Avril 2008 : Éclosion internationale de squats en simultané

Publié le par la Rédaction

L’appel «Avril 2008»

Au cours de l’été dernier, un appel à des actions décentralisées en soutien aux squats et espaces autonomes (
voir Blabla numéro 6), proposait de s’unir en avril 2008, pour plusieurs jours d’actions directes…

L’initiative fut accueillie avec enthousiasme : plus d’une centaine de personnes de divers collectifs prirent part à la rencontre de coordination à Dijon en novembre dernier et l’appel fut traduit en 18 langues. Nous semblions en effet nombreux à penser qu’à des menaces locales sur des «espaces libérés» devait correspondre une solidarité internationale et que cette lutte ne concernait pas des lieux isolés mais à un archipel hybride et sans frontières, inscrit au cœur des mouvements anti-capitalistes et anti-autoritaires.

Au final les forces collectives regroupées autour de cette initiative ont été plutôt surprenantes. La mobilisation en vue d’avril 2008 a été l’occasion de lancer certains regroupements et rassemblements intersquat «nationaux», comme en Allemagne ou en Grande-Bretagne, de produire des textes et d’en échanger, d’informer et d’alimenter des débats stratégiques.

Les jours dits, des événements et des actions ont été rapportés dans au moins 96 villes, éparpillés dans 26 pays ; la plupart situés en Europe, mais également à travers les continents avec des compte-rendus de Nouvelle-Zélande, des États-Unis, d’Israël et de Russie !

Une grande diversité de tactiques a été utilisée, du lâcher de banderoles aux actions de sabotage, en passant par du théâtre de rue, de nombreuses manifestations et fêtes de rues, des expositions, des repas de quartiers, et des discussions. Cependant, le week-end d’april2008 a majoritairement été marqué par des occupations. Plus de 30 nouveaux squats ont été ouverts, la plupart du temps dans des villes où manquaient des espaces politiques autonomes et où les politiques anti-squat avaient rendu difficile l’occupation de bâtiments vides. Même si certains d’entre eux ont déjà été expulsés, d’autres sont heureusement toujours là !

Ce week-end se voulait une étape dans une intensification et visibilisation de nos luttes. Une intersquat européenne a d’ores et déjà eu lieu à Berlin pour envisager la suite et contribuer dans la foulée aux journées d’actions locales «Wir bleiben alles» (Nous resterons partout).

Avril 2008 dans le monde

Un récit synthétique des diverses actions réalisées est trouvable sur en ligne (ainsi que des compte-rendus détaillés, films et photos). Sans les détailler ici, voici quelques exemples de la variété de ce qui a pu se produire et s’occuper durant ces journées :

À Vienne, Graz, Lins et Innsbruck, en Autriche, quatre bâtiments ont été squattés, dans certaines de ces villes c’était la première fois que des tentatives d’occupation avaient lieu depuis plus de 20 ans. À Copenhague, de jour comme de nuit, se sont enchaînés durant un week-end sous les coups de la police des fêtes pirates à 500, ballades sauvages, blocages de rue et nouvelles tentatives d’occupations d’immeubles. Ces actions étaient la plupart du temps appelées à la dernière minute par le biais de réseaux sms pour déjouer la répression.

Dans les Cévennes, un terrain a été squatté pour démarrer un champ de patates et un procès de squat empêché par une manifestation sonore, tandis qu’à Toulouse un groupe se réappropriait 9000 mètres carrés d’usine à l’abandon.

À Londres un agence immobilière squattée a été ouverte avec des informations et photos sur de nombreuses maisons vides, tandis qu’à Brighton a été occupé une ancienne église méthodiste, un pub du coté de Manchester ou un ancien jardin communautaire à Reading. À Leeds un centre d’aide au logement de la Mairie affichant encore un panneau d’origine «À Leeds le centre d’aide au logement change» a été squatté au centre-ville, tandis que les véhicules et locaux d’une compagnie dealant des logements de merde aux demandeurs d’asile étaient sabotés.

