Les centres de rétention, "zones de non droit" à l'information

Publié le par la Rédaction

Grévistes de la faim de Vincennes :
les centres de rétention, «zones de non droit» à l’information

Depuis le lundi 28 avril, des «pensionnaires» du centre de rétention administratif (CRA) de Vincennes — une dizaine de personnes d’après l’AFP — ont entamé un mouvement de grève de la faim illimité. Les grévistes seraient, depuis le 1er mai, une centaine d’après d’autres sources essentiellement associatives (ce chiffre pourrait englober des retenus d’autres centres).

Ce n’est pas la première fois : le CRA de Vincennes, comme le dit pudiquement l’AFP, «est très régulièrement le théâtre de tensions». La dernière grève de la faim date de février dernier. Mais comment savoir ce qui se passe dans ce centre (qui tient plus du pénitentiaire que de l’administratif [
La Cimade assure une présence associative au sein du centre de Vincennes comme au sein des lieux de rétention en général]), puisque aucune information n’en sort officiellement sans être «filtrée». Les seuls contacts possibles sont les contacts téléphoniques : c’est le moyen qu’Acrimed a également utilisé. Aucun journaliste ne peut entrer dans le centre si ce n’est éventuellement sous forme de «visite guidée» par l’administration.

À leurs revendications de libération, de régularisation, de dédommagement pour préjudices subis, les grévistes ont ajouté cette dernière demande : «Faciliter l’accès du centre aux médias du peuple et aux médias privés pour une large couverture du mouvement». Ils réclament donc l’accès aux médias pour pouvoir expliquer leur situation et le sens de leur combat. L’AFP, qui a consacré au moins une dépêche à cette grève, n’a pas relayé cette revendication.

Les centres de rétentions sont une «zone de non droit», comme disent les gouvernants… en parlant de certains quartier populaires. Ce sont, en particulier, des zones de non droit à l’information. Les retenus de ces centres, faut-il le rappeler, ne sont ni des bandits, ni des criminels. Il est inadmissible qu’on occulte leurs conditions de vie : les règles de l’hygiène les plus élémentaires ne sont pas respectées ; pas plus que les droits de l’homme auxquels les grands médias se disent attachés.

Or ceux-ci non seulement ne sont guère mobilisés quand le droit d’informer est ainsi bafoué par les autorités politiques et administratives, mais, de plus, ils ne se sont pas empressés d’informer sur cette grève de la faim et ses raisons. D’après nos propres informations, seuls RFI, France Inter, l’AFP, Le Parisien et l’association de la presse panafricaine ont fait la démarche de téléphoner aux porte-parole du mouvement.

Pour l’instant peu d’articles sont parus dans la presse qui se contente de reprendre le rapide communiqué de l’AFP, comme on a pu le vérifier, le 3 mai, sur le site du Figaro et du Nouvel Observateur. Aucune des grandes chaînes généralistes n’a pris la peine d’entrer en contact avec les grévistes de Vincennes et aucun JT n’a donc évoqué leur mouvement. Il a juste été question, le 1er mai, de la régularisation de trois travailleurs sans-papier qui auraient été mis «à l’honneur» pour TF1 puisque l’un d’eux était en tête de la manifestation. «Ces salariés invisibles en temps normal» nous dit TF1 «sont sortis de l’ombre» nous dit France 2. Mais les «pensionnaires» de Vincennes, eux, ils n’existent toujours pas…

Dimanche après-midi, plusieurs centaines de personnes ont manifesté en soutien aux grévistes de la faim. Au moment où nous écrivons [
Lundi 5 mai 2008], nous n’avons relevé à ce sujet, qu’un bref article sur le site du Nouvel Obs.com et une vidéo sur le site du Parisien.fr, tous deux mis en ligne respectivement le 5 mai au matin et le 4 mai au soir. Aucun JT, ni sur TF1, ni sur France 2, ni dans Soir 3 n’a relayé cette information… En revanche, nous savons tout, dans ces mêmes JT, sur Benoîte la bergère qui a vu la Vierge et à qui on va devoir un nouveau Lourdes !

Lorsque des êtres humains, en dernière extrémité, recourent à la grève de la faim, s’imposent des souffrances et mettent leur vie en danger, c’est un acte de désespoir et un appel au secours. En relayant leur demande de pouvoir s’exprimer dans les médias, Acrimed ne leur apporte qu’une aide bien modeste. Mais le silence enferme au moins autant que les briques ou le béton. Ne pas le dénoncer, ne pas chercher à passer outre, c’est accepter une intolérable atteinte à la liberté d’expression.

Nadine Floury
Acrimed, 6 mai 2008

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