idiot, quand tu répètes «ex-terroristes repentis» ? «Ex», trente ans après, tu crois qu
ils ont sept vies, comme les chats, pour exister au présent ? «Terroriste», cest pas la boîte de Pandore de lidéologie sécuritaire, terreau des droites, ça ? Il y a eu, au cœur du chaos politique et social de lépoque, plusieurs organisations dextrême gauche qui ont pensé que la défense du mouvement justifiait le recours ultime à des assassinats ciblés, mais pas à des massacres aveugles caractéristiques des mouvements terroristes contemporains (et des fascistes à la gare de Bologne et Piazza Fontana à Milan). Et «repenti», en italien de lépoque, cétait plus près d’«indic» que du battement de coulpe chrétien. Les repentis ont taillé leur route vers une quasi impunité (au mépris du «droit des victimes»…) en fauchant la vie de leurs camarades. Marina est une rescapée de cette période. Elle en est sortie meurtrie par les coups reçus — entre autres huit ans de prison, enchaînée pendant son accouchement, enfermée 18 mois avec sa petite fille en prison spéciale, puis séparée delle pendant quatre ans —, mais aussi par les interrogations intimes sur cette  aventure collective et personnelle commencée dans lespoir dun monde plus juste et plus jouissif, et terminée si vite dans le sang (le leur autant que celui de leurs victimes), les trahisons et lenfermement. Elle a toujours refusé le marchandage ignoble du repentir et de la dissociation (légalisés en urgence, respire !). Ni toi ni personne ne sait ce quelle y aurait gagné (légalement) ni ce que la responsabilité quelle a assumée pour toutes les actions de son organisation lui a fait perdre de possibilités de se défendre personnellement.

Tu comptes te l
accrocher où, sa peau ? Tu devras la partager avec ces vieux ex-communistes staliniens «repentis» de lex-PCI (Le repentir lucratif, ils lont dabord testé sur eux-mêmes…) qui ont troqué la violence de leur Prolétarisme totalitaire dantan contre celle dun Pénalisme populiste dont ils saoûlent la société italienne, avec la même sauvagerie insatiable, doublée de la même bonne conscience dont on fait les croyants et les murs des prisons (Cest quils sont démocrates modérés, maintenant. Comme on change !), et noublie pas doffrir les restes aux apparatchiks de la moderne Raison d’État relookée par les droites triomphantes, ils les auront bien gagnés !

En avant citoyens, tirons sur l’ambulance !

Je ne sais pas dans quelle culture émotionnelle et politique tu t
es sculpté, Charb, mais tu as lair de tenir pour évident quavec des gens dextrême droite (là encore tu tesquives, «extrême droite», cest à «fasciste» ce que «personne du troisième âge» est à «vieux» ou «employé dentretien» à «balayeur», juste un cache misère, ici celle de ta position) on se gorgerait de haine vengeresse.  Eh bien pas du tout, figures-toi !

Difficile de tailler son chemin dans la forêt de faux problèmes que tu dresses pour décourager d
arriver jusquà toi. Un exemple : «Est-ce quun ex-terroriste dextrême droite (cf. plus haut) qui aurait refait sa vie en France susciterait la même sympathie que Marina Petrella ? Qui sopposerait à son extradition ?»

D
abord, il ny en a pas, dex-terroriste fasciste italien réfugié en France, et la nature ayant horreur du vide, sil ny en a pas, cest parce quils nen ont pas eu besoin. Dabord parce que la répression a été beaucoup moins, disons efficace, pour ne pas froisser ta sensibilité et celle de tes amis démocrates italiens, que contre lextrême gauche. Ensuite parce que ceux qui ont fui sont allés en Amérique Latine où ils ont été accueillis par des camarades de lautre génération. Ils y ont vécu sans ennuis jusquici mais, comme par hasard, au moment où la demande italienne dextradition de Cesare Battisti arrive au bout de la procédure, un dentre eux a été arrêté au Brésil. Du coup, tous ceux qui prennent la justice pour lInquisition puisque, dans leurs fantasmes infantiles, leurs ennemis ne sont pas des hommes mais des puissances essentiellement maléfiques (tu en es ?), se trouveront justifiés à livrer la peau de Cesare pour quun fasciste soit puni.

