Le rectorat sanctionne lourdement le délit d'opinion ! n'acceptons pas !

Publié le par la Rédaction


Ce mercredi 25 juin à 8 heures, notre collègue Dominique Piveteaud, maître-formateur à l’école élémentaire rue Cavé (18e), était convoqué au rectorat par l’inspecteur d’académie.

Malgré :
— Le soutien exprimé par plusieurs centaines d’enseignants rassemblés devant le rectorat,
— Le témoignage positif et unanime de nombreux collègues, parents délèves, profs et stagiaires de lIUFM,
— La présence à ses côtés des quatre syndicats représentés en CAPD,
— Les propositions de conciliation faites par Dominique et les représentants syndicaux qui laccompagnaient : réponses constructives aux critiques figurant dans le rapport dinspection, demande de contre-inspection (cest un droit), acceptation dêtre inspecté par lIEN de la circonscription dès cette fin dannée…

L
inspecteur dAcadémie a maintenu ses attaques injustifiées et ses menaces de sanctions contre Dominique.

Conscient de l
illégalité dune sanction disciplinaire, car aucune faute professionnelle ne peut être retenue — ce qui est reproché à Dominique, cest davoir refusé conjoncturellement une inspection, d’avoir défendu des conceptions pédagogiques parfaitement respectables — dans l’intérêt des élèves dans un quartier difficile — M. l’IA a tenté darracher à Dominique une demande quil formulerait lui-même de «détachement» sur un autre poste (adjoint non IMF dans une autre circonscription). Il a refusé de lui accorder un délai au-delà de ce jour à midi.

À l
expiration de cet ultimatum intenable et inadmissible, lIA a annoncé sa décision de ne plus confier à Dominique de mission de maître-formateur et de le déplacer dans une autre affectation.

Cette double sanction est inadmissible, car elle est fondée sur un
délit d’opinion : «trop d’oppositions tous azimuts» a dit son ICC et une légalité qui ressemble au fait du prince : l’IA n’a cessé de dire qu’il ne s’agissait pas d’une sanction, mais qu’il ne renouvelait pas sa confiance à Dominique comme Maître Formateur.

Elle vise à faire un exemple de remise au pas, pour que chaque
enseignant(e) de Paris sache quil na dautre liberté que dobéir aux instructions ministérielles et académiques.

Cette situation est une première à Paris. Elle témoigne d’une volonté
de gestion autoritaire de tout conflit, sans débats réels, sans volonté d’arbitrage : l’administration a toujours raison, par principe.

Si nous laissons faire, c
est la fin de la liberté dexpression et daction comme pédagogue, comme travailleur, comme citoyen, comme personne.

Il est urgent de nous organiser pour défendre Dominique, nous opposer
à linjustice qui sabat sur lui, faire respecter nos droits et notre liberté professionnelle à tous. Nous appelons les collègues, dès demain, à se réunir, prendre position, informer les parents, organiser débrayages et délégations pour obtenir la levée des sanctions.

Les syndicats parisiens ont demandé d
urgence un rendez-vous à lIA — qui l’a fixé à mardi 1er juillet — et sadressent au ministre de l’Éducation nationale pour quil ne laisse pas se commettre une injustice.

Vendredi 27 juin 2008 à 12 heures aura lieu une AG à l
école de la rue du Département (18e) pour faire le point et décider des suites de laction.

Texte intersyndical du 25 juin 2008.

N’oublions pas : faisons signer massivement la pétition et débrouillons-nous pour être très nombreux au rectorat mercredi 2 juillet à 8 heures 30 précises pour peser sur la CAPD qui est conviée à 9 heures.

Un prof menacé pour «désaccord pédagogique»

Éducation. L’académie de Paris demande la mutation d’un professeur des écoles et le menace, en cas de refus, de comission disciplinaire.

