Tendances carcérales

Publié le par la Rédaction

«Pour des coûts proches de ceux enregistrés en Inde»

Des spots publicitaires, des articles dans les journaux ont étalé les avantages qu’auraient les entreprises à s’installer dans les prisons, sans s’attarder sur les conditions de travail et les salaires.

Une société française de sellerie, Forestier, a décidé de relocaliser en France huit emplois dans un centre de détention de Charente-Maritime. L’entreprise a choisi de rapatrier des emplois délocalisés en Inde «pour avoir un œil direct sur la production de certaines pièces», selon Axel Bourdin et Jean-Philippe Jardin, respectivement directeur général et président de la société. «En Inde, nous avions des problèmes de copie, de surconsommation de cuir, de confiance en général», ont précisé les deux responsables. «Nous avons donc décidé de rapatrier ce travail et de le proposer aux détenus de Bédenac, à une soixantaine de kilomètres de nos usines», ont-ils ajouté. «Nous avons formé les prisonniers, qui se sont pris au jeu et produisent un travail à la tâche de qualité, pour des coûts proches de ceux enregistrés en Inde. Tout se passe dans la plus grande confiance car nos ouvriers de la prison ont accès à tous les outils de sellier, dont certains sont tranchants comme des rasoirs», ont-ils souligné.

Qui veut implanter son entreprise en prison ?

«Un local gratuit, respectant toutes les normes, tout équipé en eau, gaz et électricité, une main d’œuvre payée au minimum 3,78 euros brut de l’heure.» Normalement ça ne se refuse pas ! «Sans compter que le local est accessible aux poids lourds et que l’encadrement des détenus travailleurs est assuré par le personnel pénitentiaire.» Et pourtant, ça ne se bouscule pas au portillon. Le directeur Jacques Paris et la directrice de détention Magali Colombi ont même permis aux prisonniers de réaliser une jolie plaquette sur papier glacé pour publiciser cette offre commerciale. Airbus a répondu présent à la prison de Draguignan : «Nous avons implanté cette première base et nous envisageons d’aller encore plus loin avec du travail sur des petites pièces d’assemblage pour Airbus. Nous avons été très aidés par l’AP. Malgré la distance, qui nous pénalise un peu, nous n’y voyons que des avantages en matière de flexibilité, mais aussi en termes de coûts, puisqu’on a de meilleurs coûts que si nous faisions appel à une main d’œuvre chinoise.»

L’Envolée no 22, février 2008
Pour en finir avec toutes les prisons

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