Mais jouons à faire comme si, puisque tu trouves que c
est le moment, la partie sera brève : on sopposerait à son extradition, évidemment. Quant à la sympathie, faudrait voir de près ce que cet homme est devenu. On na pas tué Dieu pour prendre sa place et je ne crois pas aux monstres par nature.

Après ça s
embrouille, ton raisonnement. Les dictateurs et autres massacreurs, ils nont pas été extradés, eux (détail important au moment où Paolo Persichetti la déjà subie, où Cesare Battisti attend, du fond dune geôle brésilienne, un nouvel asile, et où Marina est sous décret dextradition). On peut réclamer quun procès ait lieu, que la vérité soit faite dans des délais et dans des conditions respectant les droits humains et que la peine soit fixée. Son effectuation, elle, est et doit rester adaptée aux circonstances, aménageable et même amnistiable. Cest au cœur des principes dun droit qui ne prétend pas consoler ni venger les victimes, mais leur rendre justice en qualifiant le crime. Quest-ce que tu lui trouves de si mal finalement, à Sarko, il a supprimé la grâce présidentielle pour les «fin de peine» et il se méfie tellement de léventuel sentiment dhumanité princier des futurs juges dapplication des peines, quil rend celles-ci imprescriptibles, il fait légaliser la peine de mort carcérale, et rejoindra sans doute bientôt son ami Berlusconi qui a légalisé lincarcération des sans-papiers en criminalisant le simple fait de vouloir vivre. Toi qui dis : plutôt leffroyable, que linsupportable fait du prince, tu nes pas content ? Tout sera dans la loi !

Marina a subi cette épreuve de la mise en accusation publique. Elle était présente à chacun de ses procès. Ils se sont faits dans des conditions extrêmes, et la vérité historique de cette époque reste prisonnière des menaces pénales qui pèsent encore sur les protagonistes et ne pourra s
élaborer librement quaprès une amnistie. LItalie, cousine en cela de la France daprès la guerre dAlgérie (à ceci près quil y a eu, en France, une amnistie, beaucoup plus généreuse dailleurs pour les militants de lOAS que pour les porteurs de valises et les pacifistes qui, considérés comme des traîtres à la Patrie, nont jamais retrouvé leurs droits civils, ceux par exemple de voter ou dêtre fonctionnaires), nest pas prête à affronter son histoire.

Quant à Papon, je distingue l
acte de comparution devant la justice, de la volonté de jeter en prison un vieillard jusquà sa mort, chose répugnante. Je ne vois pas pourquoi il faudrait devenir une brute chaque fois quon en croise une, alors quon na pas la capacité ou le désir de devenir poète quand on en rencontre un.

La suite de ton argumentaire, le crime contre l
humanité, la Syrie, jen peux plus. Quel rapport entre la complicité avec une machine génocidaire et des arguties de légalité internationale ? Tu finiras ton trip tout seul, bon voyage ! Vas faire un tour en Israël et Palestine, en Afrique du Sud, en Bosnie, ou au Rwanda par exemple, il y a là-bas des douleurs et des affronts ravalés, des crimes impunis, dune toute autre ampleur et profondeur que ceux qua connus lItalie, et cest sur cela que renaît un espoir de retour à la paix.

Mais on se retrouve à la fin, je suis d
accord avec la conclusion de ton texte : «Tout ça pour dire (Alors tu aurais dû ne dire que ça !) que les “gestes humanitaires” à la gueule du client (Mais, si jai bien lu, les clients qui sen sont pris plein la gueule, cest seulement ceux de gauche, non ? Ah si, Papon, joubliais ! Il faut lui offrir le corps de Marina pour égayer la solitude de son tombeau ?) ne servent quà justifier des injustices à la gueule du client.»

C
est vrai ! … Et alors, il faut les laisser faire une injustice de plus pour quil ny ait de justice pour personne ?

Viva la muerte !


LIBERTÉ POUR MARINA !
UNE VIE ACCORDÉE, ÇA NE SE REPREND PAS !


Janie Lacoste
Indymédia Paris Île-de-France, 21  juillet 2008.

Publié dans La police travaille

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