L'imagination au pouvoir

Publié le par la Rédaction



«Nous croyons n’être pas trop restés en deçà du grand mouvement spontané des masses qui domina le pays en mai 1968, tant par ce que nous avons fait à la Sorbonne que par les diverses formes d’action que put ensuite mener le «Conseil pour le maintien des occupations». En plus de l’I.S. proprement dite, ou d’un bon nombre d’individus qui en admettaient les thèses et agirent en conséquence, bien d’autres encore défendirent des perspectives situationnistes, soit par une influence directe, soit inconsciemment, parce qu’elles étaient en grande partie celles que cette époque de crise révolutionnaire portait objectivement. Ceux qui en doutent n’ont qu’à lire les murs (pour qui n’a pas eu cette expérience directe, citons le recueil de photographies publié par Walter Lewino, L’imagination au pouvoir, Losfeld, 1968).»
«Le commencement d’une époque»,
Internationale situationniste no 12, septembre 1969




Cet album se veut une modeste contribution et un hommage aux dix jours qui, du 3 au 13 mai, ébranlèrent l’Université française en attendant de bouleverser la société.

Mouvement spontané, qui peut se vanter de l’avoir pressenti, d’en avoir esquissé la théorie ? Quel sociologue ? Quel marxiste ? Quel léniniste ? Quel devin ? Marcuse et Wilhem Reich, peut-être ; les deux théoriciens de l’Internationale situationniste, Guy Debord et Raoul Vaneigem, à leur manière ; la brochure éditée par l’A.G.E. de Strasbourg en 1967 : De la misère en milieu étudiant, sans doute. C’est peu. Tout cela ayant connu une diffusion confidentielle et n’ayant jamais empêché de dormir le moindre ministre de l’Intérieur.

Ce qui est né le 3 mai s’est épanoui au niveau de la rue et a tracé à même les murs de son isolement, et dans un grand souffle poétique, les premiers signes d’une idéologie encore mal définie. Signes éphémères — la plupart furent effacés ou recouverts dans les jours qui suivirent — ils sont les témoins à l’état brut de ce qui fut avant tout une prise de conscience morale. Nous les avons recueillis pieusement, au jour le jour, encore qu’il soit impossible d’assurer que certains de grand intérêt n’aient échappé à notre quête. Nous les versons au grand dossier de l’imagerie révolutionnaire.

Les thèmes sont nouveaux ; l’inspiration vient de haut ; le style détonne.

Nous sommes loin des «U.S. go home», des «Luttons pour nos légitimes revendications» et des sempiternels «Le fascisme ne passera pas» ; loin de tous les rabâchages militants ; loin de cette mare stagnante de slogans croupissants qui, depuis des lustres, n’a pas connu la plus petite vaguelette.

Dans Paris, les murs blanchis par Malraux se sont mis à crier. Une grande explosion poétique teintée d’ironie. Les murs ont ricané. En attendant de prendre le pouvoir, l’imagination a pris possession de la rue et y a trouvé un support à la mesure de son délire.

Elle l’a fait à trois reprises au cours de ces dix jours : pendant la matinée du lundi 6 mai, lors de la nuit des barricades et à l’occasion de la reprise de la Sorbonne. On notera que ces trois phases, qui possédèrent chacune leur style, correspondent à trois périodes de tension extrême. Les murs intérieurs d’une école comme celle des Beaux-Arts, regorgeant pourtant de matériel, mais libérée (?) sans à-coups, sont demeurés curieusement indemnes de peinture.



LE LUNDI 6 MAI 1968


Les premières bagarres avaient eu lieu le vendredi précédent après que la police eut investi la Sorbonne à la demande d’un recteur irresponsable. Le week-end fut relativement calme. Dès 9 heures, le lundi matin, le quartier Latin s’agite. Après quelques escarmouches avec les gendarmes mobiles, un cortège se forme qui, de la place de l’Odéon à la nouvelle Faculté des Sciences, et fort de 2000 étudiants, va contourner les forces de l’ordre par le sud. Des mots d’ordre sont repris en chœur et des inscriptions jalonnent les murs du parcours.


