Trois ans après ta mort...

Publié le par la Rédaction


Hommage à Nicolas David Neira, assassiné impunément le 1er mai 2005 par la police anti-émeute de Colombie, ESMAD (Escuadrón Móvil Anti Disturbios).

La mort nous a surpris, soudain, par traîtrise, dansant dans l’ombre sombre du pouvoir. La brutalité vêtue d’uniforme, puant le cadavre, sentant l’autorité, t’a pris dans le dos, vilement, ils t’ont frappé à plusieurs reprises, de façon presque théâtrale, agréable, ils t’ont entouré comme des hyènes affamées, ils t’ont tué à force de coups, les durs coups du pouvoir contre ceux qui s’opposent à lui.

Tu te rappelles le jour de ton enterrement, un jour ensoleillé pour une fois que le froid nous enveloppait, paralysait nos pensées, couvrait par instant des siècles d’agonies et de rage. Je sentais­ que la tristesse me poussait d’un côté et la rage de l’autre. Nous étions peu nombreux à cette occasion, peu nombreux à entendre les pelletées de terre tombant sur ton cercueil, contenant ton jeune corps d’à peine 15 ans.

Aujourd’hui les événements, je ne pardonne pas, je n’oublie pas, je pense à chaque fois à la façon dont les assassins du pouvoir t’ont tué, petit Nico, je t’avoue que ma peau tremble, mon sang bout, une larme suinte, accompagnée d’une grimace qui fend mes lèvres.

Trois ans après ta mort, le poing levé je te dis que je ne me suis pas rendu, que je n’ai pas fléchi, que je n’ai pas dévié, que la lutte pour la liberté continue. Je te dis que je suis toujours l’architecte de mon propre destin, que je hais le pouvoir plus qu’auparavant, que sa double morale me rend malade (complice de ton assassinat) et que derrière mon regard à chaque fois que j’affronte le pouvoir il y a tes yeux, ceux de tous ceux qui ont été assassinés par le terrorisme d’État, terrorisme protégé par des lois couvertes de sang, lois assassines.

Nico, ces mots inattendus sont pour toi comme pour les milliers de jeunes qui s’opposent à l’ordre établi, qui sont pour un monde libre d’atrocités comme ta mort, un monde où les nervis du pouvoir ne soient que des vestiges du passé, un serment que nous assumons avec nos vies.

Comme j’aurais voulu te connaître davantage, parler de la vie, de la liberté et de banalités, mais le bourreau va plus vite, c’est pourquoi je t’écris cette lettre sans prétendre faire de toi un mythe ou un martyr, mais afin de t’écrire de la façon la plus humaine, la plus libertaire.

Toi, comme les milliers de morts entraînés par ce système, toi comme les milliers de disparus, toi comme les millions d’exclus, vous êtes la cause de ma rébellion permanente, de mon insubordination, la raison de crier du plus profond de mon existence : ÇA SUFFIT !… pour défier le pouvoir, lui faire tête sans répit et continuer à construire des voies de liberté et de résistance, des voies parfumées de dignité.

Nico ces mots sont pour toi.

ESMAD ASSASSINS - NICO VIT !!!

Avec combativité et tendresse.

Moi, un anarchiste
Bogota, 28 avril 2008

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