Le abitudini degli editori e le nostre / Les habitudes des éditeurs et les nôtres

Publié le par la Rédaction

«Ce crétin de Guidi-Buffarini se permet une allusion aux «peines de l’I.S. de Milan» (peut-être n’a-t-il pas compris la différence de nos relations avec Milan, à l’époque Sigiani, et maintenant avec vous ? C’est tout de même insolent, et la lettre de Raoul sera sans doute suffisante pour le lui faire comprendre). Puisqu’«il veut bien» dire qu’il ne se propose pas de modifier le sens de la traduction — Foutredieu ! il ne manquerait plus que ça… —, il n’y a aucune raison de discuter sur sa prétention à ne pas engager sa «Maison» à ne pas changer une virgule. Très précisément, nous ne voulons pas que sa Maison change une seule virgule. S’ils ne peuvent s’y engager, ils n’éditeront pas, voilà tout.

En fait, il semble qu’il voudrait tout simplement faire ou contrôler, ou signer lui-même, la traduction. La position de Raoul est claire : il ne veut que Gianfranco (ou quelqu’un que choisirait Gianfranco) comme traducteur. Si la chose ne s’arrange pas rapidement, nous pourrons encore préciser chez Gallimard que Raoul refuse la traduction telle que la propose Sugar. J’ai dû vous dire que notre rupture chez Gallimard a laissé des regrets, et des sympathies pour nous, chez plusieurs des responsables «techniques». Et je doute que Gallimard, secoué comme il a été, veuille encore prendre le risque d’un conflit nouveau avec nous, sur une question cette fois où «le bon droit» de Raoul est clairement établi.»
Guy Debord, lettre à la section italienne de l’I.S., 7 mai 1969


«Sugar avait écrit une lettre stupide à Gallimard, pour dire qu’il refusait la traduction, mais en essyant de lui faire faire pression sur Raoul. Raoul a confirmé chez Gallimard qu’il faut laisser Sugar ; et tout autre qui n’en passerait pas par notre traducteur. Il a aussi écrit une lettre injurieuse à Sugar, dont il vous enverra un double.»
Guy Debord, lettre à la section italienne de l’I.S., 20 juin 1969


Le abitudini degli editori e le nostre


Talvolta l’I.S. sceglie di utilizzare la forma di edizione concorrenziale per ottenere una diffusione delle sue tesi qualitativamente diversa da quella che può garantirsi autonomamente. Noi siamo ben avvertiti dei limiti di questa scelta e non ci aspettiamo, da una casa editrice commerciale, altro che rapporti puramente commerciali (è sufficiente sapere che non accetteremo di discutere il contenuto, o la forma, dei testi che intendiamo pubblicare). L’edizione di tipo borghese-concorrenziale non pretende, generalmente, di garantire alcuna coerenza fra sé e i suoi autori, e non ne impegna la responsabilità nel proprio comportamento.

È precisamente su queste basi che noi abbiamo preteso di impostare i nostri rapporti con la casa editrice Sugar, dopo che questa aveva acquistato da Gallimard i diritti di riproduzione per l’Italia del Traité de
savoir-vivre à l’usage des jeunes générations. Ciò era avvenuto con la condizione, richiesta da Vaneigem, che la traduzione e l’eventuale introduzione fossero curate da Gianfranco Sanguinetti o da una persona da lui indicata. Il fatto che la collaborazione del nostro compagno fosse accettata non senza riserve, l’insorgere continuo di ostacoli e di ritardi immotivati, e infine il trapelare dell’esistenza di rapporti compiacenti fra il redattore Luigi Guidi e alcuni antisituazionisti, avevano accumulato tutti gli elementi di una situazione intollerabile. Guidi si è anche creduto autorizzato a scrivere a Vaneigem una lettera assortita di espressioni di fatuo rispetto e di insinuazioni sulla sezione italiana dell’I.S. A questo punto non rimaneva che provocare una chiarificazione sufficiente e definitiva : alla lettera di Vaneigem che reiterava tutti i termini dell’impegno e che non permetteva più alcuna ambiguità, le Edizioni Sugar hanno risposto decidendo di rinunciare alla pubblicazione del libro, mostrando di non gradire e di non potersi permettere una correttezza inconciliabile con i loro secondi fini. In seguito, l’editore Sugar ha inopportunamente indirizzato a Gallimard la lettera che pubblichiamo insieme alla risposta in cui deve finalmente essersi riconosciuto. Ciò che l’editore crede di non condividere non sono i nostri «principi» ma, fortunatamente, la nostra mancanza di principi.

Cara Signora Kastelitz,
È con molto rammarico che noi ci vediamo obbligati a rinunciare a firmare il contratto per il libro di Vaneigem Traité de savoir-vivre. In effetti abbiamo constatato che la clausola II concernente il traduttore, ci impegna eccessivamente, considerando anche l’attitudine bizzarra del signor Vaneigem, le sue lettere che non ammettono la possibilità di un incontro. Noi ci rammarichiamo davvero molto che ciò avvenga con una Casa come la vostra, che stimiamo tanto, ma sono sicuro che voi capirete la situazione e anche che non è possibile per un editore che ha tradotto autori molto più difficili, come Burroughs e Lukács, di farsi imporre un traduttore che noi non conosciamo e i cui principi non condividiamo.
In allegato troverete il contratto.
Vogliate credere, cara Signora, all’espressione dei nostri migliori sentimenti.
Sugar Editore
Massimo Pini
Milano, 19 maggio 1969