Les thèmes sont radicalement neufs. À part le sigle de l’O.R.A. et celui des J.A.C. (organisations anarchistes), aucune allusion à des mouvements politiques. Dès la rue Saint-Sulpice, deux inscriptions, qui couvrent une porte cochère, donnent le ton :
«Vivre sans temps morts» et «Jouir sans entraves». Nous sommes déjà, idéologiquement parlant, à cent lieues de la rue de Châteaudun et même de la rue Soufflot. Il en ira ainsi tout au long de la manifestation.


L’inspiration générale est soit anarchisante («On achète ton bonheur. Vole-le», «Éjacule tes désirs»), soit situationniste («Consommez plus, vous vivrez moins», «Ici commence l’aliénation» qui, au passage, fut apposé sur l’école de la rue Jean-Calvin). Une succursale de la B.N.P. bénéficiera d’un opportun «La marchandise est l’opium du peuple» que nous n’avons pas pu photographier, la direction de la banque ayant, comme on la comprend, fait repeindre aussitôt le mur infamant.


Pas la moindre trace de concepts tels que de Gaulle, pouvoir, U.S.A., université ; l’argent, le socialisme même ne sont pas évoqués. Ici l’on plane. C’est la société globale qui est remise en cause, vilipendée. Une motivation commune pourtant se dégage : la désaliénation, qui voue aux mêmes gémonies la marchandise, la culture, et toute forme d’entrave. Là s’exprime une exigence aveugle de liberté sans compromis. Des signes laconiques qui sont des cris au plein sens du terme («Créez»,
«Volez», «Hurle») ponctuent la révolte d’un esprit nouveau.

Si les inscriptions n’ont pas été nombreuses au cours de cette manifestation — nous en avons relevé vingt et une — elles offrent une garantie absolue d’authenticité. Sympathisants, jeunes de bonne volonté, voyeurs, plaisantins, romantiques à la petite semaine n’y participent pas encore. Si le délire et la catharsis y sont moins flagrants qu’aux barricades ou en Sorbonne, le pouvoir de contestation n’y est que plus évident. À noter que les thèmes de l’éducation ne sont pas évoqués ; d’entrée, le mouvement atteint sa portée maximum,
fixe ses buts suprêmes. La situation, bien sûr, ira en se dégradant ; qu’importe, on vient de passer là, brusquement, de l’éphémère à l’irréversible.



LA NUIT DES BARRICADES

Le vendredi 10 mai, en fin d’après-midi, l’U.N.E.F., le S.N.E.-Sup., le Mouvement du 22 mars convoquent à un grand rassemblement place Denfert-Rochereau. Thème : réclamer la libération des camarades incarcérés ; objectif : la Maison de la Radio, à Passy, afin de protester contre la partialité des informations officielles.

Le cortège, environ 25.000 jeunes gens parmi lesquels de nombreux lycéens, descend l’avenue des Gobelins, remonte la rue Monge, butte sur des cordons de police à la hauteur de la place Maubert, qui le contraignent à emprunter le boulevard Saint-Germain vers l’ouest. Au carrefour Saint-Germain - Saint-Michel, nouveaux barrages policiers. Les manifestants remontent le boulevard Saint-Michel, longent la Sorbonne toujours occupée, atteignent la place Edmond-Rostand aux abords du Luxembourg.

En tête, les responsables comprennent le piège. Droit devant eux, c’est Denfert-Rochereau qu’ils viennent de quitter deux heures plus tôt. Ils tournent en rond. L’absurde et le ridicule de la situation ne leur échappent pas. À la hâte, ils obliquent sur leur gauche et s’angagent dans la rue Gay-Lussac. Le cortège va y demeurer un long moment, indécis, attendant des mots d’ordre qui ne viendront jamais, alors que courent les bruits d’une rencontre entre le recteur et les leaders étudiants.

La tension monte. Brusquement, pour briser l’angoisse, certains s’installent au dépavage de la rue. Des chaînes se forment. Une première barricade s’élève à la barbe des C.R.S., qui restent de marbre. On connaît la suite.


