1953

Publié le par la Rédaction

 

Août 1953 ; une vraie, grande, belle grève générale. Souvenez-vous. Le gouvernement venait d’être constitué par Joseph Laniel, un patron de droite. Pour faire face aux dépenses de la guerre d’Indochine, il avait inventé un plan d’austérité. C’est-à-dire une réforme du statut de la fonction publique et un recul de l’âge de la retraite de tous les fonctionnaires (qui était alors à 58 ans pour les «services actifs»), soit un allongement de sept ans pour beaucoup d’entre eux. Il annonçait un blocage des salaires, et des licenciements chez les postiers non-titulaires.

 

Le 4 août, la CGT, la CFTC et le Syndicat autonome de la Poste appellent à débrayer une heure contre les décrets annoncés. À Bordeaux, dans la cour de la poste principale, de nombreux facteurs expriment leur désaccord avec la mollesse des dirigeants fédéraux. Un militant anarcho-syndicaliste, Jean Viguié, propose aux postiers rassemblés de lancer une grève générale et illimitée qui, seule, peut faire reculer le gouvernement. La grève est votée et aussitôt, les grévistes téléphonent à leurs collègues, dans tout le reste du pays. Deux jours plus tard, la grève était générale dans les PTT.

 

La CFTC puis la CGT appellent la fonction publique à une grève d’avertissement de 24 heures, le samedi 8 août. La SNCF, EDF, les gaziers, Air France, la RATP, suivent massivement cette grève. Le dimanche 9 août, le gouvernement Laniel publie un décret qui vise le régime particulier de retraites des cheminots. Les cheminots poursuivent alors la grève. Le 12, Laniel s’adresse au pays : «Je dis non à  la grève !» Et il pose comme préalable à toute reprise des discussions, la fin du mouvement de grève. Le 13, la grève s’étend à la métallurgie et aux mines, aux banques, aux assurances, à la construction navale ; le 14, au bâtiment et à l’industrie chimique. Dans le Midi, les viticulteurs dressent des barrages, menacent de s’emparer des préfectures. Il y a maintenant quatre millions de grévistes. Les ordures ménagères commencent à s’amonceler sur les trottoirs. Laniel reste inébranlable. Le 17, il réquisitionne les employés des services publics, les cheminots, les postiers. La réaction est instantanée : partout en France, spontanément cortèges ou rassemblements se forment. Le CNPF, encouragé par le comportement du gouvernement, refuse d’entendre parler d’augmentations salariales dans le secteur privé.

 

Alors, dans toutes les villes importantes, des milliers de travailleurs se rassemblent chaque jour devant la Bourse du travail où siègent les comités de grève.

 

Le 17, le chef du gouvernement, par un discours particulièrement agressif, donne une fin de non recevoir aux tentatives de FO et de la CFTC qui cherchent une solution acceptable pour terminer ce mouvement qui leur échappe. Car à la CFTC, on redoute que cela n’aboutisse à un triomphe communiste. Et les dirigeants de FO, à l’origine du mouvement, craignent d’être arrêtés. Finalement dans la nuit du 20 au 21, le ministre des Travaux Publics «capitule» : aucune sanction ne sera prononcée contre les grévistes qui ont refusé d’obéir aux ordres de réquisition sauf pour ceux qui se seraient rendus coupables de fautes graves. Mais les journées de grève ne seront pas payées. Et les salaires seront discutés plus tard. Le 21 août, à 13 heures, la CFTC ordonne la reprise du travail, suivie à 20 heures par FO.

 

La CGT, ignorant ces mots d’ordre, tente de poursuivre la grève. Mais, finalement, le 25 août elle invite ses adhérents à reprendre le chemin des usines et des bureaux.

 

Chez les grévistes, l’amertume est grande. Un peu partout des ouvriers déchirent leurs cartes syndicales. On parle de trahison, on attribue l’échec du mouvement au manque d’unité entre les centrales syndicales et aux rapports trop étroits des leaders syndicaux avec les partis politiques.

 

Liste fédérale CNT Éducation, 25 mai 2010.

 


Publié dans Colère ouvrière

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