L'État belge instaure un climat de peur et criminalise certains acteurs politiques

Publié le par la Rédaction


On se souvient encore de l’affaire des écoutes des militants altermondialistes pendant la présidence belge de lUnion européenne en 2001. Trois militants participant à lorganisation des manifestations «S22 vers D14» et un journaliste avaient été mis sur écoute et leurs activités avaient été surveillées. Pour ces surveillances, les forces de police avaient utilisé les nouvelles lois «anti-terroristes». Deux ans après les faits, la justice a reconnu le caractère abusif de cette opération policière.

Début 2006, le procès de militants du DHKPC, également accusés de terrorisme, se soldait par de lourdes condamnations à des peines de prison. Parmi les condamnés, certains n’avaient commis aucun acte illégal, ils étaient
condamnés en raison de leur appartenance à un groupe communiste révolutionnaire pour lequel ils avaient effectué un travail d’information sur la situation politique en Turquie. Ce verdict avait été confirmé en appel. Alors que les prisonniers étaient détenus dans des conditions inhumaines, le comité de surveillance des services de renseignement dévoilait en janvier 2008 que la ministre Onkelinx et des membres des «services de sécurité» avaient en toute conscience violé la législation belge. En février 2008, la Cour d’appel d’Anvers a finalement cassé les jugements précédents. Aujourd’hui l’arrêt de la Cour d’Anvers est discuté par la Cour de cassation, qui devrait rendre son avis dans les semaines qui viennent (le ministère public a plaidé, la défense le fera le 24 juin).

Depuis ces deux affaires, les lois terroristes de l’État belge ont servi au gouvernement pour perturber les fêtes de nouvel an à Bruxelles en raison d’une supposée menace d’attentat, à propos de laquelle aucun élément probant n’a été avancé.

Ces derniers jours, ces lois terroristes servent à nouveau :

Ce jeudi 5 juin au matin, une vaste opération policière a lieu en Belgique et en France. De nombreuses perquisitions sont menées et plusieurs militants du
Secours Rouge/APAPC sont arrêtés, dont un ex-membre des CCC, Bertrand Sassoye, mais aussi Constant, transporteur routier, Abdallah, réfugié (politique) libanais, et Wahoub… journaliste à la RTBF ! Dans ce qui pourrait passer pour un délire paranoïaque, les autorités belges vont même arrêter Virginie, ex-compagne de Bertrand, dont l’activité terroriste consiste en… la réalisation d’affiches (elle est graphiste) ; plus chanceuse que les autres elle évite néanmoins le mandat d’arrêt. Parallèlement deux autres personnes sont arrêtées, Pierre Carette, lui aussi ex-membre des CCC, membre de Solidarité-Liberté ainsi que Jean-François, sympathisant du Secours Rouge. On leur reproche de n’avoir pas respecté les termes de leurs conditionnelles, en ayant fréquenté régulièrement Bertrand après leur sortie de prison. Quant aux camarades du Secours Rouge, il leur serait officiellement reproché des liens avec une organisation communiste italienne, le PCpm… ce qui n’est un secret pour personne puisque le Secours Rouge soutient ces prisonniers politiques depuis leur arrestation en février 2007, comme toutes les autres sections du Secours Rouge, et que ce soutien relève de la simple liberté d’expression, une nouvelle fois remise en cause dans cette lamentable affaire ! ! !

Le
mutisme du parquet fédéral sur les raisons précises de ces arrestations empêche de développer une opinion claire et réfléchie sur cette histoire. Néanmoins, on peut déjà remarquer que quatre personnes sont soupçonnées dans cette affaire et qu’une cinquième, Pierre Carette ancien membre des CCC, a également été arrêté pour un motif assez «banal» : il est soupçonné de n’avoir pas respecté les conditions de sa libération. Pourtant Pierre Carette a été arrêté en même temps que les autres et par les mêmes unités anti-terroristes, ce qui amène certains médias à publier en une des articles sur le «retour» des CCC et autres titres visant à développer un climat de peur. Or, actuellement, le peu d’informations du parquet fédéral et la présomption d’innocence ne permettent aucunement de faire un rapprochement entre «les CCC» et les soupçons à l’égard des personnes arrêtées. Ces remarques, et d’autres sur le traitement juridique et médiatique de cette affaire, sont développés (notamment) dans ces deux textes : «CCC : quel traitement journalistique ?» et «CCC : flou judiciaire et emballement médiatique».

Indymedia Liège, 8 juin 2008.

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