La «Commune du 10 mai 1968» ne dura que l’espace d’une nuit et s’étendit sur un quadrilatère de 500 mètres par 1000 mètres, limité, grosso modo, par le boulevard Saint-Michel et les rues Claude-Bernard, Monge et Soufflot. Le climat n’était pas propice à l’épanchement littéraire et les inscriptions théoriques y furent peu nombreuses, encore que quelques-unes, aux alentours de la place de la Contrescarpe, aient approché un certain délire.
«La société est une fleur carnivore», «L’ennui transpire dans l’achèvement», «Seul l’un existe», témoignent de la permanence de l’esprit de contestation. Quant à l’I.N.O.P. (Institut national d’Orientation professionnelle), qui sait quel révolutionnaire vint le barbouiller de cette mise en garde : «La publicité te manipule» ?

La répression, ce soir-là, fut l’inspiratrice déchaînée. On ne compte plus les
«C.R.S. = S.S.», les «Relâchez nos camarades», qui couvrent, de préférence, la devanture des boutiques ou leur rideau de fer. Signalons aussi un «C.R.S. = bons à rien» plein de bonhomie ; et un «C.R.S. = esclave-traître, ceux sur qui vous frappez sont toujours plus sympathiques que ceux qui vous commandent», dont on espère qu’il est l’œuvre d’un riverain fraîchement reconverti à la jeunesse tant il paraît dérisoire en regard de la sauvagerie qu’il entend dénoncer. Nous leur préférerons le laconique et surprenant «Ça saigne…», qui s’étale en lettres rouge sang au bas de la rue Lacépède.


Les murs de l’Institut de géographie, au cœur de la «commune», tinrent lieu de panneau d’affichage officiel. On put y lire, haut tracée, l’inscription suivante :
«Paoli, Figaro, Peyrefitte, Fouchet = C.R.S. = S.S.» et qui appelle quelques commentaires. C’est la première fois qu’un reporter d’un poste périphérique est fustigé au même titre que le quotidien bourgeois, que le ministre de l’Éducation nationale et que le premier flic de France. Signe des temps.

Il faut avoir entendu Jacques Paoli, de là-bas, dans la fournaise des grenades lacrymogènes et dans la hantise de celles au chlore, entre deux rangs de voitures en flammes et dans l’attente des ratonnades ; il faut l’avoir entendu appeler, de son bureau, à l’objectivité journalistique, mettre en doute les paroles de ses reporters, leur opposer les allégations officielles du ministère de l’Intérieur ; il faut avoir entendu cette voix s’accorder trois minutes de répit et nous offrir Claude François dans Si j’avais un marteau (que ne nous a-t-elle de plus, comme à son habitude, préconisé «huit jours de détente à Vichy…» ou proposé «la lumineuse fraîcheur du teint scandinave…») ; il faut l’avoir entendue de là-bas, de la rue Gay-Lussac, dérouter les taxis parisiens, ambulances volontaires qui se portaient au lieu du massacre, les dérouter vers son bureau élyséen pour composer une grotesque caravane publicitaire, voiture aux couleurs d’Europe no 1 en tête, qui s’en fut barrer le passage aux véhicules de fortune qui, depuis plus d’une heure, tentaient d’arracher les blessés à la hargne policière.

Jacques Paoli a été pendant quelques heures l’homme le plus exécré de la Commune du 10 Mai 1968. Que la radieuse inscription de la rue Tournefort
«Haut-parleur = ambiance programmée = répression» soit proposée comme thème à sa réflexion sur la neutralité objective de l’information.


Entre la rigueur stirnérienne et la rancœur antipolicière, il y avait place pour une inspiration plus directement politique. Surgissent pêle-mêle
«Ni Dieu ni maître», «Vive la Révolution», «Guérilla urbaine», «Étudiants - ouvriers solidaires»… De Gaulle n’est pas nommément cité, mais le gaullisme apparaît dans plusieurs slogans, qu’il soit qualifié de policier, d’irresponsable, ou tenu pour «l’inversion de la vie».

Une seule inscription laisse entrevoir ce que sera le déluge défoulatoire qui va engloutir la Sorbonne. Elle fut tracée à l’écart, dans un recoin de la rue Royer-Collard et usa, pour la première fois, du «je» bourgeoisement haïssable. Ambiguë dans sa formulation, avec son relent de fête triste, elle fut à l’image de cette folle nuit :
«Je jouis dans les pavés».