Dans plus d’une vingtaine de villes en Allemagne, les rues ont été occupées avec des bouffes collectives, barbecues, marchés aux puces gratuits, sound-systems, des performances de théâtre de rue ou des manifs à vélo… À Berlin, une radio pirate a pris les ondes et des gens se sont invités dans le jardin et la maison du propriétaire d’un bâtiment menacé d’expulsion. Après des attaques contre certaines agences de restructuration de quartiers populaires, des sabotages de machines de chantiers de constructions d’appartements pour riches et des incendies de voitures de luxe, un gros événement de propagande sur les nouveaux projets d’urbanisme a dû être annulé par peur des troubles.

À Alytus en Lituanie une manifestation-visite des bâtiments vides de la ville a été organisée.

À Jérusalem, une banderole «Des espaces libres pour des personnes libres» a été accrochée sur un énorme pont en construction à l’entrée de la ville, avant le début d’une free party pirate.

À Amsterdam, un des plus gros musées de la ville, laissé vide a été occupé quelques jours. À Turin, un groupe de squatters déguisés en politiciens ont deversé les morceaux de murs et gravats d’un squat récemment expulsé à l’entrée de la mairie.

À Porto, un ancien parc public a été repris.

À Göteborg en Suède un grand bateau-restaurant à tête de dragon a été pris d’assaut et squatté pendant 24 heures par une cinquantaine de pirates.

Avril 2008 à Dijon et le retour impromptu du Toboggan

À Dijon, une zone autonome temporaire a été installée au centre ville en début d’après-midi, avec un magasin gratuit, un infokisoque plein de brochures et de fanzines, de la musique, de la nourriture végétalienne, un atelier de détournement publicitaire et une expo photo sur les squats et les luttes locales. Puis, une centaine de personnes se sont rassemblées pour manifester à travers les rues, avec des banderoles contre l’expulsion du squat du Mât-noir et en défense des espaces occupés à travers le monde. La manif a été marquée par des fumigènes, sabotages de pubs, collages et bombages sur des murs d’anciens squats expulsés et toujours vides. Alors que le cortège arrivait devant le Toboggan, un squat expulsé un an auparavant par la Mairie, des banderoles et nouveaux occupants apparurent encordé-e-s sur le toit et aux fenêtres, brisant les chaînes pour laisser le passage aux manifestant-e-s et annonçant l’ouverture du «Toboggan deux, le retour !» Les policiers et baqueux pris par surprise durent se contenter d’observer, hargneux, de l’autre coté de la route, tandis que le jardin était envahi, et les portes murées démontées collectivement à coups de masse. La façade fut immédiatement repeinte d’une fresque qui disait «Réenchantons les espaces abandonnés» et recouverte de photos de squats du monde entier.

Cette action avait pour objectif de mettre à nu les mensonges de la Mairie qui, il y un an, avait prétendu avoir des projets urgents sur la maison pour justifier son expulsion, et utilise aujourd’hui le même type de mensonge pour expulser le squat du «Mât-noir», ouvert depuis décembre. Les samedi et dimanche la réoccupation du Toboggan a donné lieu a des concerts, fabrication et dégustations de pizza, et projections de films dans un jardin ensoleillé. Le dimanche soir un groupe de Dijonnais et d’ami-e-s venu-e-s pour le week-end ont décidé de rester dans la maison pour y vivre et y organiser des activités. La mairie a immédiatement entamé une nouvelle procédure d’expulsion du Toboggan. Depuis lors, les habitant-e-s du Toboggan et du Mât-Noir, tout deux légalement expulsables, se sont unis face à l’adversité et appellent à les rejoindre pour construire une résistance collective sur place et continuer des activités malgré la menace de débarquement imminent d’escouades de CRS.

Article tiré de Blabla numéro 7, 18 juin 2008
Journal dijonnais de contre-infos.

Commenter cet article