Jura soixante-huitard

Publié le par la Rédaction



«Les Champagnolais racontent “leur” mai 1968»

Marie Morlot


Un résumé édifiant de la prégnance de l’encadrement bureaucratique, sans un mot du courant «libertaire» qui arborait le drapeau noir sur le bastion des sociaux-traîtres :
«Mai 68 : les Sanclaudiens étaient dans la rue»
[…] Le 11 mai, dans la capitale, la fièvre estudiantine enflamme le quartier Latin. Le 13, un ordre à la grève générale est lancé. Les ouvriers ont pris le relais des étudiants. La mobilisation est totale.
Dès cet instant, la cité pipière participe. Les ouvriers, employés et enseignants suivent le mouvement. Spontanément. Le 15, les employés communaux cessent le travail. À partir de cette date, les défilés sont quasi quotidiens. Ils rassemblent à chaque fois près de 800 personnes en fin de journée devant la sous-préfecture. Le cortège suit la rue du Pré, s’attarde place du 9 avriul 1944, passe par la rue du Collège et s’arrête place de la Grenette. Là, meneurs syndicaux, lycéens, mais aussi simples anonymes, haranguent la foule.
Les délégués syndicaux se retrouvent tous les vendredis en assemblée générale à la Bourse du travail, dans les sous-sols de la Maison du peuple qui prend des allures de véritable fourmilière. Les débats y vont bon train. La radio marche constamment.
Le mardi 25 mai, 1000 personnes assistent au meeting organisé par les organisations syndicales à la Grenette en présence des responsables départementaux. Le 27, ils sont 1500.
Les ouvriers de l’Ébonite, Grandclément, Manzoni-Bouchot, Merton, Berrod-Regad, Dalloz, etc., occupent les usines, dans le calme. Ils sont suivis par les employés de la Caisse d’allocations, de la Sécurité sociale, d’EDF, des PTT, par les cheminots, les éboueurs, etc. Les lycéens, eux, constituent un Comité d’action.
Une caisse de grève est créée. Un fonds de solidarité est constitué. Un appel est lancé à tous les commerçants pour qu’ils soutiennent le mouvement et aident les familles les plus démunies. Des permanences sont tenues à la bibliothèque de la Maison du peuple. Le Conseil municipal se déclare prêt à aider les familles dans le besoin.
Le mercredi 29 mai, une délégation intersyndicale est reçue par les représentants de la Chambre [patronale]. Aucune sanction ne sera prise à l’encontre des grévistes. Ces derniers obtiennent également l’assurance de l’application du SMIG à 3 francs et d’une augmentation de salaire de 7% au 1er juin.
Début juin, le travail reprend sans heurt. Presque naturellement. La plupart des revendications locales ont été satisfaites.
Renaud Lambolez

Le Progrès, 24 mai 2008

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