LA REPRISE DE LA SORBONNE

Le lendemain, au retour de sa vacance afghane, Pompidou annonce la libération de la Sorbonne. Trop tard. Les mécanismes sont en marche. Le lundi 13 mai une manifestation monstre entraîne 600.000 Parisiens de la République à Denfert-Rochereau. Les syndicats ouvriers y participent au côté des organisations étudiantes. Qu’il y ait là une volonté de récupération, voire d’étouffement de la part de la C.G.T., la chose est difficilement niable ; mais l’ampleur du mouvement devait, on le sait, donner une dimension nationale et politique (au mauvais sens du mot) à ce qui n’était encore qu’un cri de révolte à résonance révolutionnaire.

Place Denfert, à l’heure de la dispersion, une fraction de la
manifestation échappe à l’emprise du service d’ordre cégétiste et poursuit sa route en direction de Montparnasse. Formée surtout d’étudiants, d’enseignants et de jeunes ouvriers, elle regagne la Sorbonne libérée tard dans la soirée après avoir été batifoler sur les pelouses du Champ-de-Mars.


Les retrouvailles se firent dans un curieux climat de fête où déjà pointait la désillusion. La grisaille, la tristesse des lieux détonnent en face de cette jeunesse victorieuse qui vient de connaître une semaine douloureuse mais exaltante. L’escalier rococo du grand amphithéâtre et le porche de la chapelle sont aussitôt les victimes de sa hargne profanatoire. Le premier accueille l’ironie :
«Cache-toi, objet !», «Baisse-toi et broute», «Professeurs, vous nous faites vieillir», «Je prends mes désirs pour la réalité, car je crois en la réalité de mes désirs» ; et le second, tout naturellement, le blasphème : «À bas le crapaud de Nazareth», «Comment penser librement à l’ombre d’une chapelle ?»


Ensuite, ce fut un peu la pagaille. Le passage subit de l’enseignement magistral à la démocratie directe ne s’effectue pas sans remous. Chacun y alla de son petit slogan. Les organisations politiques (trotskystes, maoïstes, communistes moscovites) prirent pompeusement possession des lieux, y installèrent des stands, dispensèrent des affiches, des proclamations, des photos géantes. La cour de la Sorbonne chercha son style, hésita entre la fête de «l’Huma», les faubourgs de Pékin et la vespasienne intellectuelle.

Il n’était pas facile de discerner, parmi cette logorrhée graphique, ce qui était spontané de ce qui relevait encore des automatismes militants et passéistes, voire du folklore étudiant. Pour en dresser la liste nous avons été contraints de procéder à un choix, obligatoirement subjectif. On nous le pardonnera.


Première constatation : la Sorbonne n’est pas la rue. Tout de suite la culture reprend ses droits. Les citations, souvent réadaptées aux problèmes du jour, fleurissent. Il y a du Saint-Just, du curé Meslier, du Marx, bien sûr, du Jules Vallès, mais oui ! Cela va de «Enragés de tous les pays, unissez-vous» à «Ceux qui font les révolutions à moitié ne font que se creuser un tombeau» ; de «Même si Dieu existait, il faudrait le supprimer» à
ce savoureux «Quand le dernier des sociologues aura été étranglé avec les tripes du dernier bureaucrate, aurons-nous encore des problèmes ?», dont une version légèrement déviationniste figure sous forme de bulle dans la bouche d’un des personnages de la grande toile murale (A. Devambez, 1909) qui orne le salon d’apparat de l’escalier A.

Les déprédations sont rarissimes. Ces révoltés se sont montrés étrangement soucieux de la bienséance. Pas la moindre inscription à l’intérieur du grand amphithéâtre ; aucune fresque n’a été réellement souillée. Une seule toile fut décrochée, celle de l’amphi Edgard-Quinet ; ce fut le fait d’artistes professionnels, toujours en retard d’une barricade, qui affirmèrent ainsi en toute quiétude leur détermination révolutionnaire.

Parallèlement apparut l’affiche à tirage unique. Chacun prit une feuille de papier, y traça au marker son cri profond, sa petite idée, sa citation chérie et, soucieux de la liberté du voisin, l’épingla sur un bout de mur vierge.