Il a jusqu’à ce soir, 17 heures pétantes, pour déposer sa demande de mutation. Passé ce délai, Dominique Piveteaud, enseignant à l’école Cavé, dans le 18e arrondissement de Paris, risque d’être muté d’office, voire de passer en commission de discipline. Il perdra, du même coup, la possibilité d’exercer sa mission de maître-formateur à l’IUFM, puisque toutes les écoles ne possèdent pas de tels postes. «C’est ce que souhaite l’inspecteur de l’académie de Paris, assure-t-il. Il ne veut plus que je forme d’autres enseignants. Mais il ne veut pas non plus que cela passe pour une sanction.»

La veille, et avant de lui accorder ce sursis, le supérieur hiérarchique avait sèchement ordonné le transfert. La mobilisation d’enseignants parisiens l’a visiblement poussé à prendre plus de gants. Car l’affaire soulève des humeurs. Hier matin, les enseignants d’une école du 13e arrondissement refusaient de monter en cours. Dans le 18e arrondissement, on évoquait l’idée d’une grève.

La décision du recteur ne tient pas, affirme-t-on. «C’est une sanction prise hors protocole, souligne Clarisse Blancheau, institutrice rue Cavé. Aucune commission disciplinaire n’a été réunie. Et pour cause : aucune faute professionnelle ne lui est reprochée.» Contactée, l’académie n’était pas en mesure de s’exprimer hier après-midi.

Mais, selon Clarisse Blancheau, Dominique Piveteau est victime de ses engagements pédagogiques et politiques. Il participe au mouvement
RESF contre l’expulsion d’enfants sans papiers. Investi pédagogiquement, il est adhérent au Groupe français de pédagogie nouvelle (GFEN) et auteur de plusieurs ouvrages publiés à l’École des loisirs.

Lien de cause à effet ? Toujours est-il que Dominique Piveteaud se voit aujourd’hui vilipender pour ses manières d’enseigner. «En résumé, l’inspectrice de circonscription m’accuse d’utiliser la méthode globale, ce qui est faux. J’utilise une méthode mixte. Surtout, je m’appuie sur la littérature.»

On lui reproche également un manquement à la déontologie : en octobre, il a inclus un article de Charlie Hebdo au dossier de lecture de ses élèves. «C’était une planche de BD, qui croquait la journée des élèves de mon école, un jour de soutien à une enfant sans papiers.» Clarisse Blancheau précise : «Ce sont les parents eux-mêmes qui avaient demandé à avoir cet article…» On n’apprécierait pas, enfin, les positions qu’il affiche en conseil pédagogique, souvent opposées à celles de son inspectrice de circonscription. Celle-ci avait demandé à l’inspecter, en mars. Dominique Piveteaud a refusé. «J’ai déjà été inspecté sans problème il y a deux ans», argumente-t-il, quand la norme est d’une inspection tous les quatre ans. «Cette fois, je me sentais visé. Le climat était délétère. Elle venait de réduire un collègue en morceaux, je ne voulais pas vivre cela.»

Il faut dire que la dame a sale réputation dans la circonscription de la Goutte-d’Or, où elle œuvre depuis quatre ans. Les enseignants évoquent la démission, depuis son arrivée, de deux conseillères pédagogiques et le découragement de trois secrétaires de circonscription.

Dominique Piveteaud, lui, assure qu’il ne demandera pas sa mutation. «Ce serait reconnaître que j’ai tort», explique-t-il. «Jusqu’à présent, la diversité pédagogique n’était pas un obstacle, dès lors que nous avions pour objectif commun», se remémore-t-il. Fin d’une époque ? Son affaire, quoi qu’il en soit, rappelle celle de Pierre Frakowiak, inspecteur de l’Éducation nationale, qui, en 2006, avait été soumis à une procédure disciplinaire pour avoir critiqué le point de vue sur la lecture prôné par Gilles de Robien, alors ministre de l’Éducation.

Marie-Noëlle Bertrand
L'Humanité, 27 juin 2008.

Publié dans Éducation

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