L'Opus Dei contre les éditions Après la lune

Publié le par la Rédaction


«Camino 999… Le titre est indiscutablement efficace. Jean-Jacques Reboux, le fondateur et directeur des jeunes éditions Après la lune, ne cache pas sa satisfaction près d’un an après la sortie du livre : «On réfléchissait à un titre pour ce roman, et c’est arrivé d’un coup : Camino fait directement référence à l’ouvrage le plus connu d’Escrivá de Balaguer, le fondateur de l’Opus Dei. Ce livre d’édification religieuse compte 999 sentences. Si vous retournez les chiffres, vous obtenez 666, le nombre de la Bête, tel qu’il apparaît dans l’Apocalypse. Pour un “polar”, franchement, c’était plutôt marrant et ça sonnait pas mal…»

C’est peut-être ce qui, au printemps 2007, a attiré l’attention de l’Opus Dei sur ce roman de Catherine Fradier, auteure connue du petit milieu du «polar» francophone, dont la notoriété n’allait sans doute pas jusqu’aux bureaux de cette organisation parfaitement intégrée dans l’Église catholique, comptant un peu plus de neuf cents membres en France (quatre-vingt mille dans le monde) et n’ayant rien d’une amicale littéraire. Camino 999 donne une image particulièrement peu reluisante de l’Opus Dei («œuvre de Dieu» en latin), qui y apparaît comme une organisation mafieuse n’hésitant pas à recourir au meurtre pour protéger ses affaires. Assignés en justice par la prélature de l’Opus Dei en France, qui reprochait à ce roman de mêler des éléments réels (noms de responsables de l’œuvre, par exemple) à la fiction et d’être ainsi diffamatoire à son égard, Fradier et Reboux n’ont pas été condamnés : l’assignation a été déclarée nulle par les magistrats de la 17e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris, le 21 novembre 2007, en raison du manque de précision de ses griefs. «Cette affaire n’a pas été jugée sur le fond», regrette M. Arnaud Gency, numéraire 
et responsable de la communication pour la prélature de l’Opus Dei en France. «Il faut bien que les gens comprennent qu’on ne peut pas continuer à dire n’importe quoi sur nous.» À bon entendeur…»

«Opus Dei, de la légende noire à la normalisation médiatique»
Jérôme Anciberro, Le Monde diplomatique, mars 2008

Commenter cet article