Le signe spontané n’a donc guère vécu plus de vingt-quatre heures en Sorbonne. À l’image du mouvement dont il était le reflet, il fut rapidement emporté par la vague réformiste, englué dans les polémiques de chapelles, non sans avoir pu nous montrer son beau visage d’ange exterminateur. Des formules comme
«Soyons cruels !», «Toute destruction est créatrice», «L’art est mort, ne consommez pas son cadavre» sont les plus significatives à cet égard.

La société spectaculaire-marchande reste une cible de choix : «La marchandise, on la brûlera», «Le béton éduque l’indifférence», «À travail aliéné, loisir aliéné»… Le refus de toute entrave demeure un souci constant : «Prenez vos désirs pour des réalités», «Libérez les passions», «… pour une société érotisée». Il est significatif que le slogan le plus souvent repris soit
«Défense d’interdire», lequel figurait déjà rue d’Ulm lors de la nuit des barricades.

La théorie révolutionnaire s’exprime de-ci de-là, mais débouche rarement sur la stratégie :
«On ne revendiquera rien, on ne demandera rien, on prendra, on occupera», «La révolution cesse dès l’instant qu’il faut se sacrifier pour elle», «La liberté est le crime qui contient tous les crimes, c’est notre arme absolue»


Les slogans politiques (au sens déjà ancien du mot) sont inexistants. Pas une allusion à Pompidou, à Fouchet, à Mitterrand, au recteur Roche. Le parti communiste (
«À bas la charogne stalinienne»), de Gaulle sont à peine cités. Oubliés l’impérialisme américain, la guerre du Vietnam. Quant aux problèmes de l’enseignement, ils bénéficient d’un silencieux mépris. Décidément cette jeunesse est incorrigible. Elle refuse de jouer le jeu. Pourtant, comme l’écrivait Paris-Jour au lendemain du 3 mai, Nanterre est un petit palace, l’eau chaude coule dans toutes les chambres, le menu du restaurant offre le fromage en plus du dessert. Et le Figaro, en même date, ne cachait pas qu’à son avis cette poignée de trouble-fête relevait avant tout de la correctionnelle.


À l’entrée du grand amphithéâtre, sur le pilier de droite, il y a une inscription tracée sommairement au crayon chinois. Elle n’est ni politique, ni polémique ni contestataire. Elle sonne comme un coup de clairon désespéré :
«Cours, camarade, le vieux-monde est derrière toi». On notera le trait d’union entre «vieux» et «monde». C’est mieux qu’une trouvaille typographique : un admirable constat de décès. Dans la semaine elle fut recouverte par une affiche qui annonçait la venue dans ce même grand amphithéâtre de Jean-Paul Sartre, Marguerite Duras, Georges Lapassade, etc.

Le vieux-monde, camarade, te filait bon train.




INSCRIPTIONS MURALES. PARIS du 6 au 13 MAI 1968
Les deux premières parties de cette liste (manifestation du 6 mai et la nuit des barricades) sont à peu près complètes. La troisième représente une sélection des innombrables slogans qui ont couvert la Sorbonne.
L’astérisque (*) signale les inscriptions qui ont été le plus souvent reprises. La lettre A, celles qui se présentaient sous forme d’affiche  unique réalisée à la main, mais dont le fond comme la fragilité du support n’étaient pas contraires à la notion de spontanéité.



Le lundi 6 mai 1968
Vivre sans temps mort - Jouir sans entraves
Nous voulons vivre
Les anarchistes sont toujours là !
La culture est l’inversion de la vie
L’ennui pleure
Créez
Urbanisme, propreté, sexualité
Plutôt la vie
La marchandise est l’opium du peuple
Vive les émeutiers de Caen !
Ne travaillez jamais (*)
Ici commence l’aliénation
Hurle
Créativité, spontanéité, vie
Volez
Éjacule tes désirs
Prends la vie
Consommez plus, vous vivrez moins
La culture est en miettes
On achète ton bonheur : vole-le