Pattumiera,
A forza di imboccare la trombetta di Burroughs e di Guidi, tu hai finito per nutrirti esclusivamente di questa broda biancastra. Non cambiare nutrimento. I pavé sono indigesti e, con i tempi che corrono, fare l’editore è un mestiere pericoloso.
Quando hai capito di non poter masticare il boccone, hai battuto in ritirata con una prudenza che uno dei tuoi colleghi avrà presto l’occasione di invidiarti. Cosi non soltanto hai salvato i tuoi mobili — perchè se la traduzione non fosse stata quella di Sanguinetti, tu avresti potuto misurare la fragilità delle cose — ma ti trovi in più protetto da uno strato supplementare da disprezzo.
Questo almeno non ti sembrerà bizzarro: ti sputo in un occhio. Lecca!
Raoul Vaneigem
Bruxelles, 17 giugno 1969

Internazionale situazionista numero 1, luglio 1969
Rivista della sezione italiana dell’I.S.


Les habitudes des éditeurs et les nôtres

L’I.S. choisit quelquefois d’utiliser la forme d’édition concurrentielle pour obtenir une diffusion de ses thèses qualitativement différente de celle qu’elle peut se garantir de façon autonome. En ce qui nous concerne, nous sommes bien conscients des limites de ce choix et nous n’attendons, d’une maison d’édition commerciale, que des rapports purement commerciaux (il suffit de savoir que nous n’accepterons de discuter ni le contenu ni la forme des textes que nous désirons publier). L’édition de type bourgeoise-concurrentielle ne prétend pas, en général, garantir une quelconque cohérence entre elle et ses auteurs, et elle n’engage pas leur responsabilité dans son comportement.

C’est précisément sur ces bases que nous prétendions fonder nos rapports avec la maison d’édition Sugar, après qu’elle eut acquis de Gallimard les droits de reproduction pour l’Italie du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations. Cela avait été soumis à la condition, posée par Vaneigem, que la traduction et l’introduction éventuelle soient confiées à Gianfranco Sanguinetti ou à une personne désignée par lui. Le fait que la collaboration de notre camarade ne soit pas acceptée sans réserve, l’opposition continuelle d’obstacles et de retards sans motifs, et, pour finir, la rumeur de rapports complaisants entre le rédacteur Luigi Guidi et certains anti-situationnistes, avaient accumulé tous les éléments d’une situation intolérable. Guidi s’est même cru autorisé à écrire à Vaneigem une lettre assortie d’expressions de vain respect et d’insinuations sur la section italienne de l’I.S. À ce moment, il ne restait qu’à provoquer une clarification suffisante et définitive : à la lettre de Vaneigem qui réitérait tous les termes de l’engagement et qui ne permettait plus aucune ambiguïté, les Éditions Sugar ont répondu en décidant de renoncer à la publication du livre, montrant qu’elles ne voulaient ni ne pouvaient se permettre une correction incompatible avec leurs arrière-pensées. Ensuite, l’éditeur Sugar a inopportunément adressé à Gallimard la lettre que nous publions avec notre réponse, dans laquelle il doit enfin s’être reconnu. Ce que l’éditeur croit ne pas partager, ce ne sont pas nos «principes», mais, heureusement, notre manque de principes.

Chère Madame Kastelitz,
C’est avec un grand regret que nous nous voyons obligés de renoncer à signer le contrat pour le livre de Vaneigem, Traité de savoir-vivre. En effet, nous avons constaté que la clause II concernant le traducteur nous engage par trop, sans compter l’attitude bizarre de M. Vaneigem, ses lettres qui n’admettent pas la possibilité d’une rencontre. Nous regrettons franchement beaucoup que cela se produise avec une maison comme la vôtre, à l’égard de laquelle nous avons tant d’estime, mais nous sommes sûrs que vous comprendrez la situation et aussi qu’il n’est pas possible pour un éditeur qui a traduit des auteurs bien plus difficiles, comme Burroughs et Lukàcs, de se faire imposer un traducteur que nous ne connaissons pas et dont nous ne partageons pas les principes.
Vous trouverez ci-joint le contrat.
Veuillez croire, chère Madame, à l’expression de nos sentiments les meilleurs.
Sugar Éditeur
Massimo Pini
Milan, le 19 mai 1969

Poubelle,
À force d’emboucher la trompette de Burroughs et de Guidi, tu as fini par te nourrir exclusivement de leurs pertes blanches. Ne change pas de nourriture. Les pavés sont indigestes, et, par les temps qui courent, faire l’éditeur est un métier dangereux.
Quand tu as compris que tu ne pourrais pas avaler le morceau, tu as battu en retraite avec une prudence que l’un de tes collègues aura vite l’occasion de t’envier. Ainsi, tu n’as pas seulement sauvé tes meubles — parce que si la traduction n’avait pas été celle de Sanguinetti, tu aurais pu mesurer la fragilité des choses —, mais tu te trouves en plus protégé d’une couche supplémentaire de mépris.
Ceci, au moins, ne te semblera pas bizarre : je te pisse à la raie. Lèche !
Raoul Vaneigem
Bruxelles, le 17 juin 1969

Traduit de l’italien par Joël Gayraud & Luc Mercier
Écrits complets (1969-1972) de la section italienne de l’I.S.
Contre-Moule, Paris, 1988.

Publié dans Debordiana

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