Vive la lutte des dockers marseillais !

Publié le par la Rédaction

Port de Marseille : échauffourées entre dockers et forces de l’ordre

Le conflit social au Port autonome de Marseille s’est envenimé mardi matin avec de vives empoignades entre des agents grévistes et les forces de lordre, a-t-on appris de source policière. Un policier a été blessé à la tête devant la mairie et un véhicule des forces de lordre a été incendié.

Les manifestants ont jeté des chaises, des pierres et des bouteilles sur les policiers. Les CRS ont riposté en envoyant des bombes lacrymogènes. La situation a dégénéré à la fin de la rencontre entre la délégation des agents CGT du port et ladjointe au maire chargée de la qualité de la ville, Martine Vassal, en labsence du maire Jean-Claude Gaudin et de son premier adjoint Roland Blum, retenus à Paris.

Les manifestants ont voulu organiser une conférence de presse devant l
Hôtel de ville, à laquelle se sont opposées les forces de lordre. Quelque 500 agents manifestaient jusque-là contre le projet de réforme du statut des ports, dont lexamen commence ce mardi au Sénat.

La direction du Port autonome de Marseille estime avoir «perdu à ce jour 50 escales de navires depuis le début des mouvements sociaux le 17 avril, dont 45 escales de navires de marchandises». «Ces annulations ont entraîné une perte de trafic de 35.000 conteneurs, de 11.000 tonnes de produits pétroliers et de 1270 passagers. Les pertes financières sont estimées à plus d'un million d
euros», précise-t-on de même source.

NouvelObs/AP, 20 mai 2008


Violents affrontements sur le Vieux-Port

Le Vieux-Port a vécu ce mardi matin un drôle de western, qui a démarré pile quand, sortant de la mairie de Marseille après avoir été reçu par une adjointe, un porte-parole des employés portuaires en grève s’est adressé aux manifestants : «Pas d’incidents. Un peu de calme, les gars !» Et c’est parti en vrille, instantanément. Coups de matraque, lacrymos, jets de cailloux : pendant trente minutes, la violence se déchaîne de tous côtés. Des chaises prises sur les terrasses de bar volent, un début d’incendie se déclare dans un camion de police. Les flics répliquent en balançant de la lacrymo à tout va et s’inquiètent : «Ça tire des billes !» Des fusées de détresse, aussi, ainsi que des bouteilles. Un marteau vole bas, de très gros cailloux également.

Un gradé fait son rapport au talkie : «Ça caillasse de partout ! C’est pas bon ! On est encerclés de partout, des accrochages très sévères.» Autre message : «Jourdain de Polaire ! Ils remontent au contact sur le Vieux-Port !» «Ils sont dans le parking ! Y a des usagers ! Faut évacuer le parking !» Les yeux brûlent. Des militaires américains, en escale avec leur porte-avions, contemplent les ébats, des passants marchent en panique. L’ambiance est bizarre : des grands moments de violence et d’insultes, puis le calme et de nouveau les pétards, les lacrymos… Un flic lâche à un CGTiste du service d’ordre : «Franchement, ça ne sert à rien qu’on se tape dessus entre nous !» Mais ça continue.

Pourtant, à 7h30, l’ambiance semblait bon enfant quand, pour marquer le premier jour d’examen par le Sénat du projet de loi qui doit aboutir à une privatisation partielle des ports, des agents du port autonome de Marseille (PAM) et des dockers ont placé deux engins tout près de la mairie en gueulant : «On va vous niquer ! On reste là quinze jours ! Appelez du renfort !» Polis, donc, avec une banderole : «Gaudin ! Tu ne vendras pas notre port !» Mais le sénateur-maire UMP, très favorable à la réforme qui lui semble seule à même de relancer des ports français en perte de vitesse inquiétante, n’est pas là : il est au Sénat, justement, à Paris.

Les CRS, nombreux (200, selon la police), mettent en face leurs camionnettes. Puis on attend. Les manifestants veulent aller devant la mairie, les policiers refusent. Un gradé : «Pas possible ! J’ai des instructions du Préfet de ne pas les laisser avancer.» À 10h45, tout part en quenouille : les manifestants, 500 à 700 selon la police, veulent avancer, les flics s’y opposent. Au bout d’une demi-heure, ça se calme, sans trop de dégâts, à part un véhicule de la police municipale partiellement brûlé. Mais toute cette violence, à qui la faute ?

«On était venus sans volonté de détériorer, assure Pascal Galéoté, secrétaire général des agents du Port (CGT). Les forces de l’ordre ont décidé de franchir une étape et je crains le pire.» Stéphane Stamatiou, secrétaire général des dockers de Fos-sur-Mer (CGT) : «Les d
ébordements ne sont que la traduction du premier flic de France qui a bien dressé ses troupes. Lorsque les manifestants demandent à être écoutés, ils n’ont que les lacrymos en réponse.» Il prévient : «Si on s’amuse au rapport de forces, on verra ! Les portuaires ne sont pas à la maternelle, ce sont des hommes, des vrais et s’il faut qu’on le montre, on le montrera. Ce n’est pas en recevant des coups de bâton dans le derrière que ça va faire avancer les choses.»

Pascal Galéoté ajoute : «Les flics sont sur les dents, ils doivent avoir des consignes. Le gouvernement essaye de faire passer un message de dureté, de fermeté. Mais dans deux jours, on est encore dans la rue [pour la manif de jeudi]. Comment ça va se passer ? Vous croyez que les salariés vont oublier ce qui s’est passé aujourd’hui ? Il va falloir gérer ça.»

Et gérer ça, c’est aussi le problème du Port. Les actions sporadiques menées depuis un mois ont fait perdre au PAM un million d’euros, selon ses chiffres, sans compter les pertes des entreprises de la place portuaire et des clients du port. Le PAM affirme avoir perdu 50 escales de navires depuis le 17 avril, soit 35.000 conteneurs qui représentent, selon lui, «l’équivalent de deux semaines de trafic».

Or, le conflit pourrait durer jusqu’au 31 octobre, date prévue pour la fin des négociations sur les transferts prévus de personnel et d’outillage du public au privé. La CGT se dit «dans la capacité de s’inscrire dans le long terme», mais Pascal Galéoté s’interroge : «Vous voyez l’impact économique que ça a ?» Le syndicat préfèrerait de vraies négociations, car il n’est pas opposé en bloc à la réforme et se dit prêt à discuter. «L’opposition frontale n’est pas salvatrice», admet Galéoté. «On n’est pas des gréviculteurs, assure Daniel Manca (dockers CGT). On ne fera pas grève illimitée. Mais il faut des accords négociés. Et il y a un débat de fond : le maire, ici, veut des hôtels de luxe sur le port, des bateaux de croisière, un Palais des Congrès, une marina, pour nous éliminer petit à petit, pour que ceux qui profitent du Port ne soient pas ceux qui, comme nous, y travaillent.»

Michel Henry
LibéAix-Marseille, 20 mai 2008


Publié dans Transports

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