La nuit des barricades
Flics = S.S. (*)
C.R.S. = S.S. (*)
Flics = tarés
[…]
C.R.S. = esclave-traître. Ceux sur qui vous frappez sont toujours plus sympathiques que ceux qui vous commandent
C.R.S. = bons à rien
Contre la violence policière, la violence dans la rue
Flic = esclave-traître. Prenez l’emploi de votre vie
6 mai : 1000 blessés étudiants et jeunes travailleurs. Le gaullisme montre son visage policier et antipopulaire
À bas la répression (*)
Ça saigne…
Libérez nos camarades (*)
Paoli, Figaro, Peyrefitte, Fouchet = C.R.S. = S.S. À bas la répression !
[…]
U.N.R., groupusc…
Vive la Commune du 10 mai 1968 (*)
C’est le gaullisme qui est l’irresponsabilité
Guérilla urbaine
Camarades, si tout le peuple faisait comme nous…
Étudiants - ouvriers solidaires
Défense d’interdire, 10 mai 1968
Ni Dieu ni maître (*)
Vive la révolution
À bas l’État
L’ennui pleure
Seul l’un existe
La société est une fleur carnivore
Haut-parleur = ambiance programmée = répression
La publicité te manipule
L’ennui transpire dans l’achèvement
Monolithiquement bête, le gaullisme est l’inversion de la vie
Je jouis dans les pavés

La reprise de la Sorbonne
Soyons cruels
Libérez les passions
Défense d’interdire (*)
La marchandise, on la brûlera
Vive Bonnot
Vendre du Guevara pour refiler du Trotsky, c’est trahir deux fois
Libérez l’expression
Comment penser librement à l’ombre d’une chapelle ?
Ceux qui font les révolutions à moitié ne font que se creuser un tombeau
À bas le crapaud de Nazareth
La révolution cesse dès l’instant qu’il faut se sacrifier pour elle (A)
Je prends mes désirs pour la réalité, car je crois en la réalité de mes désirs
Cache-toi, objet !
Baisse-toi et broute !
Le béton éduque l’indifférence
Les gens qui travaillent s’ennuient quand ils ne travaillent pas, les gens qui ne travaillent pas ne s’ennuient jamais
Enragés de tous les pays, unissez-vous !
Laissez-nous vivre (*)
Agitation
La culture est l’inversion de la vie (*)
Prenez vos désirs pour des réalités
Professeurs, vous nous faites vieillir
On ne revendiquera rien, on ne demandera rien, on prendra, on occupera
L’homme fait l’amour avec la chose
Voiture = gadget
Assez d’actes, des mots
Il est douloureux de subir ses chefs, il est encore plus bête de les choisir (A)
La liberté est le crime qui contient tous les crimes. C’est notre arme absolue (*)
Godard le plus con des Suisses pro-chinois
À travail aliéné, loisir aliéné (A)
Pas de caserne pour l’Esprit (A)
Seule la vérité est révolutionnaire
À bas les journalistes et ceux qui veulent les ménager
Quand le dernier des sociologues aura été pendu avec les tripes du dernier bureaucrate, aurons-nous encore des problèmes ?
Les syndicats sont des bordels
La plus belle sculpture, c’est le pavé de grès, le lourd pavé cubique, c’est le pavé qu’on jette sur la gueule des flics
L’art est mort, ne consommez pas son cadavre (*)
L’art est une névrose académique
À bas le sommaire, vive l’éphémère
La jeunesse est une ivresse éternelle, c’est la fièvre de la raison
Avec Marcuse, pour une société érotisée et nouvelle
À bas la charogne stalinienne, à bas les groupuscules récupérateurs
L’imagination prend le pouvoir
L’isolement nourrit la tristesse
Les marches sont tristes
À bas l’État
C.R.S. = S.S. (*)
Et si on brûlait la Sorbonne ?
Soyez solidaires et non solitaires
Même si Dieu existait il faudrait le supprimer
Ne changeons pas de maîtres, devenons les maîtres de notre vie
Production et consommation sont les deux mamelles de notre société (A)
N’allez pas en Grèce cet été. Restez à la Sorbonne
Cohn-Bendit à l’Élysée
Cours, camarade, le vieux-monde est derrière toi


Dossier Mai 68
Lettre de l’I.S. à Walter Lewino

Publié dans Debordiana

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